| Ce texte a été publié initialement dans "Ecole Polytechnique, Livre du Centenaire (1794-1894)", tome III, Gauthier-Villars, 1897. Il a été mis sur le web en 2002 par Robert Mahl. Les morceaux de biographies ont été séparés du document principal et sont accessibles par des hyperliens.. |
Institué avant l'Ecole Polytechnique, le Corps des Mines s'y est recruté depuis qu'elle a été créée. La situation du Corps et des membres qui le composent ne laisse pas de surprendre au premier abord. En outre des mines, pour lesquelles il a été formé, il s'occupe réglementairement d'usines, d'eaux minérales, de géologie, de machines à vapeur, de chemins de fer et d'enseignement technique. Son rôle normal en ces matières est de surveillance plus que d'action. Mais nombre de ses membres quittent le contrôle officiel pour la direction privée des entreprises; d'inspecteurs ils deviennent inspectés. D'autres, à peu près aussi nombreux, cultivent les sciences pures, sciences mathématiques, physiques et chimiques, sciences naturelles inorganiques, soit exclusivement, soit simultanément avec leurs services dans le Corps. Tout cela tient, d'une part, à la nature même des choses et à leur développement historique, et, d'autre part, aux conditions de recrutement du Corps. L'inspection des mines, qui est au demeurant sa raison d'être première, l'origine de ses autres occupations, est, du reste, d'une nature spéciale comme l'industrie extractive elle-même; et c'est ce qu'il ne sera pas inutile tout d'abord de rappeler.
L'exploitation des mines occupe une place à part dans les entreprises humaines; elle se distingue entre toutes par des caractères propres. Ces substances minérales, rares, indispensables au développement des sociétés, ne se reproduisant pas, que l'industrie extractive a pour objet de fournir, le mineur doit les atteindre et les sortir au jour par un travail de destruction de la croûte terrestre, qui entoure de dangers continus, spécialement graves, le personnel que l'on y emploie, aussi bien que les personnes et les choses de la surface; et ces dangers s'accroissent de l'obscurité profonde au milieu de laquelle l'oeuvre doit se poursuivre. A ces conditions techniques et matérielles de l'exploitation des mines vient s'ajouter le conflit d'intérêts résultant de la superposition de deux modes d'utilisation de la terre : la jouissance normale de la surface par l'un, et la destruction du tréfonds, pour son exploitation, par un autre.
Aussi, de tous temps et dans tous les pays où l'industrie extractive a pris quelque développement, les pouvoirs publics ont dû constituer une administration spéciale pour instituer la propriété minière et en surveiller l'exploitation dans le but d'atténuer, sinon de supprimer complètement les conséquences fâcheuses qui lui sont inhérentes. Le domaine du mineur ne peut, d'autre part, se restreindre à la seule extraction des substances minérales; il comprend de multiples travaux et opérations qui s'y rattachent. Les administrations constituées en vue principalement de l'exploitation des mines ont dû, de leur côté, étendre simultanément leurs fonctions dans des directions et pour des buts analogues.
Tout d'abord, l'essai des substances minérales, constituant l'analyse minérale ou la docimasie, et plus encore leur traitement, qui forme la métallurgie ou plus généralement la minéralurgie, font partie du domaine naturel du mineur. Il ne peut se passer, pour la recherche et l'exploitation des gîtes, de tout ce groupe de sciences placées entre les sciences physiques et les sciences naturelles : la minéralogie, la géologie, la paléontologie ; quelles que puissent être la grandeur et la portée de leur culture purement spéculative, ces sciences, dans leur application aux entreprises humaines, se rattachent plus spécialement et presque exclusivement à l'oeuvre du mineur. Si d'ailleurs elles peuvent être cultivées et si elles progressent, comme toutes autres, par le seul effort des individus qui s'y adonnent, on n'en obtient tous les fruits pratiques que lorsque certains de leurs résultats sont coordonnés dans des conditions de généralité et d'extension qui ne peuvent guère aboutir sans une intervention des pouvoirs publics et partant de ces administrations constituées pour la surveillance des mines.
A toutes ces choses qui rentrent dans le domaine des mines, qui ressortent immédiatement des conditions de leur exploitation, sont venues, par la suite des temps et le développement de l'industrie extractive, s'en adjoindre d'autres qui, nées pour et par les mines, sont parties de là pour faire dans le monde un chemin que leurs débuts dans l'industrie originaire n'auraient pas toujours permis de pressentir. Il suffira de mentionner que pour l'exploitation des mines ont été projetés et établis les premières machines à vapeur et les premiers chemins de fer. Dans un autre milieu, dont l'importance va toujours grandissant, les mineurs peuvent aussi rappeler que, par et pour les mines, ont été constituées les premières institutions de prévoyance en faveur des ouvriers, en vue de les garantir contre les accidents, la maladie et la vieillesse; c'est dans les mines qu'on a inauguré, et poursuivi d'une façon plus particulière, la solution de ce qu'on appelle aujourd'hui les questions sociales, c'est-à-dire la recherche des moyens les plus propres à rendre la vie plus facile et plus douce à ceux qui l'abordent dans les situations les moins heureuses.
Les conditions mêmes de l'exploitation des mines, les sciences et connaissances qui lui sont indispensables, forment tout un ensemble à la fois si particulier, si complexe et si étendu que de tout temps, quel qu'ait pu être l'état de l'instruction générale, un enseignement spécial aux choses des mines a été jugé nécessaire dans les pays qui se sont préoccupés du développement de leur industrie extractive, et ce dernier trait achève de caractériser comme de particulariser cette industrie. Cet enseignement est également un de ces objets qui ne peut généralement réussir qu'avec le concours des pouvoirs publics et l'intervention directe des administrations qui en dépendent.
A cette diversité et à cette spécialité des choses et des nécessités des mines correspond la multiplicité des attributions de ceux qui ont charge de leur surveillance. Leurs fonctions prennent une importance particulière par la nature de l'inspection qui leur est confiée. Il ne peut s'agir d'assurer l'observation littérale d'un règlement simple, qui suffit à tout prévoir et ne nécessite, pour le faire respecter, qu'un peu de conscience et de bonne volonté. Dans cet inconnu perpétuel sous les incertitudes duquel le mineur doit poursuivre un gîte qui, si fréquemment, se dérobe à lui, dans ces changements continus qu'amène dans la mine la destruction persistante de la croûte terrestre, il n'est pas de texte réglementaire pouvant s'appliquer à toutes les contingences. Il faut, dans l'innombrable variété des circonstances qui peuvent se produire, que, avec une liberté relative, l'inspecteur des mines devienne fréquemment, en quelque sorte, le collaborateur de l'exploitant. Leurs vues apparaissent pourtant comme distinctes; celui-ci se préoccupera surtout du prix de revient et du rendement ; celui-là ne devra veiller qu'à la sécurité ; l'inspecteur ne peut cependant pas et il ne doit pas oublier qu'il méconnaîtrait les intérêts les plus vitaux pour lesquels ses fonctions doivent s'exercer, s'il ne savait imposer que des solutions pouvant menacer gravement dans sa vitalité et par suite restreindre ou détruire l'industrie extractive. L'histoire des mines est du reste là pour montrer que, pour inconciliables qu'apparaissent a priori ces deux aspects d'une même chose, ils se résolvent bien souvent en une heureuse harmonie; on obtient fréquemment le plus de sécurité avec le moindre prix de revient, lorsque les solutions sont recherchées par gens d'égale bonne foi et de compétence éprouvée. Mais ce n'est pas tout de suite qu'on le reconnaît, ni sans froissements pour les uns comme pour les autres. Plus ardue est encore l'oeuvre de l'inspection lorsque, pour mieux atteindre son but, elle n'entend pas seulement remédier à des maux devenus évidents et intolérables, mais chercher, dans des vues d'avenir, à provoquer des améliorations, dont la nécessité immédiate n'apparaît pas encore, dont la convenance sera même discutée. Il faut alors plus de circonspection pour rassurer les intérêts et plus de science pour justifier les solutions.
Une tâche ainsi comprise n'est certes point sans grandeur; l'inspecteur n'y rencontre pas toutefois les satisfactions que tarit d'autres peuvent trouver dans leur travail. Le constructeur voit sortir son édifice du sol pour défier le temps dans la stabilité que ses calculs doivent lui assurer; l'artiste contemple l'inspiration de son génie matérialisée dans l'éternelle beauté du marbre ; l'officier, pour soutenir ses efforts quotidiens, peut rêver au jour où, avec la gloire, il obtiendra la réalisation de son continuel désir; l'inspecteur, si haute que soit sa mission, ne peut avoir que l'austère satisfaction du devoir accompli et du service rendu. A ceux qui ont la foi dans leur oeuvre, elle peut suffire.
Ainsi s'explique que nos pouvoirs publics aient entendu recruter à l'Ecole Polytechnique le Corps des Mines et, par là déjà, on comprend beaucoup de ses attributions; comment les autres lui sont advenues, comment il s'est acquitté de toutes, c'est ce que l'on verra en suivant les diverses branches sur lesquelles s'est portée son activité, après que nous aurons dit comment il s'est fondé et constitué.
HISTORIQUE DU CORPS.
Pour suivre avec utilité l'historique de l'industrie extractive en France, il n'est guère besoin de remonter beaucoup au delà du milieu du XVIIIeme siècle. Au XVIIeme siècle, quelques exploitations de houille, consistant en fouilles sans importance et sans profondeur, avaient été ouvertes sur divers bassins, la plupart exclusivement pour satisfaire à la consommation d'industries locales. Au milieu du XVIIIeme siècle, ce n'était encore que dans le Forez, et plus spécialement à Saint-Etienne, que le charbon de terre était employé pour les usages domestiques. Quelques bassins profitaient des facilités de transport que leur procuraient des rivières ou des canaux, pour acheminer des bateaux sur les grandes villes. Ainsi, depuis l'ouverture du canal de Briare, en 1644, et les droits continuellement croissants mis sur les houilles anglaises à partir de 1664, les charbons de Brassac, transportés par l'Allier et la Loire, alimentaient le marché de Paris, concurremment avec ceux du Bourbonnais (bassin de Fins) et du Forez (bassin de Saint-Étienne). Le bassin d'Aubin expédiait aussi, en temps de crues des rivières, quelques bateaux sur la ville de Bordeaux. Vers le milieu du XVIIIeme siècle, surtout après l'ouverture, en 1778, du canal de Rive-de-Gier à Givors, le bassin de Rive-de-Gier expédia des quantités relativement importantes sur Lyon, jusqu'à 36000 tonnes en 1763.
Dans la première moitié du XVIII-ème siècle, un événement important survenait pour l'histoire des mines de houille. En 1720, on découvrait, à Fresnes, dans le Nord, la continuation en France du bassin houiller de Mons; on n'avait rencontré que des houilles maigres; en 1734 seulement, la Compagnie Désandrouin, d'où devait sortir la célèbre Compagnie d'Anzin, trouva la houille grasse à Anzin. Dès 1756, on extrayait 100000 tonnes dans ce nouveau district; son importance allait égaler, dès la fin de la monarchie, celle du bassin de la Loire, qui avait été jusque-là le plus important de France.
Au demeurant, la France, à la fin de l'ancien régime, produisait quelque 600 000 tonnes de houille, dont 260 000 dans le bassin de la Loire (districts de Rive-de-Gier et de Saint-Etienne), 250 000 à Anzin et une centaine de mille dans tous les autres bassins, dont le plus important était celui de Littry dans le Calvados.
Les mines métalliques, à peu près complètement abandonnées depuis le moyen âge, ne furent guère reprises que dans le XVIIIeme siècle. Baïgorry dans le Béarn, Chessy et Sain-Bel dans le Lyonnais, avaient fourni, jusque vers la fin du siècle, quelques centaines de tonnes de cuivre. Les Blumenstein avaient travaillé, dès le début du siècle, sur les mines de plomb argentifère de Pontgibaud dans l'Auvergne et sur celles de Sainl-Martin-la-Sauveté dans la Loire. Mais on doit surtout citer les mines de plomb argentifère de Poullaouen et de Huelgoat, en Bretagne, ouvertes vers le milieu du siècle, et devant, pendant près de cent ans, conserver une importance spéciale pour la France. Toutes ces exploitations pouvaient produire un millier de tonnes de plomb vers la fin de l'ancien régime.
Il serait inutile de parler des mines de fer. Sauf quelques exploitations dans les Pyrénées, comme celle de Rancié, le minerai traité dans les usines venait de fouilles sans importance exécutées dans les minières du voisinage. Au moment de la Révolution, on comptait, jusqu'à deux cents de ces usines répandues sur tout le territoire ; elles donnaient environ 20 000 tonnes de fonte et 28 000 tonnes de fer.
Pour exploiter les mines métalliques, on avait toujours reconnu la nécessité d'une concession du Roi ou de son délégué ; le principe en remontait aux premiers actes publics sur les mines, à 1413. Au moment où l'attention commençait à se porter sur les mines de houille, au XVIIeme siècle, un arrêt du Conseil du Roi, de 1698, reconnut au contraire, en principe, aux propriétaires superficiaires la faculté de les exploiter librement, sans préjudice du droit que le Roi se réservait et qu'il appliqua d'en octroyer la concession à des tiers.
Jusqu'au milieu du XVIIIeme siècle, les pouvoirs publics ne s'étaient guère occupés des mines que pour ces octrois de concession. Certains des actes réglementaires relatifs à la matière contenaient bien les traces d'une administration constituée, ou mieux à constituer, à leur sujet. Il n'avait jamais été donné une suite effective à ces projets. Vers le milieu du XVIIIeme siècle, le développement acquis déjà par les exploitations, celui plus grand encore qu'elles annonçaient, avaient suscité plusieurs réclamations. A cette date, du reste, en dehors des conflits d'intérêts privés, soulevés par l'exploitation, on pouvait commencer à entrevoir l'utilité de pareilles entreprises pour les intérêts généraux et la convenance, par suite, pour elles d'une bonne direction. Or, l'art des mines n'était pour ainsi dire pas connu en France. Les exploitations de houille étaient les plus misérables du monde. Celles récemment ouvertes sur les mines métalliques étaient dues à des praticiens qu'on avait empruntés à l'Allemagne.
A ce moment (1789), Daniel Trudaine venait d'être appelé de l'intendance d'Auvergne à Paris, par le contrôleur général Orry, pour être chargé d'une intendance des finances. Le premier, il se préoccupa d'établir une réglementation sérieuse et utile des mines. Il commença par faire rendre l'arrêt du Conseil du Roi du 14 janvier 1744, qui rapporta l'imprudente concession octroyée aux propriétaires du sol par Louis XIV, en 1698, sur les mines de houille. Toutes les mines rentraient sous le régime des concessions à délivrer par le Roi. Il est vrai que, pour les combustibles, les usages créés par cet abandon devaient prévaloir pendant longtemps encore. Ce règlement édictait en outre les premières dispositions techniques imposées aux exploitants.
Pour réaliser ses vues sur les mines, pour en améliorer sérieusement les pratiques et le rendement, il fallait à Trudaine des inspecteurs compétents ; dans son idée, ils devaient donner des conseils techniques plus qu'ils n'exerceraient une surveillance de police. Ceux auxquels il destinait ce rôle devaient, d'après ses projets, suivre l'enseignement de l'Ecole des Ponts et Chaussées qu'il venait de créer en 1747 et, en outre, un cours spécial de chimie; après cet enseignement théorique, ils se seraient formés au métier par des voyages à l'étranger, surtout en Allemagne, ainsi que par des stages dans les plus importantes exploitations de ces pays, ou dans celles de France qui pouvaient leur être comparées, comme les exploitations de Poullaouen.
D'après ce plan furent formés Gabriel Jars le jeune, et Guillot-Duhamel père, qu'on peut considérer comme les deux premiers véritables inspecteurs des mines qu'ait eus la France, encore qu'ils n'aient effectué de tournées pour le service du Roi qu'en qualité de Commissaires du contrôleur général des finances. Avec eux, il faut mentionner Monnet, que Trudaine père avait envoyé se former en Allemagne, dans le même but, et qui fut aussi employé comme Commissaire du Roi, par Trudaine de Montigny, lequel avait succédé à son père, en 1769, dans les fonctions d'intendant des finances.
Entre temps, lorsque Bertin quitta, en 1763, le contrôle général des finances, on lui constitua un Département ministériel spécial, comprenant notamment les Mines, retirées à l'intendant des finances chargé des recettes générales. A ce Département ressortissaient l'institution des concessions et toutes les questions techniques ou administratives touchant aux exploitations minérales. Le Département des finances conservait une inspection des forges et des mines, à raison des droits sur la marque des fers et autres taxes analogues; par là, ce dernier Département continuait à exercer sur les exploitations minérales un contrôle d'une nature, il est vrai, plus spécialement fiscale.
En 1776, Bertin nommait Monnet inspecteur général des mines du royaume. Plus tard, il lui donnait un collègue en la personne d'un sieur Jourdan, que rien, semble-t-il, n'avait préparé à ses fonctions, mais qui ne laissa pas de contribuer puissamment, par son influence personnelle auprès de Bertin, à la création du premier rudiment d'Ecole des Mines établie en 1778, à la Monnaie, avec la chaire de chimie docimasique fondée en faveur de Sage.
En 1781, Bertin quittait le Ministère ; avec lui disparut le Département formé à son intention. Les Mines retournèrent au Département des finances, et comme Necker avait supprimé les intendants des finances, le Service des Mines fut remis aux quatre intendants du commerce qui étaient à cette date : de Montaran, Tolozan, de Colonia et Blondel. Ils avaient, dans leur ressort respectif, un certain nombre de provinces, et y connaissaient de l'Administration supérieure des matières rentrant dans la compétence des intendants de commerce.
Pour que chacun d'eux eût à sa disposition un Inspecteur des mines, l'arrêt du Conseil du Roi, du 21 mars 1781, créa quatre « Inspecteurs des Mines et Minières du royaume ». Cet acte, qui passe quelquefois, à tort, pour avoir établi l'inspection des mines en France, avait du moins le mérite de définir, en le généralisant, mieux qu'on ne l'avait fait depuis Trudaine, le rôle et les fonctions des Inspecteurs.
Les quatre Inspecteurs désignés à la suite de cet arrêt furent : Monnet et Guillot-Duhamel, que nous avons déjà rencontrés et que nous rencontrerons à nouveau, G. Jars l'aîné, le frère de Gabriel Jars, mort en 1769, et de Bellejean, qui est resté à peu près inconnu.
Joly de Fleury, qui avait pris les finances à la retraite de Necker, ne tarda pas à modifier cette organisation dont l'inconvénient était de rompre l'unité d'administration nécessaire à une semblable matière ; il créa une intendance spéciale des mines confiée à Douet de la Boullaye, antérieurement intendant à Aucli. Sous cette intendance et quelques jours avant la démission de Joly de Fleury, furent rendus simultanément, au rapport de ce dernier, à la date du 19 mars 1783, trois arrêts du Conseil du Roi, l'un sur l'établissement d'une Ecole des Mines et les deux autres portant règlement, le premier pour l'exploitation des mines métalliques, le second pour l'exploitation des mines de houille. Ces trois actes étaient les parties d'un même ensemble. L'exploitation des mines, tant de houille que de métaux, était désormais soumise d'une façon plus précise et plus étroite à la surveillance des Inspecteurs et Sous-inspecteurs du roi, lesquels ne pouvaient plus être pris dans l'avenir que parmi ceux ayant conquis à l'Ecole des Mines leur brevet de Sous-ingénieur. [Voir la composition de la première promotion de 5 élèves de l'Ecole des mines, en 1783-1784]
L'intendance des mines de Douet de La Boullaye, auquel on a reproché, non sans raison, d'avoir fait les choses plus largement que la situation ne le comportait, fut supprimée, en 1787, par Loménie de Brienne pour être réunie à l'intendance des Ponts et Chaussées, créée en 1781 et confiée dès lors à Chaumont de la Millière. Celui-ci resta chargé de la direction de ces deux services jusqu'au 10 août 1792, date à laquelle il crut devoir se démettre de toutes ses charges.
Au moment où l'ancien régime allait finir, le Corps des Mines comprenait : 5 Inspecteurs généraux, par l'adjonction de Gillet de Laumont aux quatre Inspecteurs de 1781; 2 Sous-inspecteurs: Besson [Alexandre-Charles Besson, né en 1725 près d'Altkirch, connu comme naturaliste] et Hassenfratz, et 6 Ingénieurs : Guillot-Duhamel fils, Lelièvre, Lefebvre d'Hellancourt, Lenoir, Miché et Brigaudie l'aîné. Il y avait, en outre, deux Commissaires du Roi à la visite des usines, des bouches à feu et des forêts du royaume, le baron de Diétrich et Faujas de Saint-Fond.
L'Assemblée constituante fixa, on le sait, le nouveau régime légal des mines et des usines minéralurgiques par la loi du 28 juillet 1791. Mais cette loi laissa en dehors la police et la surveillance des exploitations, l'organisation du Corps des Mines et l'enseignement relatif aux mines. Tous ces sujets devaient être traités dans des lois spéciales que l'Assemblée constituante, ni l'Assemblée législative n'eurent le temps de préparer. Le Corps des Mines de l'ancien régime subsista en fait, sans avoir jamais été supprimé en droit; une loi du 27 janvier 1792 était même rendue en vue de prescrire le payement des appointements, pour 1791, des Officiers et Elèves des Mines; la loi portait que ces appointements continueraient à être soldés jusqu'à l'époque où il serait prononcé définitivement sur l'organisation de ce Corps.
En dehors de quelques oeuvres comme les Voyages métallurgiques de Jars le jeune, la Description des gites de minerai et des bouches à feu du royaume de Diétrich, l'Atlas minéralogique de Monnet [C'est sous le ministère Bertin que fut conçue cette première idée de relevés minéralogiques qui devaient conduire aux cartes geologiques. Il est regrettable que Guettard, par lequel avait été commencé ce travail, n'ait pu le continuer; il avait entrevu les notions de continuité et de superposition sur lesquelles allait se créer la géologie moderne. Monnet sur ce point retardait plutôt qu'il n'avançait sur les notions du temps. ], il ne reste pas beaucoup de traces du rôle et de l'action de ces Inspecteurs, en dehors de leur intervention dans les affaires courantes d'administration. Ils devaient faire des tournées, dont ils rendaient compte au Gouvernement ; celui-ci était mis par là en mesure de mieux apprécier les ressources du pays; son inventaire minéralogique allait pouvoir ainsi s'établir peu à peu. Dans ces voyages, les Inspecteurs s'efforçaient d'éclairer les exploitants et les usiniers sur les améliorations à introduire dans les entreprises, sur les mesures propres à prémunir contre les dangers des travaux. Ils constituaient enfin un premier groupe de techniciens auxquels l'industrie privée pouvait utilement confier ses destinées. Il est en somme assez difficile aujourd'hui d'apprécier, avec les documents dont on peut disposer, l'utilité de leur rôle et la portée de leurs services. L'art des mines, on doit le reconnaître, ne présentait encore à la fin du siècle que de bien pauvres exploitations.
Lorsque la Convention et son Comité de Salut public durent bander toutes les forces du pays dans l'oeuvre grandiose qu'ils avaient à poursuivre, on dut se préoccuper spécialement d'assurer les approvisionnements en combustibles nécessaires à la fabrication des armes. Un arrêté du Comité de Salut public du 1erjuillet 1794 (13 messidor an II) créait, à cet effet, sous l'autorité de la Commission des armes et poudres d'abord, puis sous son autorité directe, en vertu de la loi du 24 août 1794 (7 fructidor an II) une Agence des Mines composée de trois membres nommés par le Comité de Salut public. L'Agence avait, sous sa direction immédiate, le Corps des Mines composé de 8 Inspecteurs et de 12 Ingénieurs qui leur étaient subordonnés [ La première liste du Corps comprenait : Inspecteurs : Guillot-Duhamel père, Monnet, Hassenfratz, Faujas de Saint-Fond, Schreiber, Vauquelin, Baillet du Belloy. Ingénieurs : Guillot-Duhamel fils, Lenoir, Miché, Laverrière, Odelin, Giroud, Blavier, Anfry, Muthuon, Mathieu (de Valenciennes), Mathieu(de Moulins), Brongniart (Alexandre) ] ; elle administrait et dirigeait directement l'Ecole des Mines, qui fut réinstituée sur des bases beaucoup plus larges et commença à fonctionner au début de frimaire an III (novembre 1794). Dès l'année suivante, en vertu de la loi du 30 vendémiaire an IV (22 octobre 1795), l'École des Mines prenait, en ce qui concerne le recrutement du Corps des mines, la situation, qu'elle a gardée depuis, d'Ecole d'application subordonnée à l'Ecole Polytechnique. La promotion de l'Ecole des Mines de 1794-1795 fut donc la seule, depuis la création de l'Ecole Polytechnique et notre organisation moderne, qui n'ait pas passé par cette dernière École. Une particularité l'y rattache cependant intimement. Ses trente-huit élèves furent autorisés à suivre simultanément les cours et exercices de l'Ecole Polytechnique, ce que facilitait singulièrement le voisinage des deux établissements. A leurs débuts, le Corps et encore plus l'Ecole des Mines avaient reçu un développement qui dépassait les nécessités du pays. Deux raisons y avaient conduit les trois Agents, Gillet de Laumont, Lefebvre d'Hellancourt et Lelièvre.
Par cette extension du personnel placé sous leur autorité, ils ont voulu assurer un abri pendant la tempête à bien des personnes de science ou d'industrie; d'autre part, d'après des idées remontant à Gabriel Jars, le jeune, et qui devaient persister longtemps, tous ceux occupant alors et qui occupèrent ensuite une place prééminente dans le Corps des Mines, n'entrevoyaient l'industrie extractive que suivant une conception un peu spéciale; on s'inspirait de l'Allemagne, où, à cette époque et depuis plusieurs siècles, l'exploitation des mines et surtout celle des mines métalliques étaient autrement florissantes qu'en France. L'industrie extractive était considérée comme une industrie d'État; l'État devait la poursuivre lui-même directement, sinon en totalité, du moins dans la plus grande partie; pour les exploitations laissées aux particuliers, il devait les diriger indirectement plutôt que se borner à surveiller leurs travaux.
Au demeurant, hors de l'administration courante, qui, dans de tels temps, n'était guère de nature à occuper, les agences et comités de la période révolutionnaire et leurs inspecteurs ne firent pas grand'chose en matière de mines et ils n'obtinrent pas de résultats bien saillants. La houille n'arrivait plus à Paris, où l'on en avait pourtant un besoin pressant pour la fabrication des armes. Tout périclitait, exploitations et transports. Tandis que le représentant Le Bon allait en mission dans les mines du Boulonnais faire enlever les piliers et ruiner l'exploitation sous le prétexte de l'activer, le représentant Larcher, accompagné par Monnet, était envoyé sur place pour presser les envois de Brassac et de Saint-Étienne. A Brassac, ils avaient réquisitionné, pour le service de la République, les grandes mines, celles régulièrement ouvertes, en sorte que, de leur autorité, à côté, sinon même par violation de la loi de 1791, ils avaient dû pousser les propriétaires du sol à ouvrir de petites mines, pour satisfaire à la consommation publique. Cette première mission dut être rappelée ; on envoyait après, en mars-avril 1793, à Saint-Étienne, Duhamel avec quatre élèves Garro, Tristan, Malherbe et Faugeon, puis, plus tard, l'Ingénieur Blavier, dans le but de relever les plans de mines et de faire exécuter les travaux nécessaires au développement de l'extraction. Nulle part définitivement ne fut produit un effet sérieux au point de vue technique. Tout se borna à des réquisitions, soit pour se saisir de charbons extraits, soit pour construire des bateaux à expédier par la Loire. [A cette époque, les bateaux qui transportaient les houilles de Brassac et de Saint-Étienne ne revenaient jamais ; arrivés à destination, ils servaient de magasins flottants jusqu'à ce qu'ils fussent vides; le corps du bateau était alors débité et vendu comme bois.]
Avec la loi du 22 octobre 1795 (30 vendémiaire an IV), l'Agence des Mines disparaissait pour devenir le Conseil des Mines, simple comité consultatif, sous la dépendance du Ministre de l'Intérieur qui reprenait la direction du Service des Mines. Ce Conseil restait le centre du Corps des Mines. Il continua à administrer l'Ecole des Mines tant qu'elle fut à Paris. Il était en relations directes avec les Inspecteurs et Ingénieurs. Dans l'organisation primitive de 1794, ceux-ci devaient consacrer huit mois à des tournées dans un arrondissement, et ils passaient quatre mois à Paris, se réunissant régulièrement en conférence, sous la direction de l'Agence, plus tard du Conseil des Mines, pour y discuter toutes les questions techniques et administratives relatives à l'art des mines et de la Minéralurgie, dont le Corps des Mines pouvait avoir à s'occuper. Déjà, en 1796, le Ministre de l'Intérieur avait été autorisé à laisser les Ingénieurs des Mines en résidence là où le bien du service pouvait l'exiger.
La mesure devait être généralisée lors de la transformation que Chaptal, alors Ministre de l'Intérieur, fit subir, en 1802, au Corps et à l'Ecole des Mines. Le Conseil des Mines fut seul maintenu à Paris avec les quelques Ingénieurs qui constituaient un service central. Le système de la résidence générale dans la capitale et des grandes tournées annuelles disparut; les Ingénieurs furent affectés sur place à des arrondissements dans lesquels ils devaient résider. L'Ecole fut transportée de Paris à Moutiers, en Savoie ; on voulait que l'enseignement, qui, au fond, restait, avec les mêmes professeurs, celui donné à Paris, put profiter, au point de vue de la préparation directe au métier, de l'exploitation des mines de plomb de Pesey, situées à 25 km en amont de Moutiers, sous le glacier de Pépin, par 1300 m d'altitude; ces mines étaient affectées à l'Ecole non seulement pour servir à l'enseignement pratique, mais aussi pour procurer les ressources pécuniaires nécessaires à sa marche et au payement de son personnel. Il ne fallut rien moins que l'habileté consommée de Schreiber , qui avait la responsabilité de la direction, pour arriver à résoudre ce problème jusqu'à la disparition de l'Ecole en 1814, après l'invasion de la Savoie. L'Ecole fut alors rétablie définitivement à Paris.
Pendant tout le Directoire, le Conseil des Mines, par suite des idées que nous avons signalées, fut en lutte presque continue avec l'Administration sur l'assiette à donner à la propriété et à l'exploitation des mines en France. Il s'agissait moins, il est vrai, d'instituer des concessions sur des gîtes nouveaux par une simple application de la loi de 1791, que de statuer sur la destination de mines et d'usines que le Domaine pouvait réclamer, soit à titre de biens d'Eglise ou d'émigrés, soit, dès que le succès de nos armes accrut le territoire de la France, comme biens de souverains dépossédés. Avec les idées de la pratique allemande, le Conseil poursuivait l'attribution pour le Corps de toutes ces mines et usines, afin d'en assurer la gestion directe. Il ne put réussir dans ses vues. Il avait contre lui tous ceux qui entendaient se livrer au trafic des biens nationaux, avec l'aide des administrations locales et des représentants; d'autre part, l'administration des Domaines, appuyée le plus souvent par le Ministère, tenait, lorsqu'elle pouvait garder ses biens sous sa main, à les mettre immédiatement en vente, espérant en tirer ainsi, pour le Trésor obéré, des ressources plus immédiates et plus abondantes que celles que l'on croyait pouvoir attendre de la gestion du Corps des Mines. On le suspectait de vouloir faire de la théorie, sans se préoccuper du produit net. Le personnel du Corps se trouvait donc réduit à ses fonctions administratives normales, à son rôle de surveillance et de conseil, tel qu'on l'entendait à cette époque. Ce ne fut qu'à titre exceptionnel et par suite de circonstances spéciales qu'il assuma la gestion directe de quelques établissements.
Les résultats obtenus par Schreiber à la mine de Pesey ont pourtant montré que les objections faites au Conseil des Mines n'étaient pas absolument fondées. Lorsqu'on 1802 Schreiber arrivait à Pesey, l'entreprise, qui avait été florissante de 1745 à 1792, était abandonnée depuis dix ans; les galeries et les puits étaient éboulés, les bâtiments en ruines, le personnel dispersé. Pour commencer sa tâche, Schreiber ne disposait d'aucun crédit extraordinaire ; il fallut, pour avoir les fonds nécessaires aux premières dépenses, opérer une diminution sur les traitements des Ingénieurs de tout grade. De 1803 à 1805, Schreiber put réaliser un bénéfice net de 22214 fr, après avoir soldé 128720 fr de frais de premier établissement; et il avait un stock valant 46720 fr. En 1806, le bénéfice net fut de 80000 fr. Les années suivantes, jusqu'à la disparition de l'École en 1814, le produit brut fut d'environ 350000 fr et le produit net de 170000 fr à 180000 fr. La mine occupait 300 ouvriers et produisait 250 tonnes de plomb et 560 kg d'argent.
Un second établissement analogue devait être créé à Geislautern, à 12 km à l'ouest et à l'aval de Sarrebrück, sur la Rossel, près du confluent de cette rivière avec la Sarre. On y aurait formé une autre école pratique, suivant l'appellation consacrée à cette époque, où l'on se serait occupé d'exploitation de mines de houille et de sidérurgie au combustible minéral. L'établissement aurait reçu un district des houillères de la Sarre et des forges, que le Domaine français avait, les unes et les autres, reprises, en 1798, des princes de Nassau-Sarrebrück, qui en étaient les propriétaires. Le Domaine ne remit l'établissement au Service des Mines qu'en 1807. Guillot-Duhamel fils d'abord, puis Beaunier, qui en eurent successivement la direction, ne furent jamais mis en mesure de donner à l'entreprise projetée les développements qu'elle aurait pu comporter. Les hésitations, dans lesquelles resta l'Empereur jusqu'en 1814 sur le meilleur mode d'utiliser les houillères de la Sarre, ne permirent pas de céder à l'établissement de Geislautern les mines dont il aurait eu besoin. Les Ingénieurs se bornèrent à en assurer la marche, jusqu'en 1814, dans l'état où ils l'avaient reçu.
L'action normale du Corps des Mines s'étendait, en principe, dans les conditions réglementaires, sur les nouveaux territoires que les succès de nos armes rattachaient directement au pays, à titre de départements français. Les Ingénieurs intervinrent, en outre, occasionnellement, en dehors du territoire français, dans les contrées qui, sans être directement annexées, se trouvaient avoir leur fortune intimement liée à celle de la France par la nouvelle distribution que Napoléon donnait à la carte de l'Europe.
C'est ainsi que, en 1808, Héron de Villefosse fut choisi, à raison de ses brillantes qualités et de sa connaissance approfondie de l'allemand, pour aller à Clausthal, en qualité de Commissaire extraordinaire du Gouvernement, surveiller l'administration du groupe si intéressant des mines et usines fiscales du Hartz, dans le Hanovre, et assurer la continuité de leur marche. Il y resta jusqu'en 1805. Après diverses missions en Allemagne, il fut, au début de 1807, nommé Inspecteur général des mines et usines situées dans tous les pays compris entre la Vistule et le Rhin ; il devait plus spécialement maintenir le fonctionnement de tous les établissements miniers qui, à cette époque, avaient en Allemagne une importance relativement considérable. Son action s'exerça plus directement sur le Hartz. Il y eut sa résidence principale jusqu'à l'organisation, en 1809, de l'administration des mines du royaume de Westphalie, auquel ce district allait être rattaché. Les souvenirs laissés par de Villefosse au Hartz donnèrent aux mineurs le désir de frapper une médaille en son honneur; il s'y opposa et y fît graver l'effigie de l'Empereur.
De Gallois fut également un des Ingénieurs les plus mêlés à l'administration des pays conquis. En 1804, il était d'abord envoyé à l'île d'Elbe, pour surveiller l'exécution du décret qui avait concédé les mines de fer de cette île ; la déchéance des concessionnaires ayant été prononcée, il organisa le service de ces exploitations, qui firent partie de la dotation de la Légion d'honneur. En 1810, il fut chargé, comme Ingénieur en chef, avec le concours de deux Ingénieurs ordinaires, d'administrer les mines de la Carinthie et des provinces illyriennes; il prit en 1811 et garda jusqu'à la chute de l'Empire, en 1814, la direction des établissements d'Idria, dans la Carniole, qui avaient été affectés également à la Légion d'honneur. Cette vaste entreprise occupait 1200 ouvriers, donnait un produit brut de 2 millions et un produit net de 600000 à 700000 francs. De Gallois exécuta des travaux d'amélioration considérables et organisa notamment le flottage des bois dans des conditions qui n'ont pas été modifiées depuis.
Les souvenirs laissés par de Gallois et Héron de Villefosse dans les pays où ils étaient passés étaient tels que, ayant été présentés, en 1814, à Paris, à l'empereur d'Autriche, celui-ci crut devoir les féliciter de la situation dans laquelle ils avaient remis les établissements qui leur avaient été confiés. Les relations que Héron de Villefosse avait pu nouer, par suite de ses fonctions à l'étranger, le firent désigner, en 1815, pour aider le Préfet de la Seine dans ses rapports avec les chefs des troupes étrangères pendant l'occupation de Paris ; il put effectivement obtenir diverses atténuations aux conditions primitivement stipulées ; le Conseil général du département de la Seine reconnut ce service en lui offrant une boîte d'or aux armes de la Ville, et il rappelait que « le succès par lui obtenu devait être attribué à l'estime particulière des souverains pour le fonctionnaire public dont l'administration aussi sage qu'éclairée n'a laissé, dans les différentes parties de l'Allemagne où il a servi, que d'honorables souvenirs ».
Hors de circonstances analogues, qui se sont présentées pour plusieurs autres de ses membres, bien qu'avec beaucoup moins d'éclat, le Corps des Mines n'avait qu'à remplir son rôle administratif normal, sous l'autorité du Conseil des Mines, rôle de conseil pour l'industrie privée autant et plus que de surveillance. Bien que la loi du 21 avril 1810, qui constitua en France le système sous lequel les Mines sont encore placées, ait établi leur régime sur des bases tout autres que celles de la loi du 28 juillet 1791, au fond, il n'y eut pas de différence bien tranchée dans le fonctionnement du Corps avant et après cette date, si capitale, du 21 avril 1810.
Sous le Consulat, en effet, dès qu'on fut sorti des désordres du Directoire, le Gouvernement avait compris et appliqué la loi de 1791 dans des conditions qui rapprochaient singulièrement le régime des Mines et l'action de l'Administration des idées dans lesquelles la loi de 1810 fut tout d'abord appliquée en France. On sait que le principe qui forme la pierre angulaire de ce monument législatif est l'assimilation, aussi complète que le comporte la nature des choses, entre la concession d'une mine et un bien foncier de droit commun; l'exploitant, dans ce système, doit avoir pleine et entière liberté de gestion sous une simple surveillance administrative ne s'exerçant que pour des objets limités et définis, à savoir la conservation et la sécurité des hommes et des choses. Il est curieux d'avoir à constater que cette conception n'eut son plein et entier effet qu'à mesure qu'on s'est éloigné de 1810. Au début, on n'avait que trop de tendance à réduire la liberté de l'industriel ordinaire, qu'avait voulue le législateur, à celle bien plus restreinte d'un entrepreneur de travaux publics. L'Administration n'exerçait pas seulement sur les travaux du concessionnaire la surveillance définie et limitée de la loi ; elle se substituait à lui pour imposer à l'avance le puits à foncer, la galerie à percer, la méthode d'exploitation à suivre. C'était toujours la conséquence de cette notion d'une industrie d'Etat ou ne s'exerçant que sous la haute direction de l'Etat. Cette conception et cette interprétation de la loi résultaient aussi, il est vrai, de ce fait qu'à cette époque on ne trouvait guère, en dehors du Corps, que des praticiens fort arriérés en matière de mines et d'usines minéralurgiques. Le régime de la liberté ne pouvait devenir effectif, en même temps que fécond, qu'avec une industrie privée plus avancée, sûre d'elle-même, comme celle d'aujourd'hui. Cette transformation est due principalement à l'action et à l'enseignement du Corps des Mines; quand elle a été effectuée, le rôle de ce Corps et de l'Administration devait changer ; aussi bien, d'autres préoccupations allaient surgir : ce n'est plus aux difficultés matérielles qu'il faudra songer, mais aussi aux conflits d'intérêts entre le travail et le capital.
Quoi qu'il en soit, l'organisation actuelle du Corps et ses attributions n'en remontent pas moins à la loi de 1810 et aux actes qui l'ont accompagnée. Pour suivre le fonctionnement du Corps dans les différentes branches sur lesquelles devait porter son activité, il est utile de préciser le rôle qui lui fut alors assigné, puis d'indiquer les additions et modifications qu'il a pu recevoir dans la suite.
Constituer la propriété minière par l'institution des concessions, après que les gîtes minéraux ont été recherchés et découverts par des travaux appropriés, telle est la première opération dans laquelle les Ingénieurs des Mines sont appelés à jouer un rôle non moins décisif que délicat.
Sur les concessions instituées ou, plus exactement, sur toutes les exploitations de l'industrie extractive, sur les carrières qui dépendent du propriétaire de la surface comme sur les mines concédées par le Gouvernement, ils ont à exercer une surveillance continue avec un triple objectif : assurer la conservation de la richesse minérale, prévenir les dangers que l'exploitation des mines peut entraîner, soit pour le personnel qui y est employé, soit pour la surface. Dans ce but, les Ingénieurs de l'Etat n'ont généralement qu'à proposer à l'Administration, qui les prescrit à l'exploitant, les mesures occasionnelles que les circonstances locales peuvent nécessiter et qui habituellement ressortent avec une suffisante évidence, pour des gens compétents et désintéressés, des faits motivant l'intervention administrative. La tâche des Ingénieurs du Corps devient plus importante et plus délicate lorsqu'il faut rechercher et déterminer les mesures générales à prescrire à tout un groupe de mines ou à toutes les mines de France. Il s'agit, tantôt de généraliser simplement dans toutes les exploitations ce qui a été inauguré sur quelques-unes, tantôt d'introduire des procédés nouveaux; dans ce dernier cas, des recherches suffisamment attentives auront dû être poursuivies pour montrer que l'innovation atteindra le but que l'on se propose, qu'elle donnera la garantie que l'on cherche; et il faut établir, d'autre part, qu'elle répond aux nécessités de la pratique industrielle.
Avec le temps, à partir de 1810, c'est à ses fonctions de stricte surveillance en vue de la sécurité que le Corps des Mines s'est de plus en plus limité. Au début, au contraire, et en conformité, du reste, des termes mêmes du décret organique du 18 novembre 1810 (Art. 32), les Ingénieurs exerçaient simultanément et plus fréquemment même cette tâche de haut conseil sur lequel nous avons tant de fois insisté.
On conçoit que, dans la première notion des rôles respectifs du Corps des Mines et des exploitants, l'Administration ne vit aucun inconvénient, et même des avantages au mélange d'attributions administratives et d'occupations industrielles. Le décret organique du 18 novembre 1810 n'avait-il pas mis cette seule réserve (Art. 43), inutile à exprimer tant elle était évidente, que le fonctionnaire ne pouvait être industriel dans l'étendue de son ressort? On voyait les avantages multiples que la surveillance pouvait tirer de la pratique directe et immédiate des choses sur lesquelles elle devait s'exercer, plus que les inconvénients pouvant résulter soit de la concurrence entre ces industriels placés dans des situations si différentes, soit de l'opposition éventuelle entre les devoirs et les intérêts d'un Inspecteur qui était en même temps exploitant. A ces époques, il est vrai, la lutte commerciale n'avait pas l'acuité que devait lui donner la facilité actuelle des communications; et les idées sociales n'avaient pas pris l'orientation qu'elles ont suivie depuis.
Ainsi, sous la Restauration, Beaunier dirigeait le Service des Mines et l'École de Saint-Etienne, simultanément il fabriquait des aciers à la Bérardière et il construisait son chemin de fer de Saint-Etienne à la Loire; de Gallois édifiait et exploitait l'usine de Terrenoire en étant Ingénieur en chef de l'arrondissement minéralogique de Clermont-Ferrand, à la résidence de Saint-Etienne ; Combes et Jabin professaient à l'Ecole des Mines de cette ville et dirigeaient, le premier les mines de Roche et Firminy, le second celles de Bérard ; plus tard, à la fin du Gouvernement de Juillet, Callon était à la tête de l'Ecole d'Alais et directeur des mines de la Grand-Combe.
Avec de pareilles idées, le passage de l'industrie au service de l'Etat, et réciproquement, était beaucoup plus fréquent. Nombreux furent les Ingénieurs, et d'aucuns à plusieurs reprises, qui, après quelques années écoulées dans la direction d'une exploitation, revenaient à l'Administration.
Lorsqu'ils sont attachés à son service, les Ingénieurs n'ont donc qu'un rôle de surveillance et non d'action. Ils n'ont pas de travaux à exécuter ou à diriger par eux-mêmes. Leur intervention ne devient directe qu'en cas d'accident, pour l'exécution des travaux nécessités par la recherche des causes de l'événement, le sauvetage des personnes et la prévention d'accidents ultérieurs. Il n'est pas une des catastrophes que les mines et les carrières aient eu à enregistrer depuis 1810, qu'elle provînt d'explosion, d'éboulement ou d'inondation, où les Ingénieurs des Mines n'aient eu à remplir ces devoirs. Généralement les travaux sont poursuivis avec les moyens de l'entreprise, le plus souvent par les soins immédiats de l'exploitant; l'Ingénieur de l'Etat n'a plus alors que la charge de la direction. Pénible mission en toute circonstance! Et surtout lorsque l'on n'a plus la pensée de retrouver quelqu'un vivant encore dans la mine ruinée et bouleversée qui menace de dangers incessants le personnel occupé au sauvetage. Quelques exemples sont de nature à montrer que l'on doit toujours garder l'espérance, ne fût-ce que comme encouragement à ces pénibles labeurs. Ces exemples ont été plus fréquents jadis parce que la nature des accidents collectifs a quelque peu changé; autrefois, avec de mauvaises méthodes d'exploitation, des implantations d'ouvrages vicieuses, survenaient des effondrements d'ensemble, des inondations générales; aujourd'hui il n'y a guère de catastrophes étendues que par explosion ou incendie et l'on ne peut plus, dans ces conjonctures, retrouver vivants ceux qui n'ont pas pu être secourus immédiatement. Ainsi s'expliquent certains sauvetages du passé, restés légendaires, d'aucuns réputés miraculeux à raison de la durée de l'emprisonnement des victimes.
En 1812, à Beaujonc, au pays de Liège qui était alors français, 70 ouvriers pris par un éboulement furent délivrés après 117 heures; en 1831, au Bois-Mouliz, à Saint-Etienne, 8 ouvriers restèrent enfermés 137 heures, et ils avaient jeûné 120 heures. Aux mines de Saint-Eloy (Puy-de-Dôme), en mai 1845, Burdin, Ingénieur en chef, et Chatelus, Ingénieur ordinaire, retrouvèrent sains et saufs cinq ouvriers qui étaient dans la mine depuis 243 heures. Ce sauvetage fut d'autant plus remarqué qu'on n'avait aucun plan des travaux qui s'étaient effondrés en entier sur près d'un hectare, par suite de l'écrasement des piliers. On fonça, à partir de la surface, un puits de 17m,30 de profondeur, et l'on dirigea du bas du puits une galerie vers la région située à la limite de l'effondrement, où l'on supposait que les ouvriers avaient pu trouver un abri. Ils y avaient rencontré un peu d'eau pour étancher leur soif et ils s'étaient partagé un morceau de pain de 200 gr dont ils avaient sucé les miettes trempées dans l'eau jusqu'au troisième jour.
Plus étonnant encore devait être le sauvetage effectué dans les mines de houille de Lalle (Gard), après qu'elles furent subitement inondées par les eaux d'une rivière voisine, le 11 octobre 1861, alors que 139 ouvriers y étaient occupés; 29 avaient pu fuir à temps ; il en restait 110 qu'on devait supposer enfouis à tout jamais. Tout d'abord, on put arriver à reconnaître, par les appels faits par eux (le rappel battu par le mineur et transmis par la roche), l'existence de quelques hommes dans les galeries les plus hautes. Sous la direction de M. Parran, alors Ingénieur ordinaire à Alais, qui, à ce titre, assura la conduite de tous ces travaux, plusieurs recherches furent entamées simultanément pour aller les délivrer, toutes menées avec cette ardeur fiévreuse que déploient les mineurs en pareilles circonstances. En soixante-dix-huit heures on avait fait un avancement de 22 m, ce qui, normalement, eût exigé un mois. On retrouva ainsi trois ouvriers, dont deux étaient encore vivants, après 102 heures de séjour dans le haut d'une galerie qui, faisant cloche d'air, les avait préservés contre l'inondation. Le travail d'abaissement des eaux, immédiatement entrepris, permit de réaliser un second sauvetage, resté unique dans les fastes des Mines, dont s'est emparé un roman célèbre dans le monde des lettres comme dans celui de l'industrie. A un niveau inférieur, au sommet d'une autre galerie en cul-de-sac, ayant aussi formé cloche d'air, on retrouvait, encore vivants, trois ouvriers, le samedi 25 octobre; ils avaient passé quatorze jours dans la mine, dont treize sans aliments. Les cinq ouvriers ainsi sauvés devaient être les seuls survivants de la première grande catastrophe survenue dans les mines françaises. [La plus forte catastrophe antérieure est l'explosion de grisou du 2 novembre 1840 aux mines de Gollenon et la Cape, près de Rive-de-Gier, qui fit périr 32 ouvriers. Après celle de Lalle, la première catastrophe importante par le nombre des victimes est l'explosion de Blanzy du 12 décembre 1867, où l'on compta 89 morts et 47 blessés.]
Un des rares services où les Ingénieurs des Mines ne soient pas confinés dans leur haute surveillance, est celui des carrières du département de la Seine ; c'est un service aussi ancien que celui même des mines ; on y procède à des travaux de consolidation de la surface par des méthodes assez particulières.
En dehors des dispositions des lois et règlements qui fixent le mode d'intervention des Ingénieurs au regard de l'industrie, des circonstances exceptionnelles peuvent se produire où un Ingénieur de l'Etat doit savoir assumer, pour la sauvegarde de grands intérêts menacés, des devoirs particuliers que sa situation ne lui permet pas de décliner. Les conjonctures qui l'auront amené là serviront d'excuse pour la tâche volontairement embrassée, si un succès éclatant justifie la solution et montre en même temps la valeur de celui qui l'a tentée. Sans s'occuper d'heures trop rapprochées de nous et pour ne pas toucher à des questions trop délicates, le passé nous offre bien des exemples de pareilles interventions aussi courageusement prises que sagement conduites et heureusement terminées. Peu seraient plus remarquables que le rôle de Coste au Creusot, en juin 1833. La Compagnie anonyme qui exploitait alors des établissements encore rudimentaires, mais destinés à une si grande prospérité, venait de tomber en faillite. 2000 ouvriers, formant une population de 4000 âmes, ne recevaient depuis longtemps leurs salaires qu'en bons. Les fournisseurs lassés menaçaient de ne plus les accepter. Une révolte était imminente. Coste, chargé du Service ordinaire, avait été envoyé sur place pour assurer l'épuisement des mines pendant l'interruption du travail qu'on prévoyait. Après examen de la situation, il crut devoir faire mieux. Il résolut de faire marcher l'entreprise, et il réunit à cet effet, sous sa garantie personnelle, les premiers fonds nécessaires. Quinze jours après, les ouvriers, ramenés à l'usine par tant d'autorité, recevaient leurs salaires en numéraire, ce qu'ils n'avaient pas vu depuis longtemps. Quatre mois plus tard, en septembre, Coste remettait aux syndics de la faillite, des ateliers en plein roulement, ayant reconquis leurs débouchés; et tous frais payés, cette courte gestion laissait des excédents en caisse. Un mois auparavant le Gouvernement avait reconnu tant de résolution, de maîtrise et d'habileté, en décorant un Ingénieur qui n'avait pas encore vingt-huit ans, à une époque où l'on n'était pas prodigue de pareilles distinctions.
Sur les mêmes lieux, avec une autre Société qu'attendait plus tard une destinée si brillante, un autre Ingénieur des Mines, dont le nom est devenu encore plus célèbre dans les choses des mines comme dans celles des chemins de fer, fut appelé, par des temps plus troublés, à exercer une action analogue, et il y réussit avec un égal succès. En 1848, les ouvriers mineurs du Creusot s'étaient mis en grève. Le Ministre des Travaux publics envoya comme Commissaire spécial, pour rétablir l'ordre, Sauvage, qui venait à peine de quitter le Service ordinaire de Mézières et était alors Ingénieur en chef du matériel de la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon. Grâce à l'ascendant qu'il sut prendre, dès son arrivée, sur les délégués chargés de lui présenter la réclamation collective des ouvriers, il obtint, par leur intermédiaire, la reprise immédiate du travail. Des concessions modérées, qu'il sut obtenir de la Direction de l'établissement, firent tout rentrer dans l'ordre habituel. Le Commissaire spécial pouvait repartir presque immédiatement, après avoir conquis la confiance respectueuse des ouvriers et l'estime de leur chefs.
Rares sans doute - et heureusement doit-on dire - sont les circonstances où l'Ingénieur des Mines est amené à jouer de tels rôles. S'il veut être à la hauteur de la mission qu'il peut avoir un jour à remplir, il faut pourtant que, par le zèle, la compétence et l'impartialité déployés dans l'exercice quotidien de ses fonctions, il ait acquis sur les uns et les autres cette autorité morale et technique et cette indépendance qui puissent en imposer à tous, s'il en est besoin. Cette influence, alors même qu'elle n'a pas à s'exercer directement, doit lui permettre d'être constamment renseigné sur tout ce qui se rapporte aux exploitations de son service : données techniques et économiques; relations entre le capital et le travail; états d'âmes, pourrait-on dire, des uns et des autres, il ne doit rien ignorer et être toujours prêt à renseigner immédiatement, sûrement et complètement les pouvoirs publics; ces renseignements qu'on ne lui doit généralement pas, il doit savoir les réunir en les demandant avec tact et discrétion.
Pour compléter le tableau des occupations des Ingénieurs de l'État en matière d'exploitations minérales, nous devrions rappeler qu'ils ont chaque année à établir les redevances, c'est-à-dire la taxe que ces entreprises ont à payer sur leur produit net. C'est pour l'instant le seul exemple en France d'un véritable impôt sur le revenu; pour beaucoup, l'exemple n'est pas de nature à en susciter d'autres. Avec le temps, l'impôt a été de plus en plus contrôlé et minutieusement établi. D'aucuns pourront trouver que, tout justifié qu'il soit en principe, il ne vaut peut-être pas le lourd travail que nécessitent les trois à quatre millions de son produit actuel. L'exactitude à obtenir doit être tempérée par une grande légèreté de main, si l'on veut éviter de grosses pertes de temps et des froissements qui peuvent nuire à des parties plus importantes du service.
La loi et les règlements de 1810 n'avaient pas plus séparé, que la loi de 1791, les usines minéralurgiques des mines. Jusqu'à la loi du 9 mai 1866, qui a remis ces usines dans le droit commun industriel, les Ingénieurs du Corps ont dû intervenir, au même titre et dans les mêmes conditions que pour les mines, soit pour l'établissement des usines, soit pour leur surveillance et aussi pour les conseils à donner à leurs usagers. Seul l'impôt sur le revenu n'existait pas pour ces usines. Pour le restant, le milieu changeant, l'oeuvre se modifiait. Il n'y a plus là cet incertain contre lequel le mineur doit incessamment lutter, ni les dangers continus de son exploitation. Après l'appréciation toujours délicate des conditions de la création première, il n'y a plus guère que des questions de progrès industriel à réaliser. Le rôle de conseil l'emportait sur rôle de surveillance.
C'est en vue de développer ce système de conseil désintéressé de l'industrie cxtractive et minéralurgique, qui tenait une si grande place jadis dans le fonctionnement du Corps, que l'Administration avait provoqué la création de laboratoires départementaux dans les villes où résidaient des Ingénieurs des Mines. Le premier passe pour avoir été établi, en 1825, par Gueymard, à Grenoble. En 1833, la mesure se généralisa, et peu d'années après on en avait trente-trois en activité plus ou moins continue. Au début, on n'y faisait que des analyses pour les mines et les usines minéralurgiques. En 1853, on recommandait en outre d'y effectuer les essais d'engrais. Il y a soixante ans, si modestes que fussent beaucoup d'entre eux, ces laboratoires pouvaient rendre et ont rendu de très grands services à une époque où, à peu près nulle part, les intéressés ne pouvaient obtenir des déterminations de cette nature. Leur nombre est allé déclinant avec les facilités que le public a trouvées ailleurs. D'aucuns se demandent même s'il convient que les administrations publiques concurrencent ainsi ceux qui font actuellement leur profession de pareilles opérations. Le développement des mines et des usines minéralurgiques nous apparaît aujourd'hui avec évidence comme intimement lié à la Géologie. Elle n'est pourtant qu'une science assez récente, mais à la diffusion et surtout aux applications pratiques de laquelle le Corps des Mines a pris une part importante. Lorsque fut créée, en 1794, la première inspection des Mines, la Géologie n'existait pas, et l'arrêté organique du 6 juillet 1794 (18 messidor an II) s'était borné a prescrire aux Inspecteurs de réunir et de former des collections minéralogiques. Lors de l'organisation du Corps, en 1810, la Géologie, telle que nous la comprenons, n'était pas non plus très avancée, et le décret organique du 18 novembre 1810 n'en parla pas dans les attributions des Ingénieurs. En rétablissant l'École des Mines à Paris par l'ordonnance du 5 décembre 1816, le Gouvernent confia au Conseil de cette Ecole, en même temps que le soin de recueillir et de conserver des collections minéralogiques, la tâche de dresser des cartes géologiques ; ce fut effectivement d'après les propositions de ce Conseil que, quelques années après, Élie de Beaumont et Dufrénoy entreprenaient l'exécution de leur carte géologique, qui devait être complétée par les cartes départementales et les topographies souterraines, le tout pour être repris par le Service actuel de la Carte géologique détaillée.
Les Mines, la Minéralurgie et la Géologie, ainsi entendues, constituèrent donc au début les fonctions normales du Corps. Plusieurs autres occupations, de genres assez différents, devaient s'y ajouter à la suite des temps par la nature même des choses : les eaux minérales, les appareils à vapeur, les chemins de fer.
Les eaux minérales ne sont que la manifestation actuelle de phénomènes analogues à ceux d'où sont résultés anciennement les gîtes minéraux et les accidents de l'êcorce terrestre. Leur connaissance se lie de la façon la plus intime à la Géologie. Elles devaient donc rentrer, en fait, dans le domaine de ceux qui étaient à peu près seuls au courant de ces questions, lorsqu'on commença à s'en préoccuper, de même que plus tard elles furent comprises légalement dans les attributions du Corps. Un de ses membres, Jules-François de Neufchateau, a, d'ailleurs, rempli en cette matière un rôle d'une importance exceptionnelle, en même temps que d'une innovation ingénieuse et hardie.
Pour les appareils à vapeur, dès qu'ils commencèrent a se répandre dans la pratique industrielle, l'Administration, à la suite des premiers accidents de chaudières, dut se préoccuper des mesures que récalmait la sécurité publique, en même temps qu'elle s'efforçait de faire établir et de répandre les notions propres à la construction et au fonctionnement de ces appareils. Dans ce but, le Ministre de l'Intérieur, duquel dépendaient alors le Service des Mines et celui des Ponts et Chaussées, constitua, au début de 1823, une Commission des machines à vapeur, composée de quelques Ingénieurs des Mines et des Ponts et Chaussées. En 1843, cette Commission prenait la désignation, par elle conservée depuis, de Commission centrale des machines à vapeur, et, en 1873, aux Ingénieurs des Mines et des Ponts et Chaussées, qui l'avaient jusqu'alors constituée, vint s'ajouter un certain nombre d'industriels. A partir de 1843, avec la réglementation bien connue de cette époque, la surveillance des appareils à vapeur employés à terre entrait normalement dans les attributions des Ingénieurs des Mines; ils en sont exclusivement chargés depuis 1880.
Les Ingénieurs des Mines s'étaient aussi trouvés tout naturellement mêlés, dès le début, à la construction et à l'exploitation des chemins de fer. De même qu'en Angleterre les voies ferrées, établies d'abord à l'intérieur des mines, avaient été employées au jour pour le service exclusif des exploitations minérales, de même, en France, les premiers chemins de fer devaient desservir surtout les houillères. Un Ingénieur des Mines, Beaunier, dont la carrière fut si bien remplie en tant de directions si diverses, obtint, en 1823, la première concession d'un chemin de fer public, celui de Saint-Etienne à la Loire, dont il devait être le constructeur et le directeur. Depuis, les Ingénieurs des Mines, soit à titre personnel au service des Compagnies, soit par leurs fonctions réglementaires de contrôle, n'ont cessé de prendre une part active à l'exploitation des voies ferrées concurremment avec les Ingénieurs des Ponts et Chaussées.
Telles sont les différentes branches spéciales dans lesquelles a dû s'exercer réglementairement l'activité du Corps des Mines. Il en est une autre qui les embrasse pour ainsi dire toutes, à raison de sa généralité, et où le Corps peut particulièrement se prévaloir des services qu'il a rendus, je veux parler de l'enseignement répandu par les Ecoles qui lui sont confiées : Ecole Nationale supérieure des Mines à Paris, École des Mines de Saint-Étienne, Écoles des maîtres-ouvriers mineurs d'Alais et de Douai. Si le but primordial de la première paraît être de former les Ingénieurs parmi lesquels se recrute le Corps, elle a une importance au moins aussi grande par les Ingénieurs du génie civil qu'elle crée avec ses élèves externes, et dont le nombre est allé toujours croissant. Quant aux Ecoles d'Alais et de Douai, les Ingénieurs des Mines se bornent à les diriger et à les administrer; l'enseignement y est donné par des Contrôleurs des Mines.
Pour apprécier à leur valeur les services rendus à l'industrie privée par les élèves externes de l'Ecole des Mines de Paris, depuis 1794, et par les élèves de Saint-Etienne depuis 1816, date de la fondation de cette seconde Ecole, on ne doit pas oublier que, jusqu'à la création de l'Ecole Centrale, en 1829, les deux premiers établissements étaient, pour tout ce qui touche aux industries extractive, minéralurgique et chimique, les seules Ecoles d'application existant en France. Leur importance reste de premier ordre, parce que l'expérience de tous les pays, qui ont une industrie extractive de quelque importance, montre la nécessité, à raison des particularités de cette industrie, d'un enseignement spécialisé qui ne peut guère recevoir tout son développement dans les écoles qui doivent embrasser simultanément toutes les branches du génie civil.
L'enseignement du Corps des Mines ne s'est pas donné seulement dans les Ecoles. En dehors de l'enseignement qui est résulté si longtemps de son rôle de conseil des exploitants, il l'a étendu et généralisé par ses publications, en y comprenant tant les ouvrages dus individuellement à certains de ses membres que le recueil officiel publié par le Corps depuis 1794. Il en a été de ces publications comme des Ecoles. Pour les apprécier en toute justice, il faut tenir compte des publications parues simultanément sur les mêmes sujets. Si, aujourd'hui, les Annales des Mines ne peuvent plus avoir que la prétention de garder un rang honorable au milieu de tant de revues technologiques que chaque année voit éclore, on ne doit pas oublier, en rappelant les plus anciennes seulement de langue française, que, en dehors du Bulletin de la Société d'Encouragement, qui date de 1802, mais diffère profondément des Annales des Mines, le Bulletin de la Société géologique remonte à 1830, celui de la Société des Ingénieurs civils à 1848, celui de la Société de l'Industrie minérale à 1855, la Revue universelle de Liège à 1867.
Nous n'entendons parler et nous ne nous occuperons en détail, ultérieurement, que de l'enseignement et des publications qui se rattachent directement aux matières pour lesquelles le Corps des Mines a été constitué et fonctionne. Nous devons laisser de côté l'enseignement et les travaux de ceux de ses membres qui ont jeté et jettent encore sur le Corps un éclat qui grandit, tant par la masse que par l'importance de leurs oeuvres, mais qui restent essentiellement personnelles ; certes, ces travaux honorent singulièrement le Corps, en montrant la valeur de nombre de ses membres; ils ne justifieraient pas son existence comme ne se rattachant pas à ses occupations professionnelles. Il faut aussi nous taire, pour ce motif, sur l'enseignement donné par des Ingénieurs des Mines au Collège de France comme à l'Ecole Polytechnique, à la Sorbonne comme dans nombre de Facultés des Sciences en province. Nous ne pouvons pas non plus parler des travaux de Géométrie des Lamé, Bertrand, Bour, Jordan, Poincaré et Humbert; de Mécanique des Delaunay, Phillips, Resal et Haton de la Goupillière; de Physique des Regnault, de Senarmont, Potier et Cornu; de Chimie pure des Berthier, Ebelmen, Rivot, Carnot, H. Le Chatelier, qu'ils soient restés simultanément dans les services de l'Administration, ou se soient exclusivement livrés à la Science.
Des raisons analogues nous feront écarter, encore qu'il s'agisse de matières se rattachant aux occupations du Corps, les travaux de Minéralogie et de Géologie d'ordre purement spéculatif tels que ceux des Elie de Beaumont et Marcel Bertrand sur la stratigraphie et la tectonique de l'écorce terrestre; des Cordier, Delesse et Michel-Lévy sur les roches; des Durocher et de Senarmont sur la reconstitution des substances minérales; des Daubrée sur la Géologie expérimentale et des Mallard sur la Cristallographie. Nous ne pourrons pas davantage retenir les spéculations philosophiques des Jean Reynaud, les éludes sociales des Le Play et les recherches économiques des Michel Chevalier.
Combien d'autres travaux ne sommes-nous pas obligé de négliger : les uns, se rattachant à des services permanents, tels que le service du Nivellement général de la France, où M. Lallemand a tout créé, les méthodes comme les appareils; les autres, occasionnels, comme le concours donné aux Expositions universelles auxquelles le souvenir de Le Play reste plus spécialement attaché.
Après cette sèche énumération, il nous sera toutefois permis de rappeler le nombre singulièrement important de ses membres que le Corps des Mines a vu entrer à l'Institut. Des 23 Ingénieurs de l'organisation primitive de 1794, 5 ont été Membres et 3 Correspondants de l'Institut. La promotion des 40 élèves, reçue directement à l'Ecole des Mines en 1794-1795, a compté 3 Membres et 1 Correspondant. Depuis le recrutement du Corps par l'Ecole Polytechnique on compte 27 Membres et 4 Correspondants; c'est pour cette dernière période une proportion d'environ 9 pour 100 de l'effectif total.
Nous donnons ci-dessous, pour les trois époques, que nous distinguons par I, II, III, la liste des Membres et des Correspondants avec la date de l'entrée de chacun à l'Institut, les noms des Membres libres étant en italique :
|
I. Membres : Vauquelin (1795), Guillot-Duhamel (1793), Lelièvre (1790),
Brongniart (Alexandre) (1815), Gillet de Laumont (1816). Correspondants : Giroud (1796), Picot de Lapeyrouse (1796), Schreiber (1796).
II. Membres : Brochant de Villiers (1816), Cordier (1822), Héricart de Thury (1824). Correspondant : de Morogues (1834). III. Membres : Héron de Villefosse (1816), Berthier (1827), Élie de Beaumont (1835), de Bonnard (1837), Regnault (1840), Dufrénoy (1840), Lamé (1843), Combes (1847), Michel Chevalier (1851), de Senarmont (1852), Delaunay(1855), Joseph Bertrand (1856), Clapeyron (1858), Daubrée (1861), Phillips (1868), Resal (1873), Cornu (1878), Delesse (1879), Jordan (1881), de Freycinet (1882, libre, 1890, titulaire), Haton de la Goupillière (1884), Poincaré (1887), Mallard (1890), Potier (1891), Carnot (1895), Marcel Bertrand (1896). Correspondants : Burdin (1842), Durocher (1858), de Vergnette-Lamothe (1865), de Marignac (1868). D'Aubuisson de Voisins, élu Correspondant en 1821, n'avait été d'aucune de ces trois catégories. Sauf de Morogues et Michel Chevalier, qui ont appartenu à l'Académie des Sciences morales et politiques, tous les Membres du Corps ont été de l'Académie des Sciences. M. de Freycinet, Membre libre de cette Académie en 1882, a été élu à l'Académie française en 1890. |
Le Corps des Mines ne retire pas un simple honneur de l'éclat avec lequel tant de ses membres ont cultivé les sciences. Un jour vient, et cela souvent, où les connaissances du savant profitent directement au service, et je ne parle pas de cette utilité indirecte qu'a pour tous les arts le progrès de toutes les sciences. Les questions importantes intéressant le service technique des Mines se sont toujours résolues d'après les avis des Conseils et Comités qui occupent les sommets de la hiérarchie administrative : Conseil général des Mines, Commission centrale des machines à vapeur, Comités des chemins de fer, à moins qu'elles ne soient étudiées par une Commission à ce spécialement constituée. On comprend la force que le concours de telles intelligences et de telles connaissances donne aux délibérations des Conseils et Comités où ceux qui les apportent entrent par la voie hiérarchique; on conçoit quelles ressources l'autorité, qui en dispose avec leur Corps, peut en retirer pour des recherches particulières. Là gît l'utilité de ces Corps recrutés à l'Ecole Polytechnique et surtout dans son élite. Pour en obtenir tout le profit possible, une administration avisée doit susciter la diversité des aptitudes de leurs membres au lieu de la combattre.
Parmi ces Conseils, il convient de s'arrêter plus spécialement au Conseil général des Mines; le Corps des Mines y ressortit en fait, sinon en droit. Après avoir compris parmi ses membres, à ses débuts en 1810, des représentants du Conseil d'Etat, le Conseil ne se compose plus, en dehors de son Secrétaire, que des Inspecteurs généraux du Corps. L'importance de son rôle a été d'autant plus grande que l'Administration des Mines n'a eu qu'à de bien rares exceptions un directeur qui lui fût spécial. Si, en matière de pure administration, les délibérations du Conseil restent des avis consultatifs que parfois, bien que rarement, l'Administration supérieure a pu ne pas suivre, elles se sont toujours imposées dans toutes les matières techniques, surtout lorsqu'elles intéressent la sécurité.
Le Conseil, en 1810, eut pour premier Président, ou, suivant la langue administrative, pour Vice-Président - car c'est le Ministre qui est le Président officiel, - Lefebvre d'Hellancourt, celui des trois membres de l'ancien Conseil qu'indiquait pour cette place son rôle prépondérant dans l'application des lois successives de 1791 et de 1810. Lorsque Lefebvre mourut en 1813, il fut remplacé par son collègue du premier Conseil, Lelièvre, désigné par sa compétence spéciale en administration. Lelièvre dirigea les délibérations pendant vingt ans, jusqu'au début du Gouvernement de Juillet, en 1832, à l'heure où les Pouvoirs publics comprirent la nécessité, à la veille de la transformation industrielle que l'on pressentait, de renouveler l'Administration et l'Ecole des Mines que la Restauration avait laissé s'endormir et quelque peu vieillir.
Guillot-Duhamel, qui succéda à Lelièvre, abordait la présidence en y apportant le souvenir de grands services personnels et le souvenir plus grand encore de ceux rendus par son père. Mais à peine nommé, la mort l'emportait.
Un membre du Conseil se trouvait alors indiqué par sa rare valeur, quoique relativement jeune encore, pour recueillir cette succession. Les vastes connaissances techniques et administratives dont Héron de Villefosse avait fait preuve dans la Richesse minérale, les hautes situations par lui occupées, sa forte culture littéraire, ses grandes relations, tout concourait à le mettre hors de pair. Il ne garda le poste que trois mois, de mai à juillet 1832. Le légitimiste ardent qu'il était devenu ne put se résoudre à servir le Gouvernement de Juillet dans un poste aussi en évidence. Nous avons dit les attaches que, par sa famille, Héron de Villefosse avait avec l'ancien régime; elles expliquaient les faveurs, du reste justifiées par le mérite, dont il fut comblé par la Restauration et particulièrement par Louis XVIII. Comme pour tant d'hommes éminents de ce temps, les liens avec le passé n'avaient pas empêché Héron de Villefosse de servir l'Empereur avec d'autant plus de dévouement qu'il n'était né à la vie publique que sous son autorité. Mais beaucoup, il fut de ce nombre et l'on ne saurait que l'en honorer, ne purent admettre de reporter sur Louis-Philippe la fidélité qu'ils venaient de renouer avec les Bourbons.
Les scrupules politiques de Héron de Villefosse amenèrent à la présidence Cordier, qui garda le poste pendant trente ans jusqu'à sa mort en 1861, à l'âge de 80 ans. Cordier, a pris ainsi l'industrie des Mines et celle de la Métallurgie presque encore dans l'enfance, pour les voir, après la révolution industrielle de ce siècle, à peu près à leur complet épanouissement moderne. Il a rempli ses fonctions, entre un point de départ et un point d'arrivée si différents, avec cette autorité féconde, encore que sans tapage, qui le mit à la hauteur de toutes les grandes situations par lui occupées et expliquait en même temps que l'Administration les lui confiât à l'envi, sans se soucier de critiques comme celles d'Alphonse Karr supputant que Cordier ne pouvait matériellement pas s'acquitter des devoirs de ses Présidences et Commissions sans ajouter quelques jours à la durée de la semaine. Avec lui, et nonobstant l'exemple heureux qu'il donna après Lelièvre, cessa le privilège, dont avait joui jusqu'alors le Président du Conseil des Mines, de ne pas être soumis à la loi fatidique de la retraite d'âge. Dès lors, les Présidents se succèdent avec la rapidité qu'entraîne cette règle aggravée souvent par la fragilité de la vie humaine. Alors que, de 1811 à 1861, le Conseil, pendant un demi-siècle, n'a pour ainsi dire connu que deux Présidents, huit se remplacent en un quart de siècle, de 1861 à 1886. C'est d'abord Élie de Beaumont (1861-1868), le plus grand nom géologique français; puis Combes (1868-1871), avec sa compétence exceptionnelle en exploitation de mines et en machines, où il a été un des maîtres les plus éminents, un savant doublé d'un praticien; de Billy (1871-1872) ne fait que passer dans ce poste qui fut pour lui le couronnement d'une carrière administrative bien remplie; Gruner (1872-1879) arrive à la Présidence avec sa maîtrise en Métallurgie, ses grandes connaissances géologiques et sa pratique des mines; puis viennent les noms, honorés par leurs services, de du Souich (1879-1882), Guillebot de Nerville (1882-1884), Tournaire (1884-1886) auxquels succèdent M. Jacquot (1886-1887) et M. Linder depuis 1887.
Si le Président dirige le travail du Conseil, le Secrétaire l'a de tout temps préparé avec un souci des traditions et de la jurisprudence qui ne contribue pas peu à maintenir l'autorité des délibérations, et il s'est toujours efforcé de traduire les pensées du Conseil avec an soin de la forme qui en accroît la clarté en en augmentant la force. Dans ces fonctions, non moins délicates qu'importantes, se sont succédé depuis 1811 : de Bonnard, auquel des travaux géologiques sérieux avaient ouvert les portes de l'Académie des Sciences, et qui a, chose rare, occupé ces fonctions pendant vingt ans, jusqu'en 1832, à côté du même Président, Lelièvre; Migneron (1832-1834), à qui l'on doit des études estimées sur l'administration; Garnier (1834-1840), auteur de travaux importants sur les puits artésiens; Thirria (1840-1848), géologue distingué; Levallois(1848-1852) qui, avant de se livrer également avec succès à la Géologie, avait dirigé les premiers travaux de reconnaissance et d'exploitation sur le gîte de sel gemme découvert en 1819, dans l'Est; Piérard (1852-1868), qui quitta le Secrétariat pour prendre la direction du chemin de fer de l'Ouest; M. Lamé Fleury (1868-1876), particulièrement indiqué par ses travaux sur le Droit minier, ancien et moderne, qui ne laissa le poste, après avoir traversé la Direction des Mines, que pour aller au Conseil d'Etat; Hanet-Cléry (1876-1879), enlevé trop rapidement pour avoir donné sa mesure; enfin, M. Lorieux (1879-1888), passé Inspecteur général et, depuis, M. Zeiller, dont on sait les remarquables travaux sur la Paléontologie végétale.
En dehors de son fonctionnement normal, en présence de circonstances spéciales et passagères, le Corps des Mines a dû parfois se modifier en quelque sorte, pour se plier à ces conjonctures. Déjà, lors de la guerre d'Italie, en 1859, deux membres du Corps furent appelés spécialement à concourir en Lombardie au rétablissement immédiat des Chemins de fer que les Autrichiens avaient désorganisés en se retirant au delà du Tessin. Tandis que M. Amilhau, des Ponts et Chaussées, réparait l'infrastructure, M. Linder devait reconstituer le matériel roulant sous l'autorité directe du maréchal Vaillant, et Diday, comme directeur des Chemins de fer lombards, assurer l'exploitation. On dut emprunter au P.-L.-M., en France, locomotives et tenders, les faire transporter par mer de Marseille à Gènes et les remonter sur place avec la hâte que nécessitent de pareilles circonstances.
Le concours demandé au Corps des Mines en 1870-1871 devait être plus général. La plupart de ses Membres ont dû participer à la défense nationale : les uns concurremment avec leur service normal; les autres exclusivement, soit pour marcher avec les troupes, soit pour des tâches spéciales réclamées par l'autorité militaire, sans parler de ceux auxquels incombaient des fonctions encore plus élevées, et notamment de celui auquel Gambetta avait remis la direction de la défense en province. Ceux-ci ont monté et dirigé des capsuleries, comme M. Linder à Bordeaux, ou des cartoucheries, comme Brossard de Corbigny à Angers; ceux-là surveillaient la fabrication des nouveaux canons en acier. Une mention spéciale doit être donnée à Tournaire pour sa présidence de la Commission instituée à Saint-Étienne, le 9 novembre 1870, en vue de l'armement de la Garde nationale mobilisée. En dehors des services importants rendus directement par lui dans ses fonctions à raison de sa compétence, de son activité et de sa vigilance, Tournaire en a accru la valeur, au point de vue professionnel et métallurgique, par le rapport dans lequel il a rendu compte des essais sur la composition, les propriétés, les qualités et les résistances de l'acier des 366 pièces de canon livrées de fin 1870 au mois de juin 1871, ainsi que des expériences de tir opérées sur 263 de ces pièces.
Parmi les Ingénieurs qui ont été encore utilisés directement par l'autorité militaire, hors de ceux qui servaient simplement comme officiers dans la troupe, il faut citer Mallard et Fuchs, revenus tous deux précipitamment d'une mission au Chili à la nouvelle de la guerre, et arrivés assez à temps pour être chargés des fonctions de Chefs du génie civil, le premier dans l'armée de Bourbaki et le second dans celle de Chanzy.
A Paris, l'autorité militaire, à raison des occupations en temps de paix des Ingénieurs des Mines du Service des carrières de la Seine, tira des avantages spéciaux de l'emploi du Bataillon des mineurs auxiliaires du génie, constitué le 10 septembre 1870, sous l'autorité de M. Jacquot, alors Ingénieur en chef du Service des carrières de la Seine. Dans ce bataillon furent enrôlés tous les jeunes Ingénieurs des Mines présents dans la Capitale : Jordan, Worms de Romilly, Michel-Lévy, Douvillé, Clérault, avec les Élèves-ingénieurs Zeiller, Henry, Heurteau, Amiot, Voisin, Boutan, Bertrand, de Grossouvre, Le Verrier. Descos, qui était Ingénieur du Service sous les ordres de M. Jacquot, prit une part exceptionnelle aux opérations du bataillon, notamment pour relier souterrainement à la Place les forts du Sud, en profitant des travaux existant dans les carrières en vue de gagner du temps avant tout bombardement; simultanément, il faisait disparaître les obstacles provenant de l'exploitation antérieure et qui auraient nui à la défense. Dès le 20 septembre, le fort de Montrouge était attaché souterrainement à la Place ; un puits de 24 m de profondeur avait été foncé à cet effet dans les fossés du fort. Plus tard une jonction aurait été établie de même entre la Place et les forts d'Ivry et de Vanves. Pendant la Commune, Descos dut, pour aider l'arrivée de l'armée de Versailles, fermer les communications qu'il avait ouvertes avec tant de peine et tant d'efforts. Un dernier souvenir doit être donné à Choulette, qui fut tué à Belfort, le 9 février 1871, par un éclat d'obus, alors que l'armistice, cette place exceptée, avait été conclu le 28 janvier et que, quelques jours après, l'armistice allait la comprendre. Pendant ce siège mémorable, Choulette avait rendu les plus grands services par son ingéniosité à établir les diverses installations, rentrant dans ses occupations professionnelles, qui lui avaient été demandées : fours à coke, lumière électrique, chemins de fer pour transport de canon, construction et expédition d'un ballon.
Nos dissensions civiles ont été plus cruelles pour le Corps des Mines. Lesbros, encore à l'Ecole en première année, meurt des blessures reçues le 24 juin 1848 dans la rue des Noyers, à l'attaque d'une barricade. De l'Espée, que M. Thiers venait d'envoyer comme préfet à Saint-Etienne, y est assassiné le 26 mars 1871, après un long martyre, par des émeutiers qui, s'étant rendus maîtres pour quelques instants de la préfecture, lui réclamèrent vainement sa capitulation et la proclamation de la Commune.
D'autres sont tombés dans la mine même, où un commun danger abat l'ingénieur aussi bien que l'ouvrier, de même qu'au champ d'honneur l'officier et le soldat.
Le 31 mars 1833, Jabin, qui était Professeur de Minéralurgie et de Docimasie à l'École de Saint-Etienne, assistait à l'essai d'une machine à vapeur qu'il venait de faire installer sur la mine de Bérard, qu'il dirigeait. Pour éviter une mise imminente aux molettes, Jabin, n'ayant pu réussir à fermer l'admission de vapeur, se précipitait sur le frein du volant; le choc contre les molettes ne put être évité; la chaîne de suspension rompue vint le frapper à la tête et le tuer sur le coup. Il n'avait que 31 ans. Pour honorer sa mémoire, son nom fut donné à un puits de la mine que la fatalité devait poursuivre en l'atteignant de deux de nos plus grandes catastrophes; quelque superstitieux aurait pu croire à un mauvais sort provenant de l'appellation et de sa cause.
Il semble au reste que la fatalité se soit plu à atteindre tout ce qui concernait Jabin. Son successeur dans la chaire de Métallurgie, Malinvaud, dut, peu de temps après, renoncer au professorat, dont il ne pouvait supporter les fatigues, pour le Service ordinaire de Saône-et-Loire. Il visitait, en juillet 1886, le puits Curier de la mine d'Épinac ; la benne dans laquelle il descendait fut accrochée par la benne montante jusqu'à être amenée à l'horizontale. Malinvaud reçut des blessures sérieuses dont sa constitution affaiblie ne put se remettre; il mourait quelques mois après, à 29 ans.
Vingt-sept ans plus tard, Famin (promotion de 1857 de Polytechnique), sortant à peine de l'Ecole des Mines, est tué avec le Directeur de la mine de Monthieux (Loire), le 17 juin 1863, au Puits neuf de cette mine, où il faisait une visite réglementaire. La benne par laquelle ils remontaient vint buter contre une pierre qui se détacha et tomba sur eux.
Le 28 mai 1881, Bonnefoy (promotion de 1878 de Polytechnique, né le 18 octobre 1854), procédant à l'enquête légale à la suite d'un accident de grisou aux mines de Champagnac (Cantal), tombe victime d'une nouvelle explosion, qui foudroya autour de lui deux ingénieurs de la mine et deux maîtres mineurs, sans qu'on ait jamais pu expliquer les circonstances de cette lamentable catastrophe.
Presque en même temps que Bonnefoy était ainsi frappé dans une mine de l'Auvergne, Roche, son ancien, était massacré à Bir El Gahrama avec la seconde mission Flatters.
L'Afrique devait être fatale à bien d'autres Ingénieurs sans qu'ils aient été les victimes de pareils drames. Brédif, un des rares survivants du naufrage de la Méduse, qui avait fait preuve, dans ces lugubres circonstances, d'un sang-froid et d'un courage remarqués, meurt à Saint-Louis du Sénégal, le 1er janvier 1818, à 31 ans, après dix-huit mois de mission. Grandin, qui lui succéda comme membre de la Commission d'exploration de la colonie, succombe à la fièvre le 16 novembre 1821. En dehors des travaux de reconnaissance qu'il avait effectués et des plans qu'il avait levés, il avait rendu à la colonie les plus grands services par la recherche des matériaux de construction et la mise en train de la fabrication des briques et de la chaux. Beaucoup d'autres sont morts prématurément des fatigues subies dans les services coloniaux auxquels le Corps des Mines a été appelé à concourir avec son Service métropolitain ; mais, après cette vue d'ensemble sur l'Historique du Corps, il est temps d'aborder, avec la seconde partie de cette Note, l'étude détaillée de son fonctionnement.
L'OEUVRE DU CORPS.
Si le rôle direct de l'Administration, agissant en son nom, semble assez terne dans les recherches de mines, ce serait une erreur de croire que celui des Ingénieurs des Mines ne mérite pas d'être mentionné.
On peut ranger, on le sait, dans deux catégories, les découvertes de gîtes minéraux.
Les unes ne sont guère que l'effet d'un hasard qui amène la rencontre, aux affleurements, de premiers indices que des travaux appropriés devront suivre pour en reconnaître la valeur réelle. Tel est le cas de la plupart des gîtes de substances métalliques en filons. Plus d'une théorie a été faite sur la formation et les lois d'enrichissement de ces gîtes, comme celle de Rivot, un peu spéciale aux districts par lui observés, ou celles plus générales de M. Moissenet, pour ne parler ici que des systèmes d'une portée pratique immédiate, et sans rappeler les grandes théories géogéniques sur la formation des gîtes métalliques. Quelle qu'ait pu être l'utilité locale ou même générale de ces observations et, déductions, il faut bien reconnaître que c'est toujours fortuitement qu'on rencontre les premiers indices, dont la valeur réelle ne pourra être établie que par des travaux indispensables pour constituer une invention de mine. Bien des fois l'indication première sera sans valeur; la mine ne sera réellement découverte, ensuite, qu'après des recherches plus ou moins considérables. Parfois cependant, l'indication première elle-même dénote déjà un mérite réel. Tel a été le cas de ces affleurements stannifères du Limousin et de la Marche, signalés par Mallard, en 1865, au début d'une carrière qui, dans sa brièveté relative, devait être si pleine et si féconde. La réalité, pas plus ici qu'à Piriac et à la Villeder n'a confirmé, jusqu'à présent du moins, les espérances de la première heure. Le gîte de Montebras (Creuse) n'a pas répondu aux efforts qu'on y a déployés à grands frais.
La seconde calégorie de gîtes comprend les gisements sédimentaires qui se rencontrent à des niveaux géologiques déterminés, tels que des couches de houille ou de minerai de fer. Ici la science précède la découverte plus qu'elle ne la suit. C'est le cas notamment lorsqu'il s'agit de rechercher le prolongement d'un bassin au-dessous des morts terrains qui le recouvrent. Comme dans toutes les recherches de mines, la chance joue toujours son rôle; de multiples aléas menacent constamment toute entreprise du mineur. Mais des études géologiques spéciales peuvent diminuer considérablement le nombre des tentatives et les dépenses, en restreignant a priori le champ des recherches. Telle a été l'utilité, dans bien des circonstances, des occupations des Ingénieurs des Mines. Deux de ces travaux méritent d'être relevés plus spécialement; le premier, dont l'importance économique devait être si considérable, a contribué à la découverte du prolongement du bassin houiller du Pas-de-Calais ; l'autre, resté plus intéressant qu'important, se rapporte au prolongement du bassin houiller de la Sarre; au premier se rattache le nom de du Souich ; au second, celui de M. Jacquot.
Le bassin houiller qui affleure de Liège à Mons, en Belgique, disparaît sous les morts terrains avant la frontière française. A la suite des découvertes faites sur notre territoire, de 1720 à 1734, par les auteurs de la Compagnie d'Anzin, l'exploitation de la houille s'était étendue dans le département du Nord, de la frontière belge à l'est, jusqu'à la concession d'Aniche à l'ouest. La continuation du bassin houiller restait absolument inconnue au delà de Douai et de la Scarpe, qui limite à l'ouest cette dernière concession ; la difficulté de la découverte s'accroissait par le fait que les exploitations d'Aniche, dans le premier quart de ce siècle, ne portaient que sur l'extrémité est de la concession. Les recherches furent d'abord tentées dans le prolongement direct de la partie connue du bassin ; des puits furent foncés et des sondages forés entre Douai et Arras. On ne savait pas alors que le bassin houiller subit à Douai une brusque inflexion qui le rejette de 8 km vers le Nord. Une période de travaux, particulièrement active, accompagna le mouvement de rénovation industrielle qui marqua le début du Gouvernement de Juillet. De 1833 à 1840, on entreprit des puits et des sondages de tous les côtés ; quatre millions de francs furent inutilement dépensés; toutes les Compagnies d'exploration avaient fini par être mises en dissolution. Il semblait qu'on dût renoncer à réussir. L'une de ces associations, la Société des Canonniers de Lille, paraissait avoir voulu résoudre le problème par la multiplicité de sondages, éparpillés partout, au nombre de seize, sans aucune méthode, bien plus que par le choix judicieux de leurs emplacements; elle ne fut pourtant empêchée d'aboutir, dès le début, que par une de ces mésaventures qui menacent toujours de pareilles entreprises. Son sondage de Fiers, à 3 km au nord-ouest de Douai, aurait rencontré la houille, en faisant gagner douze ans et réaliser plusieurs millions d'économie, s'il n'avait été arrêté par un accident, le 3 août 1835, à 206 m de profondeur, dans le tourtia, quelques mètres seulement avant de recouper le terrain houiller.
Au moment où se terminait cette première période d'insuccès, du Souich, alors Ingénieur des Mines à Arras, achevait la Carte géologique du Pas-de-Calais, encore qu'elle ne dût être publiée qu'assez longtemps après. Il avait notamment reconnu et soigneusement relevé les pointements de terrain dévonien qui jalonnaient, de l'Est à l'Ouest, la bordure méridionale de ce bassin houiller tant recherché, depuis Rebreuve, à l'est, jusqu'à Audincthun, à l'ouest, en passant par La Comté, Bailleul, les Pernes, Febvin, Fléchin, Matringhem. La déviation autour de Douai devenait évidente. On ne pouvait plus hésiter sur l'emplacement ni l'ordre des recherches. Le mérite d'avoir résolu matériellement le problème revient à la Compagnie de la Scarpe, depuis Compagnie de l'Escarpelle, qui, sous la direction de son directeur, M. Soyez, trouva enfin la houille au delà de la Scarpe, le 7 juin 1847, à 158 m,90 de profondeur. Ce fut véritablement l'origine de la découverte du bassin du Pas-de-Calais. Sans doute le terrain houiller avait été auparavant rencontré dans un sondage fait à Oignies, en 1840, pour la recherche de l'eau. Mais les résultats de ce travail, bien qu'il eût été poussé à 400 mètres, étaient restés inconnus de tout le monde, et ceux qui l'avaient exécuté n'avaient paru y attacher aucune importance au point de vue de la découverte de la houille.
Pour avoir été singulièrement moins importante dans sa réalité et encore qu'elle ne dût finalement pas profiter au pays, la reconnaissance du prolongement du bassin houiller de la Sarre n'en est pas moins un bon exemple du résultat des études géologiques exécutées par les Ingénieurs des Mines.
La contrée de Sarrelouis, cédée à Louis XIV par le traité de Ryswik, contenait l'extrémité du bassin houiller de la Sarre qui apparaît au jour. Quelques exploitations y étaient en activité, notamment à Schwalbach et Hostenbach, aux environs même de Sarrelouis, en 1790, lors de la création du département de la Moselle où elles se trouvèrent placées. En 1798, le pays de Sarrebrück fut annexé à la France et les mines furent exploitées pour le compte de l'Etat jusqu'en 1814. La délimitation de 1814, en conservant au département de la Moselle les cantons de Sarrelouis et de Rehling, ainsi que ceux de Sarrebrück et de Saint-Jean, détachés de l'ancien département de la Sarre, nous laissait la moitié environ de la partie riche et utile du bassin. Les traités de 1815 en firent passer à la Prusse et à la Bavière la totalité apparente et nous enlevèrent même ce que nous en avions possédé, de Louis XIV à 1790.
On s'était immédiatement préoccupé, dans la Moselle, de rechercher sous les morts terrains le prolongement du gîte dont nous venions d'être ainsi privés. Les premiers travaux entrepris le plus près de la frontière et de Sarrebrück amenèrent, à la suite de recherches poursuivies de 1816 à 1820, sur les conseils de de Gargan, alors Ingénieur des mines du district, l'institution de la concession de Schoeneken sur la pointe formée par notre territoire entre Forbach, au sud, Stiring à l'est et la Rosselle à l'ouest. A la suite de divers insuccès, cette concession resta délaissée jusqu'en 1847, où de nouveaux travaux furent repris lorsque la mine eut passé entre les mains de la maison de de Wendel, dans laquelle de Gargan était entré depuis 1828; en 1852, sous son inspiration, on reconnaissait l'extension du terrain houiller au sud de Forbach, ce qui donnait lieu à l'institution, en 1856, de la concession de ce nom.
En 1853 commençait, sous l'inspiration de M. Jacquot, l'exploration de la plaine de Creutzwald. Des observations, recueillies de 1847 à 1850 sur le bassin houiller de la Sarre et publiées en 1853, lui avaient permis d'en reconnaître les grands traits et les accidents caractéristiques ; l'étude de leur continuité dans la direction 30o sud jusque dans le pays Messin lui avait fait choisir, dès 1849, cette plaine de Creutzwald et lui permirent d'indiquer, en 1853, avec la plus grande sûreté, les emplacements des sondages successifs de Creutzwald d'abord, tout à côté de la frontière, et de Porcelette ensuite, à 8 kilomètres au delà, dont le succès résolut la question. De 1853 à 1859, où l'on peut considérer comme terminée l'exploration de la plaine de Creutzwald, 28 forages avaient été exécutés, de Cocheren au sud-est à Merton au nord-ouest; 16 d'entre eux avaient rencontré des couches de houille exploitables, les autres avaient été arrêtés pour des causes diverses, soit dans le terrain houiller, soit au-dessus. C'étaient 13000 hectares de terrain houiller utile dont l'existence venait d'être ainsi établie, sous le grès vosgien et le nouveau grès rouge, sans compter les 4000 hectares reconnus antérieurement à Forbach au sud de la concession primitive de Schoenecken. Dans la plaine de Creutzwald, le terrain houiller se trouvait à une profondeur de 170 mètres environ, pouvant aller à 237 mètres à l'extrémité de la plaine au sud-ouest. A la suite de ces découvertes, 9 concessions, comprenant une étendue superficielle de 16400 hectares, furent instituées de 1857 à 1862. Des affluences d'eau exceptionnelles vinrent plus tard contrarier le fonçage des puits entrepris pour l'exploitation de ce gisement. On ne réussit à passer le niveau à l'Hôpital qu'en recourant au système Chaudron. Ces difficultés ont arrêté la mise en valeur du district. Aujourd'hui, on en aurait sans doute raison. La France, qui avait déjà perdu dans ses malheurs antérieurs les ressources houillères situées plus au nord de cette région, devait perdre, dans une infortune encore plus grande, les richesses nouvellement découvertes.
Pour être beaucoup moins important que les deux grands bassins dont nous venons de parler, la recherche du prolongement du bassin houiller de Carmaux (Tarn) a présenté des faits analogues, et une intervention des Ingénieurs des Mines qui, pour ne pas avoir produit de fruits directs et immédiats, n'en mérite pas moins d'être relevée. A la suite vraisemblablement des succès obtenus dans le Pas-de-Calais, de Boucheporn, alors Ingénieur ordinaire des Mines à Albi, que des rêveries géogéniques n'empêchaient pas d'être un géologue pratique, actif et judicieux, et qui, dès 1848, avait signalé l'allure nord-sud du bassin houiller de Carmaux, avait, vers 1850-1852, conseillé divers sondages entre Albi et Carmaux, dont l'un sur le plateau de la rive gauche du Tarn, à 3 kilomètres et demi au nord-est d'Albi, si audacieux qu'il pût paraître, aurait bien pu trouver la solution près de quarante ans en avance si, comme le sondage des Canonniers de Lille de 1835, il n'avait pas été arrêté par un accident dans le tertiaire. Treize ans après, Louis Le Chatelier, avec son génie d'invention industrielle toujours en mouvement, faisait reprendre des recherches dans le même but, au sud de l'immense concession qui entourait, comme d'un périmètre de protection de 4 à 6 kilomètres, le seul pointement houiller sur lequel étaient alors concentrés, à Carmaux, les puits d'exploitation. Deux sondages, placés à 5 kilomètres et demi l'un de l'autre, sur une ligne est-ouest, dessinèrent en quelque sorte, celui de Sainte-Martianne, la bordure est, et celui de Saint-Jean-le-Fond, la bordure ouest du long synclinal qui constitue, comme on le sait aujourd'hui, le bassin de Carmaux. A la suite des nouveaux travaux de la Compagnie concessionnaire, qui venaient accentuer cette allure, il n'y avait plus qu'à se placer entre le sondage Boucheporn et les deux sondages Le Chatelier pour cueillir le résultat, ainsi qu'eut la sagacité de le faire vingt ans après, en 1882, sous la direction de M. Grand, ingénieur civil, la Société des mines de houille d'Albi, dont les exploitations viennent d'être mises en train à la suite de ces heureuses découvertes.
La Stratigraphie et la Tectonique peuvent seules restreindre la part du hasard dans ces recherches en grand, sinon toujours donner des indications sûres; les grands progrès de la Paléontologie végétale ont permis, dans l'étude détaillée d'un bassin, d'identifier les faisceaux de couches de la façon la plus précise et par suite de définir exactement les accidents et de résoudre des problèmes où s'étaient jadis trompés des maîtres parfaitement familiarisés avec la stratigraphie locale. On a vu là, une fois de plus, un exemple de l'utilité immédiate que peuvent avoir, dans la pratique des arts, les conséquences de la culture d'une science pure. Une des plus intéressantes applications à coup sûr en a été donnée par le sondage de Ricard des mines de la Grand-Combe. Un accident stratigraphique, dit du col Malpertus, se trouvait avoir, à l'ouest, les faisceaux superposés de Trescol et de Champclauson, ce dernier au-dessus de l'autre; à l'est était le faisceau de la montagne Sainte-Barbe, que la Stratigraphie et la Tectonique avaient amené à assimiler au faisceau de Champclauson. L'examen des empreintes recueillies dans les exploitations de la Grand-Combe fit reconnaître, en 1881, à M. Zeiller (promotion de 1865 de Polytechnique), professeur de Paléontologie végétale à l'Ecole des Mines, que le faisceau de la montagne Sainte-Barbe, loin de pouvoir être identifié à celui de Champclauson, devait être inférieur à celui de Trescol. Un sondage fut immédiatement commencé pour vérifier les conséquences de cette conclusion. D'abord interrompu, puis repris à la suite de nouvelles indications (On ne remplit qu'un devoir de justice en rappelant que M. Zeiller, après ces premières indications, n'a pas poursuivi cette affaire et que c'est à la suite d'une étude de M. Grand'Eury, ingénieur civil, que le sondage a été repris) qui confirmèrent celles de M. Zeiller, le sondage trouva une première couche de 5 mètres à 736 mètres de profondeur et une seconde de 10 mètres à 778 mètres, correspondant au faisceau de Sainte-Barbe.
Des recherches de cette nature ont eu généralement la houille pour objet. On en pourrait citer d'analogues pour le minerai de fer en couches, notamment dans le classique gisement du Nord-Est et y relever aussi une utile intervention des Ingénieurs des Mines. Plus anciennement et pour d'autres substances, on pourrait rappeler les recherches et les observations de de Villeneuve, en 1834-1836, sur les calcaires à chaux hydraulique et à ciment des Bouches-du-Rhône, et en particulier sur ceux de Roquefort; de Villeneuve a ainsi provoqué dans ce district l'importante industrie qui s'y est établie et à laquelle il devait du reste apporter d'utiles améliorations que nous aurons occasion de signaler.
En tout cas, on ne doit pas oublier le rôle des Ingénieurs des Mines pour signaler la présence et répandre la pratique des phosphates de chaux en France. Berthier avait le premier, en 1818, indiqué cette substance dans les pyrites du gault, de Wissant (Pas-de-Calais), à l'étage où elle devait être plus tard reconnue avec une fréquence spéciale. En 1820, il révélait la nature des nodules de la craie chloritée du cap de la Hève, qui avaient été découverts par de Bonnard. Ce n'est que deux ans après qu'on commençait à se préoccuper, en Angleterre, de l'emploi des phosphates d'os pour l'Agriculture et que Buckland et Conybeare signalaient les phosphates du Bone Bed de la partie inférieure du lias ou du Crag du tertiaire très récent. De 1852 à 1856, Meugy, qui avait fait de cette question une étude particulière, signala successivement les nodules phosphatés de la craie chloritée d'Annasse près de Lille, à la base du Sénonien, et la vraie nature des Coquins ou nodules de Grand-Pré, Vouziers et Rethel. La Note magistrale publiée par Elie de Beaumont en 1856 sur l'utilité agricole et sur les gisements géologiques du phosphore (la note avait d'abord paru sous ce titre dans les Mémoires de la Société impériale et centrale d'Agriculture; elle fut reproduite par ordre dans le Moniteur universel), où il donnait les indications les plus complètes et les plus précises sur les niveaux phosphatés et particulièrement sur celui du gault, ainsi que sur leurs conditions de gisement, a toujours été, à juste titre, considérée comme ayant eu une influence capitale pour susciter et développer les exploitations qui devaient se poursuivre en France sur les niveaux ainsi indiqués, et en particulier sur celui du gault, jusqu'aux découvertes ultérieures des nouveaux gîtes, tels que ceux de la Somme, sans parler de ceux plus récents encore de l'Amérique et de l'Afrique.
Lorsque l'Administration, ses Ingénieurs et Géologues ont signalé au public l'existence de pareils niveaux et de tels indices, leur tâche, en ce qui concerne l'invention des gîtes, est achevée; il appartient ensuite aux particuliers, à l'industrie privée, de s'assurer, par des travaux appropriés, de la réalité qui, dans chaque cas, correspondra aux apparences. Les uns y trouvent la ruine; les autres, des fortunes inespérées. L'autorité n'est pas responsable des malheurs des premiers, elle doit laisser aux seconds tous leurs profits. L'industrie extractive ne se crée et n'existe que par l'espérance de tels succès, toujours poursuivis et si rarement rencontrés. C'est pour cela qu'elle est et doit rester une industrie privée. En matière de découvertes, le Gouvernement a rempli tous ses devoirs lorsqu'il a provoqué, dans le domaine des recherches spéculatives, les indications qui peuvent limiter et éclairer le champ de travail des explorateurs et qu'il a répandu ces indications dans le public. Le cultivateur jette la graine; elle pourra ne pas lever; il en peut sortir un arbre aux dimensions sans rapport avec le germe dont il provient.
A la promulgation de la loi de 1810, il existait en France 132 concessions de mines, régulièrement instituées sous l'empire de la loi de 1791; on en compte aujourd'hui 1500. Il en est bien peu dont l'institution n'ait pas soulevé de conflits toujours délicats; beaucoup semblaient inextricables par le nombre et la complexité des intérêts en jeu. Elles ont parfois astreint les Ingénieurs des Mines à des travaux plus spécialement importants : tel a été le cas, notamment, des études préparatoires aux concessions à établir dans le bassin houiller de la Sarre et, plus tard, dans celui de Saint-Etienne. Les premières devaient rester inutiles à la suite des événements de 1814 ; les secondes ont servi d'assiette à la constitution de la propriété minière du plus important de nos bassins houillers du Centre. Toutes deux méritent d'être rappelées.
Les houillères de la Sarre, nous avons eu l'occasion de le dire, dépendaient, avant la Révolution, du domaine des princes de Nassau-Sarrebrück. Elles furent donc englobées, après la conquête, dans le domaine français et affermées pour neuf ans, à partir du 1er messidor an V, à raison de 71000 fr par an. Elles produisaient environ 90 000 tonnes annuellement. Lorsque le bail fut arrivé à échéance, le Gouvernement impérial, au lieu de le renouveler, se résolut à soumettre ce bassin au régime des concessions exploitées par les particuliers; l'Administration n'était pas éloignée, toutefois, d'admettre un régime spécial qu'aurait justifié, dans l'espèce, l'origine domaniale des exploitations. Un décret impérial du 13 septembre 1808 avait prescrit de procéder à une étude dans ce sens pour tout l'ensemble du bassin houiller qui s'étend sur une longueur de quelque trente kilomètres. Le travail fut entrepris et exécuté par Beaunier et Calmelet, sous la direction de Guillot-Duhamel; il était terminé en 1810. Ces Ingénieurs avaient dû commencer par établir la topographie superficielle et souterraine du bassin. Un atlas de 66 cartes donnait le relevé de tous les affleurements avec toutes les cotes utiles résultant de nivellements. Les cartes indiquaient, pour chaque concession dont on proposait la création, tous les travaux exécutés et le projet de tous les grands travaux d'aménagement, galeries d'écoulement, voire même galeries de navigation, qui devaient être imposés aux futurs concessionnaires; quelques-unes de ces galeries devaient être communes à plusieurs arrondissements ou concessions. On proposait d'en créer 64, en laissant en dehors 7 réserves qui devaient être affectées indissolublement à des usines locales. Suivant les idées de l'époque, plusieurs de ces arrondissements devaient être réservés pour être exploités directement par l'Administration; les autres devaient être remis à des Sociétés particulières, constituées dans le type des Gewerkschaften allemandes, mais en étant astreintes à verser une part importante de leur produit net au Trésor. Ces propositions ne laissèrent pas de faire naître des hésitations dans l'esprit de l'Empereur. On lui représentait le parti que le Trésor pourrait tirer d'une jouissance directe par voie d'amodiations domaniales. Le 11 mai 1812, passant par Sarrebrück, il y fit appeler l'Ingénieur en chef Calmelet, avec les autres fonctionnaires en résidence dans ce centre, pour s'entretenir avec eux de la question; il leur laissa entendre qu'il ne se souciait guère d'appliquer le décret de 1808 avec son système de concessions; il préférait garder les houillères pour l'État. En fait, elles se trouvaient encore entre ses mains en 1814 et purent ainsi passer au domaine de l'Etat prussien dans lequel, on le sait, elles sont restées jusqu'à ce jour.
L'application de la loi de 1810 dans le bassin houiller de Saint-Etienne devait soulever de bien plus graves difficultés pour l'Administration et pour les Ingénieurs appelés à s'en occuper, par suite des coutumes qui avaient persisté dans ce bassin, à la suite de l'arrêt du Conseil du Roi de 1698. Les propriétaires du sol, nonobstant l'arrêt de 1744, qui avait rapporté celui de 1698, continuaient à se considérer comme propriétaires de la houille; en tout cas, ils l'exploitaient ou la faisaient exploiter à leur profit et en trafiquaient sous tous les rapports comme s'ils en étaient les propriétaires. Quelques concessions avaient bien été instituées jadis, notamment celle de Roche-la-Molière et Firminy en faveur du marquis d'Osmond. Sa confirmation sous le nouveau régime et la remise au concessionnaire ne devaient pas être une des moindre difficultés de la tâche des Ingénieurs de l'Etat. Le 2 décembre 1810, Guenyveau, alors chargé du Service, s'était rendu à Firminy pour mettre le personnel du marquis d'Osmond, avec l'aide de la gendarmerie, en possession des exploitations que les extracteurs ou propriétaires du pays entendaient continuer; gendarmerie et ingénieur furent chargés et durent se replier en assez mauvais ordre; poursuivis devant le tribunal de Saint-Etienne pour travaux illicites et résistance à l'autorité, les extracteurs furent acquittés, malgré l'évidence des faits, tant les usages et l'opinion publique étaient pour les propriétaires superficiaires contre les concessionnaires et l'Administration.
On ne pouvait venir à bout de telles difficultés que par une opération d'ensemble. Le Gouvernement, qui avait pu spécialement apprécier le concours donné par Beaunier, à l'étude du bassin houiller de la Sarre, le chargea, en juin 1812, comme Ingénieur en chef, de procéder tout d'abord à la reconnaissance du terrain houiller de Saint-Etienne, en vue d'avoir les bases d'après lesquelles les concessions pourraient être définies. Beaunier était secondé par l'ingénieur ordinaire Guenyveau et les aspirants Choron et Gabé (promotion de 1806 de Polytechnique), puis plus tard par de Gargan (3) et Dubosc (promotion de 1807 de Polytechnique, décédé en 1838). A la fin de 1818, le travail était terminé ; il constituait à la fois une topographie détaillée du terrain houiller, surface et fond, depuis Firminy jusqu'à Rive-de-Gier, sur ses 25696 hectares de superficie, et une description complète de l'état de toutes les mines en activité ainsi que de leurs conditions d'exploitation. Comme plan de surface, les Ingénieurs n'avaient pu disposer du plan cadastral encore en cours d'exécution; ils avaient dû débuter par des opérations de triangulation poursuivies de concert avec celles des agents du Cadastre. On avait donné une attention spéciale au nivellement, à raison de son importance pour la détermination des galeries d'écoulement; on avait été ainsi conduit à niveler une longueur cumulée de 203000 m. Les planches de l'atlas fournissaient, par district, le relevé coté des affleurements et le plan des travaux souterrains avec une représentation de l'allure des couches par courbes de niveau. Enfin, on avait indiqué soigneusement l'emplacement et le tracé des galeries d'écoulement que l'on pouvait être conduit à établir. Comme conclusion de son étude, Beaunier proposait de partager le bassin en 24 concessions, y compris les 6 déjà instituées. Il indiquait les périmètres des 18 nouvelles concessions en présentant le projet des travaux de premier établissement à imposer à chaque concessionnaire.
L'Administration ne put reprendre l'étude de cette importante affaire qu'après les événements de 1814 et 1815. En septembre 1816, un service spécial avait été institue à cet effet à Saint-Etienne ; il était confié à la Commission temporaire des Mines de la Loire, qui comprenait l'Ingénieur en chef Beaunier, aidé de l'Ingénieur ordinaire Moisson-Desroches, pour le district de Rive-de-Gier, alors de beaucoup le plus important, et l'Ingénieur en chef de Gallois, pour celui de Saint-Etienne. Ce ne fut qu'en 1824 que l'on put aboutir. La tâche n'était pas aisée. Les Ingénieurs avaient proposé, par des raisons d'exploitation et de bon aménagement, l'institution de 18 concessions nouvelles; on était en présence de 400 demandes distinctes. On finit par avoir 64 concessions par l'institution de 58 nouvelles mines; et encore, pour en arriver là, il fallut, d'une part, admettre, suivant les propositions de Beaunier, en faveur des propriétaires du sol et à la charge des exploitants, cette redevance tréfoncière proportionnelle qui n'existe guère que dans ce bassin, et qui fait bénéficier les propriétaires superficiaires d'une rente d'environ 0,50 fr par tonne ; il fallut encore que Beaunier, dont la souplesse d'esprit et l'entente des affaires égalaient le mérite de l'ingénieur, poussât les intéressés à conclure ces traités dits de conciliation, par lesquels une série de demandeurs concurrents arrivait, après entente entre eux, à se présenter à l'Administration comme ne constituant qu'un seul groupe pour l'exploitation en commun d'une concession administrative, alors qu'en fait et par suite des contrats secrets qui accompagnaient les premiers accords, chaque sous-groupe entendait exploiter séparément son périmètre dans la concession commune. Avec le temps et les nécessités de l'exploitation, à mesure que les travaux se sont approfondis, les périmètres ont disparu ; on a, en outre, réuni les concessions trop exiguës, de telle sorte qu'aujourd'hui, où l'on est arrivé à un état qui peut être considéré comme définitif, on a très sensiblement le groupement rationnel entrevu et proposé dès la première heure par les Ingénieurs. Cette sûreté de vues, non moins que l'ingéniosité nécessaire pour atteindre le but, sont pour leur faire grand honneur, à Beaunier en particulier, qui fut, de l'origine à la fin, l'inspirateur et le guide de tout ce travail. Qui oserait dire que cette méthode, où l'on a su ménager tous les intérêts, n'a pas été préférable pour la paix publique aux brutalités d'une application sévère et immédiate de la loi? Pour compléter l'institution de ces concessions de la Loire, les Ingénieurs avaient préparé un cahier des charges général applicable à toutes les mines, remarquable par le libéralisme dont on s'était inspiré au regard de l'exploitant. Pour la première fois, on traitait celui-ci plus en propriétaire qu'en concessionnaire de travaux publics; bien des années dev