Léon DAUM (1887-1966)


Photo La Jaune et la Rouge

Né à Nancy le 21/3/1887 ; décédé à Paris le 28/5/1966.
Fils de Jean Louis Auguste DAUM (1853-1909) et de Jeanne CONSTANTIN (morte en 1921). Il devient le gendre de Henri POINCARE (X 1873) en épousant Jeanne Poincaré (5 juin 1913), et le beau-frère de Léon Maurice POINCARE (1893-1972 ; X 1913). La soeur de Léon DAUM, Mme Louis SENCERT, meurt le 3/3/1940.
Le grand-père de Léon DAUM était Jean DAUM (1825-1885), notaire à Bitche qui s'installa à Nancy en 1871, devenu maitre-verrier en 1876, fondateur et propriétaire à Partir de 1878 des Fonderies de Nancy. Auguste DAUM (1853-1909, le père de Léon) fut clerc de notaire, profession qu'il quitta en 1885 pour aider son père à gérer leur entreprise de verreries ; il fut président du tribunal de commerce de Nancy à partir de 1904. Un frère d'Auguste, Antonin Jean DAUM (1864-1930), ingénieur de l'Ecole Centrale, a assuré d'abord la direction technique de l'entreprise, puis la direction de la verrerie à partir de la mort d'Auguste. Beaucoup plus tard, Michel, fils d'Antonin, assura la direction de la société familiale après Henri (vers 1952) jusqu'en 1965. Une petite-fille de Antonin, Alix de CHERISEY, épousa Michel HORPS (né en 1940 ; X 1960, corps des mines). Un autre petit-fils d'Antonin, Marcel FROISSART (né en 1934 ; X 1954 corps des mines) fut professeur de physique corpusculaire au Collège de France.
Les dirigeants de DAUM ont été Jean et Auguste (1878-1885), puis Auguste (1885-1891), puis Auguste et Antonin, puis successivement Paul, Henri, Michel et Jacques DAUM, et enfin Pierre de CHERISEY jusqu'en 1987. En outre, Jean DAUM fils d'Auguste, Pierre FROISSART et Antoine FROISSART ont collaboré à la verrerie.


Léon Daum et ses 3 frères : debout de gauche à droite, Léon et Paul ; assis, Henri et Jean.
Coll. privée Pierre Lescanne

Paul DAUM, fils de Auguste et frère de Léon, auquel on doit l'introduction de l'art déco dans l'entreprise, est mort en 1944 au camp de Neu Breme.
Voir les portraits des descendants actuels de la famille.

La société DAUM fut rachetée à la famille des fondateurs en 1982 par la Compagnie Francaise du Cristal (CFC), qui la vend en janvier 1996 à SAGEM alors présidé par Pierre FAURRE (1942-2001 ; X 1960 corps des mines). Il semble que Pierre FAURRE souhaitait confier la direction à sa fille Sylvie. Changeant d'avis, il revendait l'entreprise en juillet 2000 à un pool d'investisseurs dirigé par AXA Equity Europe. Depuis 2003, l'entreprise connaît des difficultés financières, ce qui conduit à un changement de dirigeant en mai 2005 avec l'arrivée de Sophie SAINT-BONNET, 41 ans, venant de l'Oréal.


Léon DAUM est ancien élève de Polytechnique (major d'entrée et de sortie de la promotion 1905 qui comportait 168 élèves), et de l'Ecole des mines de Paris. Corps des mines.

Ingénieur au service des mines de Douai (1911), puis du chef du service des mines au Maroc (1913), il est capitaine d'artillerie pendant la guerre. Il retourne au Maroc en 1917, puis est nommé directeur du personnel des mines domainiales de la Sarre (1918).

Entré à Marine en 1921, il participe, en 1923, à la mission de contrôle interalliée de la Ruhr (MICUM). Th. Laurent lui confie bientot la direction générale de Marine (1927) ce qui fait de lui le successeur probable de Laurent (mais ce dernier n'abandonne pas ses responsabilités jusqu'à un age très avancé !).

L'été 1940, lorsque Pierre Laval crée le ministère de la Production industrielle, Léon Daum est pressenti pour occuper ce poste (on ne sait pas s'il a refusé ou s'il n'a pu etre joint). C'est au Comité d'organisation de la sidérurgie que Léon Daum consacre une part de son activité pendant la guerre. Il y représente la sidérurgie du Centre-Midi.

Il est l'un des promoteurs de la communauté européenne du charbon et de l'acier. Il a été membre de la Haute Autorité de cette communauté. Il a participé à la création de l'ACADI (Association des Cadres Dirigeants de l'Industrie) en 1945 et à la promotion de l'espéranto. L'ACADI comptait notamment parmi ses membres Marcel Macaux et Henri Malcor. Après sa retraite (1959), Léon Daum préside le cercle franco-allemand, et se consacre à la promotion de l'espéranto.

Commandeur de la L.H., Grand croix de l'ordre de la Couronne de Chêne (Luxembourg).


IN MEMORIAM

21 mars 1887 - 28 mai 1966

Publié dans La Jaune et la Rouge, août-septembre 1966

Le 28 mai, alors que rien ne pouvait laisser prévoir une fin aussi brutale, Léon DAUM était terrassé en quelques instants par la mort.

Au cours des obsèques solennelles qu'avait tenu à lui faire sa Ville de Nancy après la simple et émouvante cérémonie de Saint-Jacques du Haut-Pas, M. Fritz Hellwig, au nom de la Haute Autorité de la C.E.C.A. et notre camarade Malcor en celui de la Sidérurgie Française, ont rendu hommage à l'industriel, au Chef et à l'ami.

Nous aurions voulu reproduire en son entier le beau discours de Malcor. Quelques phrases de celui-ci marqueront à la fois l'émotion ressentie et la justesse des jugements portés.

« Voici le dénouement d'une vie longue et pleine. Après une carrière chargée de travaux et d'honneurs, M. Léon DAUM revient dormir près de ses pères dans cette Lorraine qu'il aimait et dont, à un degré éminent, il possédait les vertus ».

Et faisant écho à ces paroles M. F. Hellwig ajoutait : « C'est une longue vie, marquée par la sagesse, la grandeur d'âme et la bonté, qui vient de s'éteindre. Léon DAUM nous a quittés ».

Evoquant la carrière de Léon DAUM, « cette carrière toute droite qui devait le mener très haut », Malcor rappelle les principales étapes de celle-ci.

Brillant élève du Lycée de Nancy - qui porte aujourd'hui le nom de son beau-père Henri Poincaré - reçu à 18 ans Major au rang où il devait sortir, il fut, en 1913, après un bref séjour à Douai (1911-1912), chargé par Lyautey de diriger le Service des Mines du Maroc qui venait d'être créé. Il avait alors 26 ans. [Il reçut ainsi le Prix Henri Poincaré qui récompense traditionnellement le major de sortie de Polytechnique ; il épousa la fille de Henri Poincaré en 1913].

Après une brillante campage dans l'Artillerie, il fut impérativement rappelé en 1917 à Rabat.

Puis ce fut la Sarre (1918) où, jeune Patron de 32 ans, il recevait la charge singulièrement délicate du Personnel. Ceux qui l'y ont connu savent avec quel esprit de justice et quelle finesse du coeur, n'excluant pas la fermeté, il sut accomplir sa tâche.

[Il entre à Marine en 1921 au titre d'assistant au directeur général. En 1923 il est membre de la MICUM]. En 1927 Théodore Laurent lui confiait la Direction Générale des Aciéries de La Marine. De 1930 à 1939 il eut à vaincre des difficultés particulièrement rudes : crises, grèves, inondation de la mine d'Homécourt. Il eut ainsi plus que sa part des problèmes de ces dures années.

La guerre devait en 1939 lui apporter de nouvelles responsabilités et de nouveaux soucis, accompagnés du danger quotidien et d'un deuil cruel, la mort en déportation de son héroïque frère, Paul. [Il siège au Comité d'organisation de la sidérurgie de 1940 à 1945].

Mais dans les années d'amertume et de réflexion se préparait l'avenir. Au lendemain de la Libération, chargé comme Président de Rombas de la renaissance de l'entreprise, il animait la création de « Sollac » (1948), facilitait celle de « Sidelor » et préparait la fusion de La Marine avec les Aciéries de Saint-Etienne.

Mais il voyait au-delà des problèmes industriels : comme beaucoup de Français parmi ceux que la guerre avait le plus durement éprouvés, il comprenait que, dominant les luttes fraticides, devait se créer pour l'avenir la Communauté des Peuples Européens.

C'est pourquoi il répondit à l'appel de Robert Schuman et accepta d'être un des neuf premiers membres de la C.E.C.A. [En 1948, il est membre de la délégation française au comité de l'acier de l'OECE, puis président de ce comité, et devient membre de la Haute Autorité de la CECA en 1952, responsable des questions techniques, des problèmes d'investissement et financiers. Il prend sa retraite en 1959. Il aurait accepté cette fonction car Théodore LAURENT, dont il était le successeur désigné, ne voulait pas abandonner ses fauteuils de président de sociétés à 89 ans]. C'est un de ses collègues allemands qui, à Nancy, a voulu rappeler son oeuvre à Luxembourg - oeuvre toute de finesse, de ténacité et de foi.

Au terme de son mandat il jugea que son action devait être continuée et créa, rassemblant quelques amis français et allemands, le cercle Franco-Allemand. « A 79 ans Léon DAUM continuait de servir la cause du rapprochement franco-allemand à laquelle il s'était dévoué ».

« Il nous laisse, conclut Malcor, un grand exemple. Efforçons-nous de l'imiter. Poursuivons l'idéal auquel il avait consacré sa vie et qu'un sinistre jour de 1940 il proposait en ces termes à ses collaborateurs désemparés par la défaite :

« Cultivez, leur disait-il, la conscience du devoir, recherchez le travail bien fait, soyez désintéressés, mettez au premier plan non pas le gain d'argent, le confort ou le repos, mais le bien collectif. Cultivez aussi la générosité du coeur qui nous détourne de porter sur les autres des jugements sévères et de leur attribuer des sentiments bas, mais qui nous pousse, au contraire, à chercher et à susciter autour de nous les actes nobles ».

« Conscience du devoir, goût du travail bien fait et des actes élevés, désintéressement, voilà bien avec l'intelligence et la droiture des traits de caractère qui nous faisaient admirer M. DAUM : mais si nous l'avons aimé n'est-ce pas d'abord pour la générosité de son coeur et cette volonté délibérée de chercher en tout homme et en toute chose ce qu'ils recèlent de meilleur ? »

Que les jeunes camarades qui liront ces lignes méditent la leçon que nous donne la vie de ce Croyant qui fut dans la pleine grandeur du terme, un Juste.

J.M.


Quelques propos de Henri Malcor sur Léon Daum :

"Léon Daum était un homme d'une impartialité totale, incapable d'intriguer, de conspirer. Quand il est devenu membre de la CECA, il s'est indentifié à la CECA. Il n'a défendu les intérêts français que lorsqu'ils étaient lésés par une violation du Traité. Au démarrage, les Allemands ont pris des positions indéfendables qui étaient nocives pour les Français. Une des grandes querelles de la CECA au début, ce fut la querelle sur la TVA. Pendant très longtemps, les Allemands ont prétendu que les Français devaient appliquer pour leurs ventes en CECA, leurs prix de barème, TVA comprise. Cela faisait une différence considérable, bien entendu. Leurs arguments ne valaient pas cher dans l'ensemble et Léon Daum les a combattus très énergiquement. Finalement d'ailleurs, un arbitrage a été rendu et les Allemands ont été battus complètement. Telle fut la première grande bagarre dans la CECA. Dans une lettre qu'il m'a adressée, Léon Daum se montre très écoeuré par la position allemande là-dessus : non pas la position des membres allemands de la Commission, mais celle de la Wirtschaft Vereinigung, l'équivalent de la Chambre syndicale de la sidérurgie française."

"Un des points très faibles des nationalisations, c'est que les dirigeants sont là pour trop peu de temps ; ils voltigent. Ils savent très bien qu'on ne les gardera pas longtemps. Les sociétés plus ou moins familiales, ou bien les société du genre de Marine, qui étaient des sociétés à cooptation, ça a beaucoup d'inconvénients théoriques et pas mal d'inconvénients pratiques ; mais enfin, ça a au moins le mérite d'une certaine continuité. On y pense davantage à l'avenir. M. Laurent, M. Daum et moi-même, nous pensions toujours à plus de cinq ans de distance. Je crois qu'à part de très rares exceptions, un fonctionnaire ou assimilé d'une société nationalisée ne pense pas à cette même distance. Ne serait-ce que parce qu'il sait qu'il n'y sera plus."


Léon Daum initie un jeune neveu aux principes polytechniciens
Coll. privée Pierre Lescanne


Détente en famille. De gauche à droite : Léon Daum, Antonin Daum, Marguerite Didion épouse de Antonin Daum, Jeanne Poincaré épouse de Léon Daum.
Photo coll. privée de Pierre LESCANNE

Voir aussi : une photo de famille où l'on voit Henri Poincaré assis au centre, Léon Daum en haut à gauche, et le grand-père de Pierre Lescanne porte un enfant sur le dos. Les deux majors de l'X sur la même photo !


Mariage de Antoinette DAUM avec Pierre FROISSART en 1919 ; sortie de la messe à l'église de Lay. En melon, Paul DAUM ; à côté de lui, en capitaine d'aviation, Paul DAUM. En jaquette, nue-tête, M. THIRIET.
Photo coll. privée de Pierre LESCANNE