Erol Gelenbe, Chevalier de la Légion d'honneur

La cérémonie de remise des insignes de Chevalier de la Légion d'honneur à Erol Gelenbe a eu lieu le mercredi 25 juin 2014, vers 19 h 30, dans le salon Hubert Curien du Ministère de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Ce salon se situe dans le pavillon Boncourt, 21 rue Descartes, qui avait hébergé pendant près de 2 siècles le général commandant l'Ecole polytechnique.

Allocution de Mme Geneviève Fioraso
Secrétaire d'Etat à l'Enseignement supérieur et à la Recherche

Mme la Secrétaire perpétuelle de l'Académie des sciences, chère Catherine Bréchignac,

M. le président de l'Académie des technologies, mon cher Gérard Roucairol,

M. le président de l'INRIA, mon cher Michel Cosnard,

M. le président de l'IFP, mon cher Olivier Appert,

M. le conseiller auprès du Premier ministre,

Mesdames, Messieurs les présidents, les vices-présidents,

Mesdames, Messieurs les académiciens,

Mesdames et Messieurs les professeurs,

Mesdames et Messieurs,

Cher Erol Gelenbe,

Nous sommes réunis ce soir autour de vous à qui j'aurai le grand plaisir de remettre dans quelques instants les insignes de chevalier de l'Ordre national de la Légion d'honneur. Alors vous avez déjà reçu de nombreuses décorations et distinctions dans des pays très variés, en Turquie, en Italie, au Royaume-Uni ou encore en Hongrie ou en Pologne, mais je voudrais rappeler en vous remettant ce soir les insignes de la Légion d'honneur à quel point le France est fière que vous soyez l'un de ses citoyens.

Vous avez suivi un parcours professionnel aussi exceptionnel finalement qu'atypique, marqué surtout par sa dimension et son ampleur internationale. Vous êtes né en Turquie, où vous avez accompli une partie de vos études supérieures, avant de rejoindre les Etats-Unis pour préparer un doctorat en génie électrique, puis de venir en France. Vous avez obtenu un docotrat en mathématiques à l'Université Pierre et Marie Curie, en soutenant une thèse sous la supervision de Jacques-Louis Lions, dans le domaine de la modélisation des systèmes informatiques. On voit déjà le très haut niveau.

Votre parcours d'enseignant et de chercheur est tout aussi international puisqu'il s'est partagé entre la France, les Etats-Unis, la Belgique et le Royaume-Uni. Je rappelle que vous avez, entre autres institutuions, conseillé l'Université de Liège, avant de devenir Maître de conférences puis Professeur des universités à l'Université de Paris-Sud, puis à l'Université René Descartes, et que vous êtes aujourd'hui professeur titulaire de la chaire Dennis Gabor à l'Imperial College de Londres. Vous avez aussi occupé de hautes fonctions de direction en France, à l'INRIA, ou à l'Ecole des Hautes Etudes en Informatique, ainsi qu'aux Etats-Unis, en particulier à l'Université de Duke, ainsi qu'aux Etats-Unis, à la School of Computer Science and of Electrical Engineering, en Floride. Vous incarnez à vous seul le mouvement de mondialisation de la recherche, mais surtout d'une économie de la connaissance qui ne connaît pas de frontières. Il est faux de croire que les chercheurs travaillent de façon isolée dans les laboratoires, et votre parcours rappelle au contraire que le dynamisme de la recherche repose sur des équipes, sur des collaborations, celles des chercheurs des laboratoires, une collaboration européenne et internationale qui accélère l'élaboration et le partage des connaissances.

Vous aviez déjà inventé en fait les plates-formes de travail collaboratif au niveau international par votre parcours même.

Erol Gelenbe, vous avez fait le choix, dès votre entrée dans le milieu de la recherche, de consacrer votre travail à une discipline scientifique très jeune, parfois même regardée un peu de travers par les autres disciplines que je ne citerai pas, plus anciennes, une discipline qui n'existait pas il y a 100 ans, mais qui est aujourd'hui au coeur de tout notre système d'information et de communication, et je dirais d'ailleurs de façon transversale dans tous les systèmes, y compris les systèmes décisionnels. Cette discipline a révolutionné dans notre vie de pensée, de production, et nous a engagé dans la voie d'une nouvelle modernité et surtout de nouveaux usages. Il s'agit bien sûr de l'informatique, à laquelle vous avez consacré une carrière de recherche tout à fait remarquable. Vous êtes aujourd'hui l'un des meilleurs spécialistes internationaux pour la modélisation des systèmes et réseaux informatiques, domaine de recherche dans lequel vous avez été à la fois un pionnier et un leader. Vous avez fondé des groupes de recherche en modélisation et évaluation des performances des systèmes informatiques et des réseaux à l'INRIA et cofondé un laboratoire de recherche en informatique ainsi qu'un programme doctoral à l'Université Paris-Sud, jouant de ce fait un rôle important dans la diffusion de l'informatique universitaire en France. Je me suis retenue de ne pas faire des allusions à Grenoble et à Jean Kuntzmann, mais je l'ai fait quand même ... [rires].

Bien sûr, vous avez été assez peu nombreux à cette époque à être pionniers dans ce domaine. Je ne mentionnerai pas les très nombreux travaux de recherche, cette fois c'est pour de vrai, que vous avez publié. Vous avez d'ailleurs été pendant 4 ans rédacteur en chef de la revue scientifique "Computer Journal", en revanche je voudrais souligner le fait que vous avez formé plus de 70 docteurs et monté des équipes de haut niveau dans des universités et des organismes de recherche comme l'INRIA. En contribuant à la formation de ces nouveaux spécialistes, vous avez donné un élan décisif à l'élaboration du savoir informatique en France. Vous avez contribué à la diffusion des connaissances auprès des étudiants, auprès des chercheurs, mais aussi en direction des entreprises. Il faut ajouter qu'en plus d'être un très grand chercheur, vous êtes aussi un innovateur. Vos travaux en informatique, en particulier sur les réseaux aléatoires, la stochastique, un nom savant, vous détaillerez ... [rires], ont autorisé des applications nombreuses et fécondes dans de nombreux domaines comme la biologie.

Vous savez que j'ai fait des transfert de la recherche vers l'industrie l'une des missions officielles de la recherche publique. C'est une mission dont vous vous étiez déjà emparé en contribuant à l'élaboration d'un logiciel de modélisation diffusé dans l'industrie, ou à l'élaboration de prototypes dans l'industrie des télécommunications en France. Je pense aux autocommutateurs téléphoniques SYCOMORE pour lesquels vous avez déposé le brevet qui porte votre nom au premier réseau à accès aléatoire sur fibre optique Xanthos.

Je disais tout à l'heure que vous aviez reçu de nombreuses distinctions. C'est bien à l'excellence de vos travaux scientifiques que vous les devez. Je ne ferai pas la liste très longue de tous les prix et tous les honneurs que vous avez reçus. Je rappellerai tout de même que vous êtes le premier informaticien français auquel l'Académie des sciences a décerné le grand prix France Télécom en 1996. Vous êtes aussi le seul informaticien français qui a reçu trois doctorats honoris causa en Europe, de l'Université de Rome en 1996, de l'Université Bogaziçi d'Istanbul en 2004, et de l'Université de Liège en 2006. Vous avez aussi été en 2010 lauréat de la plus haute distinction britannique, la médaille Oliver Lodge décernée par l'Institution of Engineering and Technology en récompense des travaux accomplis dans le domaine des technologies d'information. Enfin, pour conclure une liste très incomplète, je mentionnerai que vous êtes membre de 5 académies, l'Academie Europae, l'Académie des sciences de Turquie, l'Académie des technologies française, l'Académie des sciences de Hongrie et enfin l'Académie des sciences de Pologne depuis 2013. Inutile de dire que ce palmarès très impressionnant correspond à une carrière également impressionnante et très riche.

Je faisais allusion tout à l'heure à cette science assez nouvelle qui a mis assez longtemps à être reconnue comme une science. Il faut que je vous avoue tout de même que j'ai travaillé il y a plus de 25 ans dans une startup issue d'un grand organisme de recherche et où se confrontaient avant de se mêler, et ce fut un long travail, la culture des informaticiens et la culture des physiciens. Voyez ce que je veux dire, cela donnait lieu parfois à des dialogues par clans, assez savoureux, mais comme il fallait arriver à construire des systèmes de simulation intégrés et dont les modélisations soient parfaites, finalement on avait réussi à opérer pour le bien de l'entreprise ce mélange des cultures, maisc'est vrai que ce n'était pas évident. Et maintenant on a résolu tout celà en parlant de systèmes intelligents en ouvrant tout grand les portes de l'interdisciplinarité, mais à l'époque il faut se souvenir que tout de même il a fallu vous imposer, ce n'était pas la promesse forcément d'un parcours scientifique immédiatement reconnu que de se lancer dans les mathématiques et les mathématiques appliquées ... et dans l'informatique.

Je voulais tout de même vous rendre hommage pour celà car il y avait une audace qu'il faut avoir maintenant pour se lancer dans la biologie de synthèse, dans tout ce qui concerne la gestion du big data, du cloud, bref dans tousces nouveaux métiers qui sont passionnants mais qui manquent encore de vocations dans notre pays, en particulier dans les jeunes filles, je le dis ici au passage, car je suis allée visiter des masters du numérique absolument formidables dans une Université que vous connaissez bien, l'Université Pierre et Marie Curie, et voir que sur 100 étudiants il y avait 3 jeunes filles,et que sur ces 3 jeunes filles il y en a 2 qui viennent d'Algérie et une de Syrie. Franchement, en tant que ministre, en tant que femme, en tant que citoyenne, il faut dire que ça suscite une certaine frustration. Et si on veut que les objets du futurs, les objets communicants de l'internet du futur ou même de l'internet actuel, des objets ou des systèmesqui doivent répondre à des demandes sociétales, si on veut que ces objets correspondent à l'ensemble de la société, c'est à dire 50% de femmes, 50% d'hommes, eh bien voilà, il faudrait intégrer davantage de jeunes filles dans ces formation et songer à en changer la représentation. Après les pionniers, on réclame maintenant les pionnières, et nous ferons tout pour susciter ces vocations chez les jeunes filles.

Alors en plus de vos activités scientifiques de très haut niveau, vous vous êtes engagé un moment donné de votre vie dans la vie publique nationale,et vous avez connu ce ministère avant moi puisque vous avez été chargé de mission ou conseiller technique au cabinet du secrétaire d'Etat aux Universités, Roger Gérard Schwartzenberg, de 1983 à 1986. On vous y a confié entre autres 4 dossiers très importants :

- la réforme des écoles normales supérieures et leur organisation,

- l'expansion de l'enseignement technique et technologique supérieur, j'y suis vraiment sensible car ce sont des filières qu'il faut absolument revaloriser sinon tous nos discours vis-à-vis des nouvelles filières industrielles ou des mutations industrielles resteront incantatoires, ce serait dommage pour l'emploi, ce serait dommage aussi pour notre rayonnement, et puis pour le financement d'un système social dont chacun se satisfait jusqu'à présent,

- troisième dossier qu'on vous avait confié, c'est la possibilité pour certaines écoles d'ingénieurs et de commerce de délivrer le diplôme de doctorat, je dois dire qu'il y a encore une petite marge de progression [rires ...], vous savez du côté écoles de commerce je suis régulièrement sollicitée, et certains doctorats vont se faire à Londres par exemple parce qu'il paraît que c'est plus facilequ'en France, mais bon je ne renonce pas, mais c'est pas simple,

- et quatrième dossier, projet plutôt, l'enseignement de l'informatique dans tous les premiers cycles universitaires, là aussi on y arrive lentement pour dire les choses, mais ce ministère a fait ce qu'il pouvait en lançant les MOOC's quand on lui a dit que ce n'était pas prêt, il y a tout de même plus de 300.000 inscrits sur les 38 MOOC's qui sont en ligne, et celui qui apprend à enseigner à l'économie numérique, et qui a été mis en ligne il y a 3 semaines, recueille déjà plus de 15.000 inscrits : donc c'est dire qu'il y a une appétance, une demande,

Et finalement ce que vous avez lancé il y a une quinzaine d'années trouve maintenant son déploiement. Parfois, vous savez, comme conseiller d'un ministre ou d'un secrétaire d'Etat, on trouve que ça ne va jamais assez vite, donc on a envie de bousculer. Mais je crois que, parfois, il faut se retenir de bousculer et se dire que ce concept trouvera sa croissance un peu plus tard,quand le contexte sera mûr. Eh bien, pour les MOOC's, pour les cours en ligne massifs, je peux vous dire qu'il est ouvert, il est mûr, ça aussi généré une révolution pédagogique qui va se faire progressivement. Juste un mot sur ces MOOC's pour vous dire que le top 5 des 5 premiers MOOC's les plus regardés est suivi vraiment car on a une traçabilité : le premier, c'est pas surprenant, c'est le CNAM avec les MOOC's "management", quand on a de la formation continue on a l'habitude de faire appel à de la formation en ligne, donc c'est le premier ; mais le deuxième n'est pas très loin, c'est de la philosophie avec un cours qui a été réalisé par l'Université de Nanterre, Paris X, il y a énormément d'inscrits ; le troisième, c'est sur l'espace mondial, avec Sciences Pos Paris ; le quatrième, c'est sur la culture scientifique et technique ; et le cinquième, c'est sur l'enseignement avec le numérique. On voit que ce sont des thèmes très variés, que l'on cherche à la fois à se perfectionner de façon professionnelle, dans sa vie professionnele, je pense au Management, et il n'y a pas que de la technique, et on cherche aussi à donner une chance aux choses, c'est ainsi que je traite la Philosophie ou le nombre d'inscrits à l'Espace mondial. Ce que je veux dire, c'est que le numérique, l'informatique, ce sont des technologies de modélisation, d'algorithmes, de calcul aléatoire, mais ce sont aussi des usages qui permettent de renforcer l'humain, ce sont aussi des contenus, et les contenus sont extrêmement intéressants. Je ne voudrais pas que trop souvent on privilégie la technologie au détriment des contenus, parce que ce sont les contenus qui font progresser, ce sont les contenus qui créent des emplois aussi, parce que les contenus, les usages, pardonnez-moi de le dire, c'est le marché, et donc il est important de développer ces contenus et ces usages, et pour cela il est important d'avoir des scientifiques qui rendent les technologies tellement performantes que l'on ne les voit plus finalement tellement l'usage parait facile.

Alors, certains sujets que je viens de citer, les 4 sujets qui vous ont occupé pendant votre collaboration avec Roger-Gérard Schwartzenberg, sont étonamment d'actualité, et beaucoup de chemin a été parcouru mais il reste encore une marge de progression, et je pense aux étapes que vous avez permises : le lancement du plan Informatique pour Tous, en 1985, les enseignements en informatique se sont multipliés dans l'ensemble des sciences universitaires, et depuis 2005 les futurs enseignants du primaire et du secondaire doivent tous être titulaires d'un diplôme élémentaire en informatique le C2I2E. Vous savez aussi que nous avons pris récemment des nouvelles mesures pour les bacheliers technologiques et professionnels pour qu'ils puissent poursuivre facilement les études supérieures, parce que dans nombre de branches on a besoin de poursuivre des études au-delà du baccalauréat pour avoir une progression professionnelle, et je pense au quota de places réservées aux bacheliers technologiques et professionnels dans les BTS et les IUT, ou au rapprochement entre les lycées qui accueillent des BTS et les établissements d'enseignement supérieur. Alors, franchement, ces quotas sont des quotas adaptés au territoire et au domaine d'activité parce que ces quotas ne pouvaient pas être fixés de façon uniforme et il fallait au contraire les adapter aux différents écosystèmes.

Alors, Erol Gelenbe, vous avez déjà été décoré dans l'ordre des palmes académiques et dans l'ordre national du mérite, et je suis très heureuse de vous faire entrer ce soir dans notre premier ordre national, républicain, en vous remettant les insignes suivants.

Au nom du Président de la République, et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier de la Légion d'honneur.

[applaudissements]

Réponse de M. Erol Gelenbe

Madame le Ministre,

Monsieur le Président de l'Académie des technologies,

Monsieur le Président de l'Institut d'Informatique théorique et appliquée de l'Académie des sciences,

Chers confrères et consoeurs de l'Académie des technologies,

Chers collègues de l'Université,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis, chers voisins,

C'est pour moi et ma famille vraiment un grand privilège que vous nous faites en me permettant de recevoir ces insignes dans ce haut lieu de la recherche et du savoir qu'est la Montagne Sainte Geneviève. Je suis en fait profondément redevable à mes collègues de l'Université française pour cette récompense. L'Université en France, vous savez, a fait l'objet d'un bashing récemment, un french bashing, mais ce n'est pas un french bashing fait par les américains, en l'occurrence c'est un bashing franco-français. Depuis très longtemps on entend dire que l'Université ne fait pas ceci, ne fait pas cela, etc., mais il faut voir qu'elle a su, la première dans ce pays, accueillir de nouvelles disciplines comme l'informatique pour le plus grand bien de l'économie. Elle fut aussi à ma connaissance la première institution française à accepter que des personnes d'origine diverses et notamment des étrangers soient titularisées dans leurs fonctions, uniquement sur des critères de qualité, pas de nationalité. Donc, à mon avis, elle a quelques mérites, cette Université. L'Université française dispose aussi d'une structure assez unique - je le dis pour les amis qui ne sont pas universitaires ou qui ne connaissent pas le milieu en France - elle dispose d'une structure originale et unique pour le suivi et l'évaluation des carrières. Elle assure ainsi que les nominations et les promotions puissent résulter d'une compétition nationale - internationale maintenant - et d'ailleurs, j'en ai bénéficié. Donc là de nouveau un mérite, et je suis reconnaissant au Conseil National des Universités et au Président de la section de spécialité Gilles Bernot qui a eu pendant plusieurs années la tâche complexe d'évaluer ma carrière. Je suis donc reconnaissant à l'Université française pour tout ce qu'elle a fait pour moi.

Mon arrivée en France remonte au début des années 70. J'étais invité, pour quelques mois seulement, dans ce laboratoire de Rocquencourt, le LABORIA, qui a précédé l'INRIA. J'arrivais là, le résultat du hasard, le résultat de retards administratifs en Belgique. Après une thèse à New York, avec une thèse Fulbright, suivie d'un emploi de professeur assistant à l'Université d'Ann Arbor, j'avais été recruté par l'Université de Liège pour occuper leur 2ème chaire d'informatique, aux côtés du professeur Daniel [Danny] Ribbens, qui me fait le grand honneur et le très grand plaisir d'être présent ce soir. Mais l'Etat belge trouvait peut-être que ma nationalité n'était pas adaptée aux fonctions universitaires, et aussi que j'étais jeune ce qui était parfaitement vrai. Ainsi, ma nomination à Liège bloquait un certain temps, et m'a permis de créer ici même, d'abord à Villetaneuse en qualité de maître de conférences associé, un nouveau domaine de recherches en France et aussi un nouveau domaine de recherches en Europe, concernant la modélisation des systèmes informatiques. Le premier domaine de recherches où je fus accueilli, dirigé par Michel Depeyrot, qui avait fait sa thèse à Stanford, était un exemple de diversité à l'époque. C'était, à ma connaissance, le seul projet au Monde, qui accueillait à la fois une femme chercheur, elle est ici, un curé polytechnicien, il est ici aussi, un travailleur immigré mais polyglotte [rires ...], un ingénieur qui malheureusement n'est pas là, et deux ingénieurs des Mines et de Centrale, qui sont ici ce soir, et qui eux maîtraisaient parfaitement l'argot en nous donnant du fil à retordre : je ne comprenais pas ce qu'ils faisaient, malgré le fait que je parlais à peu près français.

C'est un véritable plaisir de voir ce soir ici le Révérend Père Jean-Claude Cazin, Jacques Labetoulle, Véronique Donzeau-Gouge et François Bancilhon, ainsi que notre voisin de laboratoire Claude Kaiser ainsi que son épouse Brigitte, nous prêter spontanément un landau pour notre fils (qui est ici). Nous pouvons imaginer la reconnaissance que mon épouse et moi-même leur devons, nos premiers amis en France.

Madame le Ministre, je renouvelle mes remerciements pour vos mots très chaleureux et pour cette cérémonie, et pour avoir aussi retracé ma carrière, mais elle n'est pas terminée [rires prolongés]. Je remercie aussi en particulier l'Université française et je suis rassuré par votre personnalité et par la façon dont vous vous exprimez du fait que vous êtes le meilleur défenseur de cette Université. Je vous remercie aussi, chers collègues, confrères et consoeurs de l'Académie des technologies qui avez bien voulu m'accueillir, ainsi que mes amis de longue date et mes chers élèves, pour avoir bien voulu participer à cette soirée.

[Nombreux applaudissements]

Quelques personnes vues à la cérémonie


Claude Kaiser
Ancien professeur titulaire de la chaire d'informatique programmation au CNAM

Pierre Mounier-Kuhn
Historien de l'enseignement et de la recherche en informatique en France

Hélène Serveille
Ingénieur général des mines, membre du CGEIET, spécialiste en systèmes d'information

Gérard Roucairol
Président de l'Académie des Technologies, ancien chercheur et manager de la recherche en informatique

François Bancilhon
Pionnier des bases de données orientées objet, patron de startups en France et aux USA

Olivier Appert
Président de IFP Energies Nouvelles (anciennement Institut Français du Pétrole)

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