Christophe DEJEAN (décédé en 2011)

Ancien élève de l'Ecole des mines de Saint-Etienne (promotion 1979). Ingénieur civil des mines.


MINES Revue des Ingénieurs, mai-juin 2011, # 453.

Souvenirs, par Guy LE BRAS (E 79).

Il y a quelques années, à l'occasion de mon dernier voyage au Japon, je me suis dit qu'il me fallait rendre une visite à mon ami Christophe. Mon programme était chargé mais, je ne sais pas pourquoi, je pris le temps d'aller passer une soirée à Mejiro, agréable quartier de Tokyo où Christophe et sa famille habitaient. En sa compagnie ainsi que celle d'Anne et de leurs enfants, Marie, Bali, Antoine, Cyrille et Elise nous avons passé la soirée à parler avec étonnement de ce Japon que nous aimons, de son peuple si accueillant et de ce pays à la fois hostile et fascinant. Comment aurais-je pu deviner à quel point ce pays était effectivement hostile par sa géographie tourmentée et ses montagnes sauvages poussées sur des failles sismiques dantesques ? Hostile au point de mettre en péril ce peuple courageux comme nous le montre l'actualité de ces dernières semaines mais aussi d'enlever à notre affection Christophe Dejean. En repensant à cette rencontre, qui devait être la dernière, me sont revenues trois qualités majeures du Président de la promotion 1979 de l'École des Mines de Saint-Etienne : curiosité, fidélité, générosité.

Curiosité qui l'a attiré vers d'autres cultures, vers le grand large de l'Orient où il a passé de nombreuses années entre la Thaïlande et le Japon ; curiosité que je ressentais déjà si fortement chez lui quand nous parlions des horizons lointains depuis notre petit bureau de l'État-major de la Marine Nationale où nous effectuions notre service militaire.

Fidélité à son entreprise, Michelin, qu'il intégra dès la sortie de l'École et qu'il ne devait jamais quitter ; fidélité à ses amis à qui il ne manquait pas d'écrire au moins une fois par an une lettre collective qui maintenait le contact si bien que quand j'ai franchi le seuil de leur maison japonaise il me semblait que nous nous étions quittés la veille alors que cela faisait des années que nous ne nous étions pas vus ; fidélité de ses 29 années d'une vie commune d'une intensité peu ordinaire avec son épouse Anne.

Générosité... comment parler de sa générosité avec des mots tant elle était grande. Je ne trouve rien d'autre à dire que de laisser la parole à Anne qui écrivait en ce triste jour de septembre dernier : «Christophe et moi venions de fêter 29 ans de mariage : j'avais à mes côtés le plus attentionné des époux et le meilleur des pères. J'ai découvert avant-hier au commissariat de Numata proche des lieux de l'accident qu'il était également un collaborateur apprécié dans son travail et la rencontre des partenaires de sa vie professionnelle japonaise m'a bouleversée. Toute sa vie a été orientée vers les autres au service des communautés dans lesquelles il vivait. L'intérêt général passait toujours avant le sien».

Christophe était animé d'une foi profonde, humaine, profondément humaine et spirituelle. Il était scout et c'est au cours de la reconnaissance d'une sortie scoute qu'il a perdu la vie dans la montagne japonaise. Les scouts sont joyeux et Christophe qui avait beaucoup d'humour n'aimerait pas que nous soyons tristes en ce moment car, s'il a perdu la vie, c'est en la vivant pleinement.

Une dernière cérémonie, intense et émouvante, a rassemblé ses amis à Clermont autour d'Anne et de sa famille. Pour certains, dont moi, ce fut par la pensée mais notre promotion était représentée notamment par Pierre Bonte, Nicolas Ajacques et Marie-Maxence Angleys lequel me suggéra d'écrire cette notice. Alors que Marie-Maxence, lui aussi, nous a quittés je ne peux plus continuer à écrire car l'émotion est trop forte aussi, en guise de conclusion, je vous livre ce proverbe japonais qui, j'en suis sûr, aurait plu à Christophe : «Les mots que je n'écrirai pas sont les fleurs du silence !». Le souvenir de la vie de Christophe Dejean est comme ces fleurs : son éclat brillera dans nos cœurs jusqu'à la fin de nos jours.