
Fils de Henri FISCHESSER. Sa mère meurt le 2/6/1965. Son fils Dominique se marie le 28 avril 1972.
Paru dans La Jaune et la Rouge, août-septembre 1991, pp. 59 et 60
Entré à l'Ecole polytechnique en 1931, sorti de l'école des Mines de Paris en 1936, Raymond Fischesser effectue ses premières années d'administration dans une époque troublée.
Dès octobre 1936, affecté au ministère des Travaux publics, il est chargé de participer à une enquête sur le marché charbonnier. Particulièrement remarqué à cette occasion par le directeur des Mines de l'époque, M. Blum-Picard, il se voit ainsi confier diverses autres études, notamment celle de l'approvisionnement de l'industrie chimique en produits de substitution des pyrites en raison des difficultés liées à la guerre d'Espagne.
Affecté à l'Arrondissement minéralogique de Rennes (subdivision de Brest), en mai 1937, il contrôle l'industrie extractive locale (carrières et ardoisières notamment), les chemins de fer et un certain nombre d'interventions en matière économique : contrôle des prix des produits énergétiques, en particulier.
Mobilisé en 1939, R. Fischesser est appelé en 1942, sous le Ministère Bichelonne à remplacer M. Pierre Jouven comme directeur de Cabinet d'Henri Lafond, secrétaire général à l'Energie (il est précisé dans l'acte de nomination que ce n'est pas à sa demande...). Il continue auprès de celui-ci une action difficile et risquée entamée par son prédécesseur dans le domaine de la livraison, ou pour mieux dire, du freinage de la livraison de produits de base à l'occupant allemand. Après le renvoi d'Henri Lafond, Raymond Fischesser reste le collaborateur de R. Norguet, secrétaire général des Industries de transformation et secrétaire général de l'Energie par intérim, jusqu'à la déportation de ce dernier en 1943.
A la Libération, Raymond Fischesser entre comme sous-directeur à l'école des Mines de Paris, alors dirigée par l'ingénieur général Friedel. Il va désormais lui consacrer le meilleur de lui-même.
A l'école des Mines de Paris, il est sous-directeur de 1944 à 1963, directeur de 1963 à 1973. De 1973 à sa retraite, président du Conseil de perfectionnement. Et ensuite en tant que président honoraire. Au 60, boulevard Saint-Michel, il est resté présent jusqu'à sa fin. Presque un demi-siècle de fidélité à sa chère Ecole. Beau symbole d'action dans la continuité.
Il enseigne la cristallographie et la pétrographie. Il administre, ne négligeant pas ce qu'il appelle " l'épicerie du quotidien ", dont il connaît l'importance essentielle. Il innove : il crée le système des options permettant de différencier et donc d'approfondir la formation des ingénieurs civils. Il met en place pour les futurs ingénieurs du corps des Mines les stages de longue durée d'un an et " l'écurie corps des Mines " de 3e année.
Il grignote, budget après budget, des postes d'enseignants et des postes de techniciens.
Il se bat pour obtenir le terrain des Sourds-Muets, rue Saint-Jacques, pour résoudre les problèmes d'extension de son Ecole.
En 1963, l'école des Mines se dote d'une équipe élargie de direction avec la création d'une direction des Recherches qui m'est confiée. Des mesures structurelles s'articulant autour des moyens renforcés par le budget Recherche (ligne budgétaire nouvelle) vont " déséquilibrer " vigoureusement l'institution vénérable qu'il avait remise en route. Avec diplomatie et sagesse il concilie la continuité et l'innovation. Sous sa direction, l'école des Mines devient la seule école d'ingénieurs en Europe à se répandre en divers lieux. L'Ecole s'installe dans les murs de la SNECMA à Corbeil, dans les locaux du lycée Couperin de Fontainebleau avec la complicité du maire. Les foudres du Comité de décentralisation menacent. Il soutient le projet fort critiqué à l'époque dans l'Ecole et dans l'Administration d'une implantation au Nord d'Antibes... ce qui donnera naissance à Sophia Antipolis. Ceci permet à la DATAR de fermer les yeux voire d'applaudir à ce qui deviendra l'un des plus beaux fleurons de son action de décentralisation.
Malgré les critiques de divers enseignants, il appuie la vigoureuse poussée de la Recherche en grande école qui transforme l'école des Mines en une institution où le nombre d'étudiants qui préparent des thèses est supérieur au nombre des élèves qui préparent le diplôme d'ingénieur. L'Association Armines qui gère les contrats entre les centres de recherche de l'Ecole et le monde industriel prend de l'ampleur.
La Cour des comptes est régulièrement inquiétée par divers bons esprits, le dynamisme quelque peu inhabituel du groupe école des Mines-Armines est suspect : à chaque inspection de la Cour, Raymond Fischesser rassure. La Cour constate qu'il n'y a que des critiques mineures.
En même temps, R. Fischesser contribue activement aux travaux du Plan, du temps de la splendeur de cet organisme. Rapporteur général de la Commission Mines du 3e et 4e Plan, président de cette Commission pour le 5e et 6e Plan, il rassemble avec sa bienveillante bonne humeur le monde de l'industrie minérale.
Cette caractéristique est chez lui profonde. Mais c'est certainement au sein de sa chère Ecole que Raymond Fischesser - le Fisch selon la terminologie affectueuse, consacrée par les générations successives - a pu développer son goût des contacts.
Toujours à l'écoute. Je l'avais connu comme élève en 1947, disponible, ouvert, prêt à aider et à ouvrir les portes qu'il fallait.
Je l'avais retrouvé tel, quand, jeune ingénieur en service à la Carte géologique de France, il s'était préoccupé d'améliorer mon maigre salaire (à l'époque non renforcé par des redistributions d'honoraires) par une fonction d'expert auprès d'industriels.
Je l'ai retrouvé tel en 1963 en revenant l'épauler à l'école des Mines et en y lançant la recherche et diverses rénovations pédagogiques avec lui. Une longue complicité cordiale nous a unis pendant près de trente ans. Et tel il était resté la veille même de sa mort : disponible, prêt à aider, capable d'écouter.
Il était rare qu'il critique une situation, un projet. Tout au plus en montrait-il les difficultés. Toujours, il faisait confiance à l'homme, tout en restant très conscient de la vanité des choses de ce monde.
Des milliers de témoignages de ses anciens élèves, devenus des camarades et des amis, peuvent sur ce point confirmer largement cette face essentielle et rare de sa personnalité.
Certes, l'affection de ses enfants était présente et grande. Mais Raymond Fischesser sous sa carapace de stoïque, laissait parfois percer la grande douleur des solitaires, des poètes ou des baladins.
Les exercices de style étaient pour lui un dérivatif. Ce scientifique se sentait et littéraire et rhéteur. Ses discours avec leur richesse verbale, leur complexe et vigoureux balancement sont célèbres. On y sentait parfois - me semble-t-il - une subtile distanciation volontaire un peu inhabituelle. Entre la situation, l'atmosphère, le contenu du texte s'insérait la volonté d'introduire quelques notations sur la Weltanschauung, la philosophie de la vie du sage.
Distanciation, sagesse, réserve. Et néanmoins une passion. Une passion pour l'école des Mines et pour le corps des Mines.
Peu d'autres termes que passion conviennent pour ce qui liait Raymond Fischesser à l'école et au corps des Mines.
En ce qui concerne le corps des Mines, son dévouement a été continu et son loyalisme total. Vis-à-vis des hommes, des organismes liés à l'institution, des structures administratives responsables. Même lorsqu'il n'était pas d'accord, quand il lui arrivait de s'opposer ou de critiquer certaines actions, il faisait face et il faisait bloc. Rappelons le syndicat qu'il a créé, les statuts qu'il a en grande partie définis, l'Amicale du corps des Mines qu'il a présidée, et continuellement enrichie de sa constante présence, de son intérêt, de ses interventions, de son enthousiasme.
Fidélité, loyalisme, enthousiasme et ce, pendant des décennies ! Quelle continuité à travers les régimes, les gouvernements, les péripéties !
Il est peu d'hommes qui, autant que Raymond Fischesser, puissent être un tel exemple dans un monde où le changement perpétuel semble de règle.
Sachons oeuvrer comme lui, avec la claire conscience de l'essentiel, du permanent, de l'âme.
Pierre LAFFITTE (X 44), Sénateur des Alpes maritimes
Raymond FISCHESSER a écrit des poèmes et deux romans.