Paul Louis Toussaint HÉROULT (1863-1914)

Fils de Patrice HÉROULT, tanneur, et de son épouse Elise LEPETIT-DESAUNAY, fille d'un hotelier, très croyante, qui survivra à son fils. Il épouse Berthe BÉLIOT en 1888 (elle meurt en 1895) après lui avoir donné 2 enfants : Paul et Henriette. Il épouse en 1898 Marguerite CHATEAU ; Enfants : Patrice, Anne-Marie, Elisabeth.

Paul HÉROULT suit les cours préparatoires avec les futurs élèves de la promotion 1883 de l'Ecole des Mines de Paris (il prétendra avoir été renvoyé de l'Ecole après un an pour indiscipline, mais en fait il ne fut pas admis en 1883 à suivre la formation d'ingénieurs). Il n'obtient donc pas le diplôme d'ingénieur civil des mines.

Paul HÉROULT décéda le 9 mai 1914 de la typhoïde, à Antibes, au cours d'une croisière qu'il accomplissait sur son yacht dans la Méditerranée.


Bulletin de l'Association des Anciens élèves de l'Ecole des Mines de Paris, Juillet et Août 1915

Notre camarade M. Paul Séjournet, qui a collaboré à partir de 1901 avec Paul Héroult, dont il était l'ami personnel et le collègue au Conseil d'administration de la Société Électro-métallurgique française de Froges, a bien voulu nous remettre la note suivante, qui retrace la carrière de notre regretté camarade.

Avec Paul HÉROULT, qui vient de mourir à peine âgé de 51 ans, disparaît un des ingénieurs les plus distingués de notre temps.

Né à Harcourt (Calvados) en 1863, il avait passé quelques années de son enfance en Angleterre, à Londres. Il s'exprimait et pensait en anglais aussi bien que dans sa langue maternelle, et cette circonstance n'a peut-être pas été inutile à la formation et au développement de cet esprit aussi solide que brillant.

Dès l'âge de 23 ans, après un séjour d'une année à l'École des Mines de Paris, où il avait rencontré des maîtres que sa reconnaissance n'a jamais oubliés, il abordait le difficile problème de la fabrication par électrolyse de l'aluminium et c'est en 1886 qu'il en posait les bases dans son premier brevet. Quand on connaît les difficultés d'une telle tentative, on est émerveillé du succès obtenu.

Tout était à faire dans cette voie nouvelle. La dynamo venait à peine de faire son apparition. L'ensemble des moyens à employer : fours électriques, mode d'amenée du courant, manière de procéder, choix de l'électrolyte, de la matière à traiter, conditions convenables de température, etc., etc., étaient à déterminer ou à créer.

Par-dessus tout, on s'attaquait à un métal engagé dans ses combinaisons par des affinités extrêmement puissantes. Rien cependant ne découragea Héroult. Avec des moyens modestes, à force d'ingéniosité, d'obstination et grâce à l'intuition qu'il avait de la possibilité de la réussite, il parvint assez vite à obtenir de l'aluminium qui, s'alliant à une cathode en cuivre, lui donna du bronze d'aluminium.

A partir de ce premier et considérable succès, l'impulsion se trouva donnée et sans beaucoup tarder on arriva à la production industrielle de l'aluminium pur, pour laquelle Héroult rencontra la collaboration distinguée du chimiste KILIANI.

L'industrie moderne de l'aluminium, celle qui nous fournit le métal à un prix permettant son utilisation pour un grand nombre d'emplois, se trouvait ainsi fondée et c'est sur les procédés d'HÉROULT que se sont constituées les deux premières Sociétés, celles de Neuhausen et de Froges, qui ont entrepris cette fabrication.

La production de ce métal a pris dans le courant du dernier quart de siècle un développement que l'on ne pouvait guère prévoir lorsque l'aluminium, sorte de métal précieux, valait 80 francs le kilo et qu'il s'en vendait quelques tonnes. Actuellement le métal se vend aux environs de 2 francs le kilo et par milliers de tonnes, puisqu'on estime la consommation mondiale à 60.000 ou 70.000 t.

Le procédé est à quelques variantes près universellement appliqué et l'on peut dire qu'il a doté l'humanité d'un nouveau métal usuel.

Des travaux d'HÉROULT pour l'aluminium est sorti le four cathode à trou de coulée qui porte son nom et qui a été, comme l'a dit Ad. MINET, le premier four électrique véritablement industriel.

L'usine électrométallurgique est née en fait de cette création et c'est ainsi que HÉROULT a été le promoteur d'une industrie déjà importante et qui est appelée à voir de jour en jour grandir sa place

HÉROULT avait prévu dans son brevet d'origine la fabrication du silicium.

La Société de Froges, en utilisant le four HÉROULT, a été la première en 1896, à fabriquer sur une certaine échelle le carbure de calcium. Presque aussitôt après elle aborda le ferro-chrome carburé.

Vers 1899 HÉROULT adapta le four à deux électrodes avec sole non conductrice à la fabrication des métaux doux, c'est-à-dire des métaux tels que le ferro-chrome peu carburé qu'il faut soustraire au contact du carbone.

L'application à l'électrosidérurgie du four Héroult à métaux doux marque une seconde étape importante de la marche en avant si remarquable de son auteur. Le four Héroult tient actuellement la tête du mouvement dans le monde avec 47 unités en service et une vingtaine d'autres en construction.

C'est en Allemagne, chez Mrs THYSSEN, que se trouve actuellement le plus grand four Héroult (capacité 28 tonnes) fonctionnant sur Thomas liquide, exigeant par suite peu de calories électriques, suivant un des brevets du système Froges-Héroult dû à la collaboration de M. Paul SÉJOURNET.

En Amérique l'U. S. Steel Corporation a installé, il y a quelques années déjà, deux fours de 15 tonnes de ce système.

Parmi les fours en construction on peut citer les deux unités de 25 tonnes commandées récemment par la Société des Aciéries de Caen.

En Angleterre nous trouvons deux fours Héroult en marche chez Mrs VICKERS dont un de 10 tonnes. Mrs Thomas FIRTH and C°; Edgar ALLEN en ont chacun un. Une fonderie d'acier à Braintree l'utilise pour ses fabrications de moulages.

En Autriche, en Russie, en Belgique, il existe également des fours Héroult en service.

Là encore, on peut envisager qu'un métal nouveau a été créé, en ce sens que la fabrication d'aciers fins comparables aux meilleures sortes connues est devenue possible dans des conditions de prix mettant désormais ces aciers fins à la portée d'industries pour lesquelles leurs prix élevés les rendaient autrefois inabordables.

Comme complément des procédés électrosidérurgiques Froges-Héroult il faut citer l'épuration de la fonte en soufre et phosphore à l'état de fonte c'est-à-dire sans modification sensible de la teneur en carbone du métal. Ce procédé paraît être appelé à un certain avenir et notamment à jouer un rôle intéressant dans la fabrication en grand de l'acier électrique.

Les procédés dont il s'agit s'appliquent également bien à la fabrication de l'acier en partant du minerai. Mais en raison même des conditions spéciales de prix de matières et d'énergie qui les rendent possibles, les applications de ce genre sont restées encore à l'état d'exception.

A côté de ces questions principales on peut citer parmi les travaux d'Héroult la création de la carburite, sorte de carbure de fer artificiel à haute dose de carbone, employé pour la recarburation dosée des bains d'acier - les procédés pour la fabrication au four électrique du ferro-nickel en partant de la garniérite (minerai de la Nouvelle-Calédonie) et du nickel pur en partant de ce ferro-nickel - des études pour la fabrication au four électrique des mattes de cuivre en partant de minerais siliceux - des perfectionnements dans la fabrication des grosses électrodes appliqués à l'Usine de l'Electrode Company of America à Niagara-Falls, un grand nombre d'autres études ou recherches sur les ferro-alliages, etc.

L'École Technique Supérieure d'Aix-la-Chapelle lui avait décerné le titre de Docteur Ingénieur « honoris causa » et la Société d'Encouragement de France lui avait attribué en 1904 sa grande Médaille Lavoisier. Il avait été nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1906.

L'oeuvre d'Héroult est et restera considérable dans l'histoire de la Métallurgie. Comme on l'a dit à l'occasion de ses funérailles qui ont eu lieu le 15 mai 1914 dans son pays natal, elle est marquée à l'empreinte de ce puissant esprit, dans lequel l'imagination de l'inventeur s'alliait à un sens profond et sûr des nécessités de la pratique. Ses appareils, si ingénieux qu'ils soient, restent robustes ; ses méthodes sont simples et d'une application facile ; ses formules souvent frappantes dans leur saisissante concision.

Tout cet ensemble renferme une telle puissance acquise ou virtuelle qu'il est appelé à donner complètement ses fruits, malgré la disparition de son auteur, aux mains de ceux qu'il a imprégnés de son esprit et de ses principes.

A ses éminentes qualités d'ingénieur, Héroult joignait comme homme privé la plus grande finesse d'esprit, la plus large bien bienveillance, le coeur le plus ouvert. Des collaborateurs qui, entraînés par cette fougue et cette ardeur irrésistibles, l'ont souvent heureusement secondé, il n'en est point qui ne soient demeurés ses admirateurs qui n'aient conservé pour lui l'affection la plus vive.

Le dernier adieu des compagnons de ses travaux a pu lui être adressé comme l'hommage de ceux qui l'avaient aimé parce qu'il avaient travaillé avec lui.

Sa mort a donné lieu, tant en France qu'à l'étranger où il était fort connu et apprécié, à des manifestations d'estime et de sympathie que sa famille et notre Association amicale ne pourront enregistrer sans une légitime fierté.

Paul SÉJOURNET.


Bulletin de l'Association des Anciens élèves de l'Ecole des Mines de Paris, 1937-I

CINQUANTENAIRE DES TRAVAUX DE PAUL HÉROULT (1886-1936)

La Revue de l'Aluminium vient de faire paraître un numéro spécial à l'occasion du cinquantenaire des travaux de Paul Héroult, inventeur du procédé de fabrication électrolytique de l'aluminium qui sert de base à toute la production actuelle, s'élevant aux environs de 300.000 tonnes par an.

Paul Héroult suivit en 1883 le cours préparatoire de l'Ecole, où il eut comme professeur Henry Le Chatelier ; mais il fut obligé d'interrompre ses études au bout d'une année, car son père venant de mourir, il devait remplacer celui-ci dans l'exploitation de la tannerie que sa famille possédait à Gentilly.

Malgré ce court séjour à l'Ecole, il est assez curieux de constater que c'est pendant cette année de cours préparatoire que Paul Héroult, alors âgé de vingt ans, eut la première idée de son invention; on trouve, en effet, dans l'article de la Revue de l'Aluminium qui raconte sa vie et ses travaux, la reproduction d'un croquis fait par lui sur un cahier de cours, qui présente une ressemblance frappante avec le dessin accompagnant le dépôt du premier brevet pris par l'inventeur, en 1886, à l'âge de 23 ans. Il y a, d'autre part, lieu de rappeler que c'est la lecture de l'ouvrage bien connu d'Henri Sainte-Claire-Deville sur l'aluminium, lecture faite par Héroult à l'âge de 15 ans, qui lui donna la première idée de s'intéresser à ce métal et de chercher un moyen de perfectionner sa fabrication.

L'œuvre de Paul Héroult est caractérisée par une série d'inventions remarquables dont les principales sont les suivantes :

1° Procédé électrolytique de fabrication de l'aluminium.

Le principe de cette fabrication, qui a permis d'abaisser le prix du kilog d'aluminium, revenant à plus de 100 francs-or par la méthode chimique de Sainte-Claire-Deville, à quelques francs-or, est l'emploi du courant électrique pour assurer à la fois l'électrolyse de l'alumine et le maintien à l'état liquide de l'électrolyte, composé d'alumine dissoute dans de la cryolithe. Depuis cinquante ans, il a été apporté de nombreux perfectionnements de détail aux appareils employés, mais le principe de la fabrication n'a pas été modifié.

Il est assez curieux de constater que Charles Hall, né en 1863 comme Héroult et mort à 51 ans comme lui, avait pris aux Etats-Unis la même année 1886, mais quelques mois après Héroult, un brevet relatif à la fabrication électrolytique de l'aluminium différant assez peu de celui d'Héroult, mais il est intéressant de noter que les caractéristiques de détail du procédé Héroult (grosses anodes et cryolithe seule employée comme fondant) se sont intégralement maintenues, tandis que les particularités du procédé Hall (petites anodes et addition de spath-fluor à la cryolithe) ont été progressivement abandonnées.

2° Four électrique à acier à deux électrodes en série.

C'est en 1900 que Paul Héroult a créé un four électrique à acier à deux électrodes en série, d'abord utilisé pour la fabrication du ferro-chrome; dans ce domaine où il a été un précurseur, il y a encore lieu de faire remarquer que le four à acier Héroult, le plus répandu à l'heure actuelle, n'a presque pas eu besoin d'être modifié depuis l'époque des premiers essais.

3° Conduite forcée en arc pour la traversée des rivières.

C'est en 1898, à l'occasion de la construction de l'usine de la Praz, au bord de l'Arc, qu'HÉROULT eut l'idée de réaliser la traversée de la rivière par une conduite forcée en arc. Cette solution, qui parut très audacieuse à l'époque et pour laquelle Héroult eut à vaincre beaucoup de résistance, est maintenant uniformément adoptée pour les travaux de ce genre.

4° Etudes diverses.

Héroult a étudié, en collaboration avec Cooper Hewitt, un système de bateau-coureur se soulevant sur des palettes propulsives et a établi en 1892 un modèle en réduction d'hélicoptère. Enfin il a collaboré avec Thury pour perfectionner les dynamos dites « unipolaires » à axe vertical de l'usine de la Praz.

On trouve également dans le numéro en question de la Revue de l'Aluminium un article sur Henry Le Chatelier, rappelant, en dehors des traits essentiels de sa carrière scientifique, en particulier de ceux intéressant la métallurgie en général, les circonstances où il s'est trouvé mêlé à des questions intéressant l'aluminium : relations avec Henri Sainte-Claire-Deville, études sur les alliages de cuivre et d'aluminium, etc.

Enfin le même numéro contient également un article sur un ancien élève, Louis Merle (promotion 1883) décédé en 1936, qui avait fait connaissance d'Héroult sur les bancs de l'Ecole et qui est resté un de ses plus fidèles amis. Il avait collaboré avec lui aux premiers essais ayant abouti à la découverte du procédé de fabrication électrolylique de l'aluminium et procuré à Héroult une aide financière très utile; son père, Henri Merle, avait créé l'usine de Salindres (Gard), où a débuté la fabrication industrielle de l'aluminium par le procédé chimique d'Henry Sainte-Claire Deville. La Société Henri Merle et Cie, devenue dans la suite Société Péchiney et Cie, est l'origine de la Cie Alais, Froges et Camargue, dont Louis Merle était administrateur.

De Biran (EMP promotion 1906).


Voir aussi :

  • Biographie complète et très documentée par Agnes CHEBROU


    Revue de l'Aluminium et de ses applications, numéro 84, 1936 :

    LA Science et l'Industrie française ne pouvaient laisser passer l'année 1936 sans commémorer la grande découverte de la méthode élecfrolytique de fabrication de l'aluminium et cette Revue, entièrement consacrée à ce métal, se devait de faire entendre des voix autorisées pour en rappeler et l'importance et les conséquences.

    Il faut, en effet, se souvenir que, jusqu'en 1886, la seule méthode permettant de produire le métal léger était celle créée par Sainte-Claire Deville, dès 1854 ; que la production ne dépassait pas 175 tonnes dans l'année et qu'enfin le prix s'était péniblement abaissé de 1250 f (en 1860) à 78 f (1886).

    Certes, on avait bien déjà pensé à décomposer par l'électrolyse certains sels ; Deville lui-même, ainsi que Bunsen, obtinrent l'aluminium en électrolysant le chlorure anhydre fondu, et cela dès 1854.

    D'autre part, Deville avait établi la solubilité de l'alumine dans la cryolithe et donné une méthode pour transformer la bauxite en alumine et éliminer les principales impuretés du minerai.

    Mais, d'une part, le matériel électrique n'avait pas encore acquis une puissance industrielle suffisante et, d'autre part, l'idée de l'électrolyse ignée semblait bien difficile du point de vue industriel. La réduction de l'alumine par le carbone au four électrique n'avait donné de résultats qu'en présence d'un métal, fer ou cuivre, et le produit final n'était qu'un alliage.

    Héroult, dès ses années d'école, semble avoir songé au procédé qu'il fit breveter en 1886, du moins si l'on en croit certaines notes de ses cahiers. La méthode établie, l'appareillage fit en quelques années des progrès rapides et, dès 1890, l'électrolyse de l'alumine dissoute dans la cryolithe était bien au point. Sans doute, avec le temps, cette opération s'est-elle perfectionnée : nouvelle préparation de l'alumine, purification plus complète du minerai, fours mieux adaptés et d'importance bien plus considérable; mais la méthode demeure, et, malgré tous les essais si nombreux, c'est elle et quasiment elle seule qui produit l'aluminium dans le monde entier.

    C'est bien à l'électrolyse que l'on doit la vulgarisation du métal. D'une part, la production a passé successivement à 3455 tonnes (1897) - 7339 tonnes (1900) - 16910 tonnes (1905) - 23000 tonnes (1910) - 78093 tonnes (1913) - 125000 tonnes (1920) - 269000 tonnes (1930).

    D'autre part, le prix tombe à 78 f le kilogramme (1890) - a 3,75 f (1905).

    Enfin, l'étude des alliages a montré tout ce que l'on pouvait obtenir soit sous forme de pièces forgées, de produits laminés et filés ; soit sous forme de pièces moulées.

    Et les découvertes se succèdent sans interruption - (1904) : soudure autogène de l'aluminium - 1908 : trempe des bronzes d'aluminium - 1909 : duralumin — 1920 : alpax — 1932 : alliage aluminium-magnésium — depuis 1920 jusqu'à nos jours, procédés de protection par oxydation électrolytique de l'aluminium et maints alliages.

    Et c'est alors un développement inimaginable des applications ,• les unes utilisent la haute conductibilité du métal, les autres sa légèreté ; d'aucunes, les qualités mécaniques ou la facilité de moulage des alliages.

    L'électricité et l'automobile tout d'abord, l'aviation ensuite, les industries alimentaires et chimiques, les transports eux-mêmes, donnent à l'aluminium et ses dérivés une place route privilégiée.

    Il n'est pas, dans l'histoire des différentes métallurgies, succès plus juste, développement plus rapide.

    Oui, vraiment, ce métal si français, de par les travaux de Sainte-Claire Deville, de par ses gisements de bauxite, de par l'importante découverte d'Héroult, doit bien être fêté spécialement et le cinquantenaire du procédé électrolytique mérite d'être célébré particulièrement.

    Léon GUILLET,
    Membre de l'Institut,
    Directeur de l'École Centrale des Arts et Manufactures.


    CE QUE L'ÉLECTROCHIMIE ET L'ÉLECTROMÉTALLURGIE DOIVENT A HÉROULT

    LA « Revue de l'Aluminium » a justement tenu à commémorer, en cette fin d'année 1936, le cinquantenaire de l'aluminium électrolytique. Cet anniversaire, qui est aussi celui du magnésium électrolytique, marque même, en outre, la naissance des |industries électrochimiques et électrométallurgiques, si l'on fait abstraction du raffinage électrolytique du cuivre; qui n'a été, à son origine, qu'une application particulière de la galvanoplastie.

    La mémoire de Paul Héroult est indissolublement liée à l'histoire de l'aluminium électrométallurgique, qui est, en fait, celle du procédé Héroult, puisque le procédé Hall a progressivement abandonné ce qui le différenciait du procédé Héroult, pour se confondre avec lui.

    Le Directeur de la « Revue de l'Aluminium » a retracé, dans des pages vivantes et pleines de vérité technique, les péripéties de la découverte d'Héroult et de la mise au point de son procédé de fabrication de l'aluminium. Il a bien voulu me demander d'indiquer, en quelques lignes, quelle fut l'influence de Paul Héroult sur le développement de l'électrochimie et de l'électrométallurgie, au cours de cette périoe héroïque où tant d'esprits éminents se consacraient, avec une ardeur, une foi et une ténacité admirables, à l'étude et à la solution des multiples difficultés qui surgissaient alors à chaque pas.

    Parmi cette pléiade d'inventeurs et de réalisateurs, dont beaucoup sont aujourd'hui disparus, Héroult joué un rôle de premier plan, son nom sert désormais à qualifier, sans qu'il soit besoin de préciser avantage, deux des plus grandes conquêtes de l'électrolyse et de l'électrothermie : le procédé Héroult, universellement employé pour l'extraction de l'aluminium par électrolyse; le four Héroult, l'appareil électrothermique le plus répandu pour la production le l'acier et des ferro-alliages affinés. Le four Héroult est, suivant les termes mêmes d'un électrosidérurgiste allemand réputé, le précurseur et le prototype de tous les fours à acier à arc direct. C'est, en effet, Héroult qui comprit le premier les avantages essentiels que la disposition des électrodes en série présentait, sur tous les autres dispositifs, pour l'affinage de l'acier et des ferro-alliages. Il serait cependant injuste de ne pas rappeler qu'à la même époque où Héroult inaugurait son four monophasé série pour l'acier, la Société des Carbures métalliques et Ch.-A. Keller brevetaient, indépendamment, des fours de principe identique, en vue de la fabrication du carbure de calcium.

    Quoi qu'il en soit, Héroult fit ses premiers essais d'acier électrique à l'usine de la Praz, en mars 1900. Deux ans plus tard, en septembre 1902, à l'occasion du Congrès de la Houille blanche, il exécutait la première coulée publique d'acier électrique, coulée de 2 200 kg. Pendant plusieurs années, les aciéristes montrèrent peu d'enthousiasme et quelques-uns, non des moindres, n'adoptèrent le four électrique que pour être à la page, mais avec l'idée bien arrêtée de ne pas se servir d'un appareil, dont ils redoutaient la brutalité.

    Les fours électriques à acier ont cependant fait leurs preuves. Ils ont coulé en 1929 plus de 1750 000 tonnes de métal et, parmi eux, le plus répandu est toujours celui d'Héroult. Comme l'a dit excellemment M. Mathieu, au troisième Congrès de la Houille blanche, en 1925, « on ne peut que s'incliner devant l'inventeur prestigieux qui a su établir à son premier essai un four à acier qui n'a presque pas eu besoin d'être modifié en 25 ans pour rester le plus simple et le plus robuste ».

    Héroult n'avait pas seulement le génie intuitif d'un inventeur; c'était aussi un observateur et un réalisateur.

    Il savait saisir au passage le fait caractéristique et en tirer les déductions et les conséquences nécessaires. Tout, dans la mise au point de sa cuve à aluminium, porte l'empreinte de sa sagacité d'observateur. La fusion de sa cathode en fer est pour lui la preuve qu'il a enfin séparé de l'aluminium; la corrosion de son anode en charbon le met sur la voie de l'addition d'alumine; la diminution de la densité de courant anodique lui révèle l'existence d'une densité de courant critique, permettant d'espacer l'effet d'anode; enfin, un accident mécanique lui fait trouver la marche actuelle, avec « déballages » périodiques, sans l'agitation continue proposée par Kiliani.

    Il serait facile de donner d'autres exemples de ce sens aigu de l'observation, qui le caractérisait. Les cuves de Froges, dans lesquelles Héroult fit pendant un certain temps des alliages d'aluminium en électrolysant de l'alumine à une température de l'ordre de 2000°, ont été pour lui une source d'enseignements. L'alumine liquide qui s'écoulait après l'alliage révéla une dureté extraordinaire et c'est ainsi que les premiers essais de fabrication et d'emploi du corindon comme abrasif ont été faits à Froges. C'est également grâce à la pratique des coulées à haute température, acquise avec les cuves à corindon, que Froges fut la première usine à fabriquer le carbure de calcium par coulée et non par pains.

    Enfin, Héroult fut un animateur et un réalisateur remarquable. Le compte rendu de la visite de l'usine de la Praz, faite en 1902 par les membres du Congrès de la Houille blanche, traduit d'une manière significative l'impression que leur laissait Héroult, « le créateur des procédés exploités, à la fois chimiste, architecte, ingénieur, mécanicien et électricien ». Ce créateur, cet ingénieur était, de plus, un autodidacte; ce n'est pas, semble-t-il, le moindre hommage que l'on puisse rendre à sa mémoire.

    Georges FLUSIN,
    Professeur à la Faculté des Sciences de Grenoble, Directeur de l'Institut d'Electrochimie et d'Electrométallurgie.


    PAUL HEROULT 1863-1914
    PROMOTEUR DE LA FABRICATION ÉLECTROLYTIQUE DE L'ALUMINIUM

    VERS 1860, en une petite ville de Normandie, Thury-Harcourt, à 26 km au sud-ouest de Caen, on pouvait voir en pleine activité, au quartier de Saint-Bénin, une tannerie exploitée par la famille Héroult.

    Non loin de là, au long de la vallée de l'Orne, se déroulait une région pittoresque qui a reçu le nom de Suisse Normande et dans laquelle les regards d'un enfant purent sans doute découvrir, inconsciemment, les premiers aperçus en réduction des ressources offertes par l'énergie hydraulique dans les sites montagneux.

    C'est dans la maison familiale annexée à cette tannerie que naquit, en 1863, Paul-Louis-Toussaint Héroult.

    Sept ans plus tard, lorsque survint la guerre de 1870, l'enfant se rendit avec sa mère à Londres, auprès de son grand-père maternel. Il devait y rester trois ans et trouver ainsi l'occasion de se familiariser de bonne heure avec la langue anglaise.

    A son retour en France, il fut mis, par son père, pensionnaire au lycée de Caen. Très jeune encore et de nature primesautière, il souffrit sans doute d'une discipline qui ne s'accorda jamais bien avec son caractère indépendant. Remarquablement intelligent, il laissait déjà libre cours à son ingéniosité d'esprit et se distinguait ainsi de ses camarades comme présentant de bonne heure une personnalité bien marquée plutôt que comme un élève facile à conduire et docilement soumis à une tâche journalière.

    Il devait conserver toute sa vie une méthode de travail tout à fait personnelle. Ses cahiers d'écolier et même certaines pages de ses livres de classe étaient couverts de croquis dont le trait révélait déjà un talent naturel de dessinateur et dont l'imagination débordante laissait entrevoir les facultés créatrices du futur inventeur. Plus tard ce sera encore, le plus souvent, sur le premier papier se trouvant à sa portée, sur le coin d'un journal, par exemple, qu'il tracera plus d'un projet de réalisation nouvel le, car il fixait aussitôt, d'un rapide et sûr coup de crayon, l'idée qui surgissait en lui, au milieu d'une conversation ou au cours de longues parties de billard, aussi bien que dans la poursuite assidue d'essais de laboratoire ou de travaux d'atelier. On le voyait rarement s'installer à un bureau pour ouvrir dossiers et correspondance.

    C'était essentiellement un innovateur de génie et un praticien au sens très aigu de la simplification et du réalisme dans la technique industrielle. C'était en même temps un bon vivant, un Normand aux premières apparences un peu vives et rudes, mais un cœur essentiellement généreux, un esprit large et un ami très sûr. Simple et ouvert, sans aucune recherche d'effet et sans la moindre morgue, il s'imposait à tous par la force de son intelligence, par ses initiatives toujours prêtes à résoudre instantanément une difficulté quelconque.

    En 1875, M. Héroult père, désireux d'étendre son industrie et de la rapprocher de Paris, vint s'installer aux portes mêmes de la capitale, à Gentilly, au bord de la Bièvre, et créa en même temps une maison de cuirs et peaux, à Paris, dans la rue du Faubourg-Saint-Martin. Paul Héroult fut alors mis pensionnaire au Collège Sainte-Barbe. Ce fut là, semble-t-il, que se développa chez lui une préférence très marquée pour les sciences, surtout pour la physique, la chimie et la mécanique. A l'âge de quinze ans, il eut l'occasion de lire un livre relatif à l'aluminium et aux travaux de Sainte-Claire Deville, probablement l'ouvrage même de Sainte-Claire Deville, il y puisa sans doute l'idée première des recherches qui allaient l'absorber et le rendre célèbre.

    Après avoir été reçu au baccalauréat es sciences, Paul Héroult suivit le cours préparatoire de l'Ecole Supérieure des Mines, où il eut comme professeur M. Henry Le Chatelier. Mais il n'y passa qu'une année. Son esprit actif et entreprenant, avide d'horizons nouveaux et de liberté, se pliait trop difficilement à un régime régulier de cours et d'examens.

    Son père venait de mourir et il avait à sa disposition les locaux de la tannerie de Gentilly dont l'exploitation se trouvait suspendue, mais qui possédait encore sa machine à vapeur, c'est-à-dire de la force motrice utilisable.

    « Ce fut en 1885, nous a raconté son excellent ami Louis Merle, qu'il entreprit des expériences à la vieille tannerie de Gentilly, dont le moteur à vapeur était encore en bon état. Il n'avait qu'une petite dynamo Gramme du plus petit modèle et se trouvait, de ce fait, très limité dans ses premiers essais d'électrolyse de l'alumine, pour laquelle il expérimenta des fondants divers, en se décidant finalement pour la cryolithe.

    « Sa première idée, qui fut reconnue par lui-même inexacte dans la suite, était qu'une haute température était indispensable. Il avait construit un four en briques au pied de la cheminée même de l'usine pour avoir tout le tirage et brûlait du charbon de cornue d'usine à gaz. Il employait le creuset en plombagine avec électrode centrale en charbon tel qu'il est spécifié dans son premier brevet.

    « C'est au commencement de 1886, ajoutait M. Louis Merle, que je vins m'installer à Gentilly pour l'aider. Nous formions avec lui, Kerguistel et moi-même, un petit groupe de trois camarades, travaillant à deux pour entretenir la chaudière, pendant que le troisième se reposait. Alternant entre nous, toutes les trois heures, nous avons ainsi fait des chauffes de 48 à 56 heures consécutives, sans hélas! trouver de métal dans le creuset. L'aluminium, à cette haute température, se retransformait en alumine dès sa production. Un jour, Héroult eut l'idée de mettre un autre métal dans le fond du creuset et retira un alliage riche en aluminium : le premier procédé était trouvé. »

    De son côté, Héroult lui-même nous a laissé le récit des circonstances dans lesquelles il réalisa son invention (Conférence à l'Exposition de 1900), n'hésitant pas, avec sa franchise habituelle, à reconnaître que deux incidents fortuits, mais dont il sut immédiatement interpréter les résultats, vinrent favoriser ses recherches.

    « Parmi de nombreux déboires, j'eus un encouragement lorsqu'en essayant d'électrolyser la cryolithe fondue, la cathode en fer fondit en laissant échapper le contenu du creuset. La température à laquelle j'opérais et les quelques éléments Bunsen dont je me servais à l'époque ne devaient pas suffire pour expliquer la fusion du fer. L'examen des débris de la cathode en question permettait de croire qu'il s'était formé un alliage. A quelques jours de là, ayant essayé d'abaisser la température de l'électrolyte, en y mélangeant du chlorure double d'aluminium et de sodium, j'eus la surprise de constater que l'anode en charbon portait des traces évidentes de corrosion. J'en conclus que j'avais eu affaire à un oxyde dont la réduction s'était opérée aux dépens de l'anode. Vérification faite, il se trouva que ce que j'avais acheté pour du chlorure double était en réalité de l'alumine, provenant de la décomposition dudit chlorure par l'humidité. »

    Paul Héroult avait alors 23 ans. Il déposa, par l'office de MM. Blétry frères, le 23 avril 1886, une demande de brevet d'invention, enregistrée sous le n° 175.711 avec le titre et le résumé suivant de la description :

    PROCÉDÉ ÉLECTROLYTIQUE POUR LA PRÉPARATION DE L'ALUMINIUM

    En principe le procédé que je désire breveter, pour la préparation de l'aluminium, consiste à décomposer de l'alumine en dissolution dans un bain de cryolithe en fusion, par un courant électrique aboutissant au bain, d'une part, au moyen d'une électrode en contact avec le creuset en charbon aggloméré qui contient la cryolithe et, d'autre part, au moyen d'une autre électrode, en charbon aggloméré comme la première, plongeant dans le bain. Cette combinaison produit la décomposition de l'alumine en employant un courant de faible tension : l'oxygène se rend à l'anode et brûle avec elle; l'aluminium se dépose sur les parois du creuset qui constitue la cathode et se précipite en culot dans le fond de ce creuset.

    Le bain reste constant et sert indéfiniment s'il est alimenté d'alumine.

    L'électrode positive, c'est-à-dire l'anode, est à remplacer après combustion, mais cette combustion empêche la polarisation et assure, par cela même, la constance dans l'énergie et dans l'action du courant électrique.

    Cet abrégé de description est admirable si on se reporte à l'époque où il fut établi. L'exposé de l'opération, ainsi décrite dès son origine, pourrait encore servir de modèle à une description résumée de la fabrication actuelle et rien ne peut mieux suffire à démontrer le génie d'Héroult et tout ce que lui doit incontestablement la production électrolytique de l'aluminium.

    Héroult avait été aidé financièrement, pour ses expériences de Gentilly, par ses camarades Louis Merle, Kerguistel et Longuet (ce dernier devant se retirer, presque tout de suite, de l'association), qui mirent à sa disposition les quelques milliers de francs nécessaires. On avait pu ainsi faire construire par Breguet une dynamo de 30 volts et 400 ampères qui fut sans doute, à cette époque, la première dynamo à grande intensité; elle fut installée à Gentilly et permit d'exécuter les essais à plus grande échelle.

    Quant au creuset et aux électrodes, la réalisation en avait été plus délicate qu'on ne saurait l'imaginer de nos jours. A cette époque, pour faire un creuset de laboratoire, on creusait et tournait un morceau de charbon de cornue; comme électrodes, on ne connaissait guère que les crayons de charbon des lampes à arc. Héroult trouva heureusement un bon appui technique dans la personne de M. Hulin, qui, avec ténacité et ingéniosité, s'occupa de ces problèmes chez Carré, où il était alors ingénieur.

    Mais les difficultés étaient grandes et les ressources des jeunes gens limitées. Héroult éprouva le besoin de chercher un appui plus important et plus expérimenté au point de vue industriel. Il a raconté ainsi ses démarches auprès d'une personnalité connue :

    « Mes connaissances en chimie étaient limitées à ce que peut savoir un étudiant de vingt-trois ans, non spécialiste. Il n'est pas étonnant, dans ces conditions, que, mon premier brevet étant pris, j'aie cherché appui et conseil auprès de personnes faisant autorité en la matière. Une de ces personnes à qui je proposais mon affaire, me dit : « L'aluminium est un métal de débouchés restreints... si vous faisiez du bronze d'aluminium, ce serait une autre affaire, car il s'en emploie des quantités considérables.» — J'avais fait quelques expériences encourageantes de ce côté. J'abandonnai l'aluminium pur pour une série de nouveaux travaux qui aboutit, en 1887, à une addition à mon premier brevet. Cette addition décrivait un système de four électrique et un procédé permettant de réaliser la fabrication continue, par l'électricité, des alliages d'aluminium et, en général, de tous les corps difficilement fusibles ou réductibles. »

    La personnalité en question était M. Pechiney, qui dirigeait alors l'usine de Salindres, fondée par Henry Merle, père de l'ami d'Héroult. Il serait très injuste de s'aviser de reprocher à Péchiney l'appréciation qu'il émit ainsi sur l'avenir de l'aluminium : elle reflétait, d'une part, les résultats d'une expérience prolongée dans une fabrication chimique délicate et dans les difficultés des premiers débouchés commerciaux d'un métal alors coûteux et peu connu en France; elle révélait, d'autre part, une prescience, justifiée dans la suite, de ce fait qu'une des principales destinations de l'aluminium devait être celle de ses alliages.

    Héroult opéra donc un changement d'orientation et, après avoir déposé, le 15 avril 1887, l'addition n° 175.711 à son brevet primitif, se préoccupa de trouver les concours nécessaires à l'exploitation de son procédé.

    S'étant rendu en Suisse, il eut l'occasion d'être mis en rapports, par MM. Naville et Hüber, constructeurs de matériel de chemin de fer, avec l'aciérie J.-G. Neher Söhne, située au bord de la chute du Rhin à Neuhausen, que la concurrence étrangère sur le marché du fer obligeait à chercher de nouvelles applications pour ses forces hydrauliques. Après avoir expérimenté sans succès le procédé inventé par Kleiner Fierz (brevet allemand n° 42.022 de 1886), dans lequel la cryolithe fondue sous l'arc électrique était soumise à une décomposition de nature à la fois thermo-électrique et électrolytique, l'aciérie en question conclut, le 26 août 1887, un contrat avec Héroult pour la mise au point industrielle de son procédé. Héroult construisit alors un nouveau four, qui fit l'objet d'un brevet allemand n° 47.165, déposé le 8 décembre 1887 par la Société Métallurgique Suisse. L'intensité était de 6 000 ampères sous une tension de 30 à 70 volts, de telle sorte que l'action de l'arc entrait en jeu concurremment avec celle de l'électrolyse.

    Les résultats furent d'ailleurs si favorables que, dès le 18 novembre 1888, une Société au capital de 10 millions de francs suisses était constituée, à Neuhausen, sous la dénomination de : Société Anonyme pour l'Industrie de l'Aluminium (Aluminium Industrie A. G.), avec la participation de la Deutsche Edison Gesellschaft (devenue l'A. E. G.) et des Ateliers de Constructions Mécaniques Oerlikon et Escher Wyss.

    C'est à cette époque qu'intervint l'ingénieur chimiste allemand Martin Kiliani, alors âgé de trente ans, qui avait effectué déjà des essais de production d'aluminium pour le compte de la Société allemande Edison, mais qui s'était surtout fait connaître dès 1884 par un brevet allemand relatif à la production électrolytique du zinc.

    Kiliani entra dans la nouvelle Société de Neuhausen comme directeur aux côtés de Schindler et lui consacra désormais son activité jusqu'à sa mort, en 1895, Schindler restant alors seul directeur pendant de longues années, jusqu'en 1920. Héroult devait conserver des fonctions d'ingénieur-conseil, mais il ne tarda pas à se retirer. De ce fait, il ne faudrait pas conclure à une mésentente entre Kiliani et Héroult; ces deux techniciens étaient certes de caractères très différents et chacun d'eux pouvait paraître pouvoir se suffire à lui-même dans la mise au point de la nouvelle fabrication, mais rien ne peut donner à penser qu'il y eut jamais désaccord entre eux et, à la mort de Kiliani, en 1895, Héroult, qui se trouvait alors à Gardanne, ne manqua pas de télégraphier immédiatement à sa veuve ses sincères sentiments de condoléances.

    En fait l'influence réciproque d'Héroult et de Kiliani, l'un sur l'autre, fut féconde et leurs idées trouvèrent inconsciemment l'occasion de s'appuyer l'une sur l'autre, de telle sorte qu'ils restèrent, même à distance, des collaborateurs involontaires.

    Dès son arrivée à Neuhausen, Kiliani reprit l'idée première d'Héroult pour la fabrication électrolytique de l'aluminium pur, et ce fut précisément un mérite qu'on ne saurait méconnaître à Kiliani d'avoir voulu résoudre ce problème industriel, sans s'arrêter à l'objection primitive faite à Héroult de l'absence de débouchés suffisants pour le métal pur et en s'attaquant parallèlement à la double solution de l'obtention industrielle du métal et de son utilisation commerciale.

    Héroult, de son côté, fut certainement encouragé par la conviction de Kiliani et reprit confiance dans son idée primitive. A cette même époque une rencontre fortuite à Paris, en présence de ses amis Louis Merle et Faucher, avec Jules Dreyfus, fut le point de départ de l'aide financière qu'il recherchait. Une visite en Suisse de MM. Munerel et Viard, à l'automne 1888, constatant les premiers résultats obtenus à Neuhausen, fit comprendre l'intérêt de la création d'une usine correspondante en France et c'est ainsi que fut créée la Société Electrométallurgique Française, qui fixa son usine hydro-électrique à Froges, dans la vallée de l'Isère, au-dessus de Grenoble.

    Un parent de M. Munerel, M. Emile Vielhomme, s'occupait alors d'une papeterie appartenant à son père à Domène, qui est à peu de distance de Froges. Après s'être entremis pour l'achat de la chute de Froges, il commença à s'occuper progressivement de la nouvelle Société et en prit la direction à partir de 1892, en y développant des qualités d'administrateur auxquelles l'industrie de l'aluminium dut incontestablement une bonne part de son développement dans les années qui suivirent.

    Héroult allait désormais en être l'animateur technique, trouvant d'ailleurs, dès le début, un excellent appui dans la personne des premiers directeurs de l'usine de Froges, qui furent d'abord son ami Lucien Jan, dit Kerguistel, ensuite M. Albert Massé, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, dont la fille épousa Louis Merle et se rappelle fort bien qu'Héroult passait son temps à l'usine en perfectionnant ses procédés. Parmi d'autres collaborateurs d'Héroult, il faut également citer les noms de M. Hulin et de M. Toussaint, à des époques différentes.

    La question principale qui préoccupe alors Héroult aussi bien que Kiliani, fut la pensée qu'il était nécessaire d'assurer un mouvement relatif entre l'anode et le creuset-cathode, en vue d'éviter la formation d'une croûte solide et d'assurer une alimentation régulière en alumine par brassage automatique du bain en fusion. Cette croyance compliqua pendant quelque temps leurs recherches respectives, car la combinaison d'un mouvement mécanique est toujours difficile à assurer d'une manière satisfaisante sur un four fonctionnant à une température relativement élevée.

    Ce fut Kiliani qui s'attaqua d'abord à ce problème et qui réalisa, presque aussitôt après son arrivée à Neuhausen en 1888, un premier type de four à anode tournante (en même temps que réglable en hauteur) qui fut breveté en tous pays par Neuhausen. Il était spécifié « que l'une des électrodes ou toutes les deux se meuvent d'une façon continue, les électrodes étant spécialement suspendues pour tourner concentriquement ou excentriquement, de telle sorte que la croûte se trouvera successivement et toujours replongée dans la masse fondue».

    Héroult s'assura, en 1889, une licence du dispositif de Neuhausen pour la France et la Société de Froges évolua dès lors de la fabrication des bronzes d'aluminium à forte teneur en aluminium vers la fabrication de l'aluminium métal.

    Mais Héroult voulut simplifier le mécanisme placé au-dessus du four, en ne conservant qu'un réglage en hauteur de l'anode par vis guidée et engrenage d'angle, et il assura la rotation relative anode-cathode en faisant tourner la cuve-cathode, dont le pourtour de base était placé, dans ce but, sur quatre galets mobiles.

    Héroult évoluait en même temps vers une augmentation progressive de la section des charbons de l'anode, pour aboutir en 1892 à l'augmentation simultanée de la section de la surface anodique et du nombre des anodes, après avoir reconnu, le premier, la grande importance d'une diminution de la densité de courant à l'anode pour l'amélioration du rendement.

    Dans l'intervalle, Héroult avait fait également une observation précieuse, ayant su comme toujours voir et interpréter aussitôt les indications qu'une circonstance fortuite pouvait lui livrer. Un accident mécanique ayant immobilisé une de ses cuves, il constata que le fonctionnement de l'électrolyse était parfaitement assuré sans rotation en effectuant seulement, avec un ringard, la plongée de l'alumine dans le bain en fusion, après chargement et chauffage de l'alumine au-dessus du bain. Héroult plongea l'alumine dans le bain avec un simple outil en observant aussitôt la chute de tension et le retour au voltage normal; on opère, aujourd'hui, exactement de la même façon pour assurer, sans aucun mécanisme de rotation et par la simple action métallurgique d'un ringard, la compensation, à intervalles réguliers, de l'appauvrissement du bain en alumine.

    Héroult avait fait, le premier, cette observation remarquable que la cuve d'aluminium demande elle-même « à manger » lorsqu'elle en éprouve le besoin, en pouvant même, par l'éclairage d'une lampe ou le déclenchement d'une sonnerie, réclamer sa charge d'alumine.

    On était alors en 1892 et la question de la densité du courant passait, avec raison, au premier plan dans les travaux d'Héroult. Il venait de quadrupler la section anodique pour une même intensité et d'établir une cuve de 4 000 ampères à 4 électrodes dont chacune mesurait environ 25 cm de côté. Il réduisait ainsi la densité de courant à moins de 2 ampères par cm2. Il put, par cette importante innovation, non seulement améliorer notablement le rendement de l'électrolyse mais cesser de payer une licence à Neuhausen, en donnant à cette usine, par échange de bons procédés, le droit d'adopter également l'augmentation de surface anodique. Mais tandis que Froges s'en tenait à la disposition d'Héroult d'un petit nombre d'anodes à grande section, Neuhausen adopta, comme Hall en Amérique, un grand nombre d'anodes à petite section. Chaque système devait conserver, pendant une vingtaine d'années, ses partisans déterminés. Mais c'est finalement la conception d'Héroult qui s'est développée et généralisée, puisque la section de chaque anode s'est continuellement augmentée tandis que leur nombre diminuait au cours même de l'accroissement de la puissance unitaire des cuves (appelées d'abord « marmites » par Héroult) dont l'ampérage passa successivement de 4 000 ampères à 8 000 puis 10 000, 12 000, 15 000 et maintenant 20 000 à 30 000 et même 40 000 ampères dans les diverses usines. La solution la plus récente et qui a pris une certaine importance dans les réalisations de cuves, celle de l'électrode continue Söderberg à cuisson automatique, conduit même à une, deux ou trois anodes seulement de grande section, avec des intensités de 24 000 et 40 000 ampères.

    En ce qui concerne le garnissage cathodique, Héroult dut revenir au contraire à la disposition de Neuhausen qui constituait, en brasque de charbon, les parois latérales aussi bien que le fond des cuves, comme on continue de le faire de nos jours, la solution de la simple protection des parois par la cryolithe solidifiée (avec une ceinture de refroidissement extérieur par circulation d'eau) ayant été finalement reconnue insuffisante pour assurer à la fois l'étanchéïté et l'isolement calorifique.

    La fabrication électrolytique de l'aluminium était désormais au point. Le prix du métal tombait à 5 f le kg et son utilisation commençait à s'étendre à la suite surtout de l'obtention de tôles dans de premiers laminoirs, dont un modèle fut établi à Neuhausen en 1892, en même temps que le professeur Tetmayer, directeur de l'Institut Fédéral pour l'Examen des Matériaux à Zurich, étudiait les propriétés mécaniques de l'aluminium et de quelques-uns de ses alliages. L'extension des applications nécessita, dès la fin de 1892, une augmentation des moyens de production et c'est ainsi qu'Héroult fut amené à s'occuper de l'installation de l'usine hydro-électrique de la Praz, au bord de l'Arc, dans la vallée de la Maurienne, au-dessous de Modane. Il s'y révéla aussi pratique hydraulicien que bon métallurgiste.

    L'usine fut mise en route en juillet 1893, en utilisant une première chute de 35 mètres. Un peu plus tard, en 1898 une autre chute fut aménagée sous une hauteur de 83 mètres, avec le problème à résoudre de la traversée du torrent de l'Arc par la conduite forcée de grand diamètre en tôle d'acier qui distribuait l'eau aux turbines.

    Héroult proposa froidement de s'abstenir de toute construction de soutien et de laisser la conduite, relevée au-dessus de la rivière en forme d'arc surbaissé, se soutenir elle-même.

    Il affirma qu'elle tiendrait, avec le double avantage de réaliser une sensible économie et d'être à l'abri des crues. Malgré les protestations que souleva cette idée nouvelle et audacieuse, il maintint fermement son projet et en prit l'entière responsabilité.

    Une fois de plus il avait vu juste et simple : la conduite résista admirablement et servit désormais d'exemple aux installations analogues qui furent réalisées dans la suite, toutes les fois que la traversée d'un torrent rend cette disposition avantageuse.

    En 1898, Paul Héroult qui avait perdu sa première femme s'était remarié.

    Désireux d'entreprendre un grand voyage, il entraîna avec lui, en 1899, le ménage Louis Merle dans un voyage autour du monde qui dura huit mois. Il avait d'ailleurs la passion des voyages et la mer l'avait séduit dès son enfance, comme le montrent les croquis qu'il griffonnait sur ses cahiers d'écolier. Peu de temps avant sa mort les projets maritimes les plus audacieux trouvaient encore leur place dans son esprit, comme celui d'aller, avec un de ses amis, faire de l'iode sur place, en pleine mer des Sargasses, dans une exploitation flottante.

    Son passage en Amérique, à l'occasion de son voyage de 1899, n'était pas le premier et ne fut pas le dernier. Dès le mois de mai 1889, aussitôt après son départ de Neuhausen et la création, en France, de la Société de Froges, Héroult avait été appelé aux Etats-Unis par M. Laurie et le docteur Barnard et s'y était rendu en compagnie de Louis Merle. Il emportait avec lui un four électrique ; les Américains avaient refusé de recevoir une dynamo d'Oerlikon et en avaient fait construire une par Edison. Héroult et son ami s'installèrent à Bridgeport, dans le Connecticut, pour faire la démonstration du procédé Héroult dans une vieille fonderie. Mais la dynamo, non prévue pour cet usage, ne put pas supporter les grandes variations de régime auxquelles elle était soumise et grilla au premier court-circuit. A cette époque où une dynamo à grande intensité était rare, l'accident était irrémédiable et les voyageurs avaient dû rentrer en France sans pouvoir poursuivre les expériences commencées.

    Cette mésaventure de 1889 n'avait pas favorisé Héroult dans le débat de priorité française ou américaine qui avait surgi entre lui et Hall.

    Ce dernier était né à Thompson (Ohio) le 6 décembre 1863, c'est-à-dire la même année qu'Héroult et devait mourir comme lui à 51 ans en 1914: coïncidence extraordinaire entre deux vies parallèles orientées dans la même voie technique, travaillant à distance et réalisant la même invention en 1886, sans avoir eu le moindre rapport direct jusqu'en 1899. Les dates officielles du dépôt respectif des brevets correspondaient bien à une antériorité de plusieurs mois en faveur d'Héroult, mais Hall bénéficia, comme on le sait, d'une stipulation de la loi américaine sur les brevets lui donnant le droit d'antidater sa demande en fournissant la preuve d'essais antérieurs effectués en Amérique : il présenta une lettre écrite le 23 février 1886 à son frère, où il lui faisait connaître qu'il avait réussi à produire de l'aluminium par électrolyse. Héroult, qui n'avait pas effectué ses essais de 1885-86 en Amérique, ne put naturellement pas bénéficier d'un décalage analogue mais conserva évidemment en France son droit de priorité.

    Les deux procédés poursuivirent respectivement et indépendamment leur exploitation; le procédé Hall (grand nombre de petites anodes et mélange de 36 parties de cryolithe, 44 parties de fluorure d'aluminium et 20 parties de spath fluor) s'appliquant en Amérique et, pendant quelques années, en France, tandis que le procédé Héroult (grosses anodes et bain de fusion formé par la seule cryolithe) se généralisait en Europe aussi bien qu'en France.

    Lors de ses derniers voyages en Amérique, Héroult eut l'occasion de faire la connaissance de Hall et d'oublier si bien leur débat historique qu'il assista à la remise de la médaille Perkin, attribuée à Charles Hall en 1913, en pouvant entendre celui-ci s'exprimer ainsi : « Mon ami le docteur Héroult, ici présent ce soir, a dû surmonter les mêmes difficultés que moi ».

    De tous les pays étrangers où il voyagea, ce furent surtout les Etats-Unis qui attirèrent Héroult. Parlant très bien l'anglais; s'adaptant aisément à la mentalité américaine et en appréciant vivement l'esprit d'initiative et la largeur de vues, il se considéra très vite comme chez lui aux Etats-Unis où il fit des séjours répétés et prolongés à partir de 1905 et jusqu'en 1913, l'année qui précéda sa mort. Sa compétence y était d'ailleurs très estimée et sa réputation de grand électrométallurgiste bien établie. Ses derniers voyages furent consacrés à l'aluminium, à l'occasion de la création de la grande usine de Badin, près de Withney, dans la Caroline du Nord.

    Les brevets d'Héroult, relatifs à l'aluminium, étaient tombés dans le domaine public depuis 1901 en même temps que les résultats industriels s'étaient affirmés et l'Exposition de 1900 avait consacré la gloire d'Héroult dans la fabrication électrolytique du métal léger. Ne trouvant plus à absorber dans cette voie son activité d'inventeur, il s'était occupé aussitôt de réaliser d'autres découvertes.

    Le four Héroult à acier, qui est devenu un instrument classique de l'électrométallurgie et dont les installations se sont multipliées dans tous les pays, date de cette époque et fut construit d'abord pour la production du ferro-chrome, à l'usine de la Praz en 1900. La mise au point du four à deux électrodes en série, pour la fabrication de l'acier fondu au creuset électrique, fut d'une rapidité vraiment admirable. La première opération de fusion électrique est faite à la Praz le 9 octobre 1900. Le 12 novembre, le brevet est déposé. Le 15 novembre, les coulées se font régulièrement en poches et lingotières. Le 28 décembre, un premier wagon de 9 000 kg d'acier pour essieux est expédié au Creuset. La fabrication industrielle de l'acier électrique était créée en trois mois.

    Le génie d'Héroult, universellement reconnu, lui valut de toutes parts des récompenses honorifiques pour ses travaux sur l'aluminium et sur l'acier. En 1902, l'Université d'Aix-la-Chapelle lui confère le titre de docteur-ingénieur honoris causa, dans la section d'Electrométallurgie. En 1904, la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale lui accordait une de ses plus grandes récompenses, la grande médaille Lavoisier. Dans l'intervalle, un Grand Prix lui avait été décerné à l'Exposition de Saint-Louis (U. S. A.).

    Sa vive intelligence s'était d'ailleurs appliquée aux réalisations et aux spéculations scientifiques les plus diverses, depuis les grandes questions de cosmogonies dont il s'entretenait avec Arrhenius, jusqu'à un curieux système de bateau-coureur se soulevant sur des palettes propulsives, imaginé avec Cooper Hewit.

    Au cours d'un de ses séjours à Froges en 1892, il avait établi un modèle en réduction d'hélicoptère. Avec Thury, le célèbre constructeur de dynamos de Genève, il avait pu suivre les questions électriques qui avaient captivé son esprit dès ses premières études : tous deux avaient collaboré dans les perfectionnements des dynamos dites « unipolaires » à axe vertical, de l'usine de la Praz.

    Nous ne saurions mieux faire, en terminant, que de reproduire ici l'éloge suprême consacré à Héroult, sur sa tombe, par un de ceux qui l'ont connu le mieux, son ami et collaborateur, M. Paul Séjournet.

    « Héroult avait le rare privilège d'une vue particulièrement précise et nette des nécessités industrielles, un sens pratique admirable, une inlassable persévérance, une aptitude merveilleuse à observer les phénomènes dont il avait provoqué l'apparition et en tirer les enseignements qu'ils pouvaient comporter. Tous, autour de lui, entraînés par son ardeur, séduits par l'irrésistible attrait qu'il exerçait, rivalisaient d'efforts et de zèle, sachant que toute notion juste serait par lui bien accueillie, mise au point, transformée de façon à donner tout ce qu'elle pouvait renfermer d'énergie latente. Sous une forme aisée, toujours concise, souvent pittoresque ou saisissante, il résumait en quelques mots ce qu'il fallait dire ou penser. Laissant parfois aux compagnons de ses travaux le soin et la joie de réaliser une partie des résultats prévus et de parfaire les détails, il semblait, tant l'effort de ce robuste cerveau était peu apparent, créer son œuvre dans l'allégresse. »

    Cette œuvre, qui a rendu Paul Héroult justement célèbre dans le monde entier, la « Revue de l'Aluminium» se devait de lui apporter sa part d'hommage après cinquante ans de développement d'une invention qui orientait d'une manière décisive la métallurgie et l'industrie modernes dans la voie de l'allégement.

    J. BALLY.