Chassés par l'invasion de la Savoie, que le traité du 30 mai 1814 devait rendre à la Sardaigne, les quelques élèves qui n'avaient pas encore terminé le cours de leurs études pouvaient être réunis à la direction générale des mines à Paris ; les élèves rentrés à Paris étaient fort peu nombreux : la dernière promotion, celle de 1813, ne comptait que deux élèves; la promotion précédente n'en avait qu'un qui fût resté français; des cinq élèves de la promotion de 1811, deux quittèrent la France. Aucun élève ne sortit de l'Ecole polytechnique dans les mines en 1814, 1815 et 1816.
Le laboratoire et les collections restés à l'hôtel de Mouchy depuis le transfert de l'École à Moutiers offraient des moyens d'instruction supérieurs à ceux dont on disposait en Savoie. Les trois professeurs, qui se trouvaient à Paris, pouvaient donner leurs leçons, et Collet-Descotils qui, depuis 1802, était resté directeur du laboratoire, pouvait, en reprenant le cours de docimasie, combler notamment la lacune qu'avait présentée à cet égard l'enseignement de Moutiers.
Mais à peine remonté sur le trône, Louis XVIII manifesta son désir de restituer aux anciens propriétaires leurs biens séquestrés qui n'avaient pas encore été aliénés. Une ordonnance du 18 juin 1814 enjoignit notamment de rendre au prince de Poix l'hôtel de Mouchy. Après avoir hésité entre plusieurs bâtiments dépendant de diverses administrations, la direction générale des mines se décida à louer, à partir du 1er juillet 1814, pour douze ans, au prince de Bourbon-Condé, qui en avait repris possession, l'hôtel du Petit-Luxembourg, y compris les communs, au prix annuel de 23.000 francs. Le déménagement de la rue de l'Université au Luxembourg se fit immédiatement. La direction générale des mines toujours confiée au comte Laumond, l'École, ses collections, sa bibliothèque et ses laboratoires, ceux-ci établis dans les communs, ne tardèrent pas à être installés ; l'École se trouvait en état de fonctionner et put fonctionner dans l'hiver 1814-1815 aussi bien que les événements de l'époque pouvaient le permettre. Vuitry, dans son rapport sur la loi du 12 juillet 1837, estime à 90.000 francs les frais occasionnés par le déménagement de la rue de l'Université au Petit-Luxembourg. Ces frais furent soldés par un prélèvement sur les fonds provenant de Pesey qui restaient disponibles. Le déménagement des collections fut fait par Tonnelier, qui en avait toujours la garde, aidé par l'ingénieur Clère.
Collet-Descotils, sur lequel on fondait justement de si grandes espérances, avait été nommé directeur de l'Ecole le 1er août 1814.
L'installation était à peine terminée au Petit-Luxembourg qu'il fallait à nouveau évacuer ce local. A la date du 17 juillet 1815, la direction générale des mines était supprimée, et le service des mines réuni à celui des ponts et chaussées dans une direction générale des ponts et chaussées et des mines confiée au comte Molé. A la même date, le Petit-Luxembourg était affecté à la résidence du chancelier, président de la Chambre des pairs.
Pour installer l'École et ses collections on fit choix de l'hôtel Vendôme, sis rue d'Enfer, 34, dont une partie fut prise à bail, à cet effet, pour 9 ans, à partir du 14 août 1815; le voisinage du Petit-Luxembourg dut être une des causes déterminantes de ce choix.
Collet-Descotils commençait à être atteint de la longue maladie à laquelle il devait succomber, à 42 ans, le 6 décembre 1815. Lefroy, qui avait déjà contribué à l'installation de l'École de Moutiers, en 1803, et au déménagement de la rue de l'Université au Petit-Luxembourg, fut chargé d'opérer ce nouveau déménagement et de faire à l'hôtel Vendôme les travaux strictement indispensables pour que l'Ecole pût fonctionner. La dépense, y compris celle du déménagement, ne s'éleva qu'à une vingtaine de mille francs. Vuitry, dans son rapport sur la loi du 12 juillet 1837, a parlé d'une dépense de 50.000 francs. C'est exact, si l'on comprend les dépenses de premier établissement faites ultérieurement en 1819. Toutes ces dépenses furent aussi imputées sur les fonds provenant de Pesey.
Migneron fut adjoint à Lefroy pour le déménagement et la réinstallation des collections. Un choix d'échantillons dut être envoyé à l'Académie de Berlin.
Les locaux loués à l'hôtel Vendôme étaient partiellement occupés par un détachement de soldats prussiens, dont il fallut tout d'abord obtenir l'évacuation avant qu'on pût sérieusement s'occuper de la nouvelle installation. Grâce à l'activité et à l'habileté déployées par Lefroy, elle était assez avancée pour qu'au commencement de novembre 1815 les élèves pussent venir travailler à l'École dans les salles d'étude. A la place de Collet-Descotils, empêché par la maladie, Lefroy, outre ses fonctions officielles d'architecte, remplissait en fait celles d'inspecteur des études. Les professeurs constituaient un comité d'instruction, que présidait leur doyen Baillet du Belloy. Les cours commencèrent le 11 janvier 1816 avec le roulement normal à deux leçons par semaine pour chaque matière, le cours de minéralogie et géologie ayant été seul rendu public par une décision spéciale de décembre 1815. En somme, l'École fonctionnait, en fait, à l'hôtel Vendôme, suivant les traditions anciennes, encore que ce ne dût être que par l'ordonnance du 5 décembre 1816 que son organisation devait être définitivement réglée.
A la place de Descotils, décédé, et sur le refus de Gallois qui, par modestie, crut devoir décliner les fonctions de professeur de docimasie et de directeur du laboratoire, Berthier en fut chargé, à la date du 24 mai 1816, et commença cet enseignement si original et si profond qu'il devait donner pendant 30 ans.
[Voir aussi : Résumé de l'histoire de l'hôtel Vendôme, par Pierre Mahler].
L'hôtel Vendôme, où l'École des mines allait enfin trouver la stabilité nécessaire au fructueux développement de pareilles institutions, avait été élevé en 1707 pour les Chartreux, sur les dessins de Courtonne, architecte du roi, en même temps que les maisons contiguës jusqu'à la porte d'entrée de leur monastère, situé dans la rue d'Enfer. Ces religieux vendirent à vie l'hôtel à la duchesse de Vendôme, qui le fit agrandir sous la direction de Le Blond.
Le bâtiment primitif, construit par Courtonne, parallèlement à la rue d'Enfer, de 8 toises de large sur 16 de long, forme la partie centrale, à neuf fenêtres cintrées, du bâtiment actuel situé sur la terrasse du jardin. Le bâtiment était à un étage sur rez-de-chaussée, avec second étage en attique sur le jardin. Le Blond porta la longueur du bâtiment à 27 toises, en l'allongeant à chaque extrémité par un pavillon à trois fenêtres en plate-bande, un peu en retrait sur le corps principal du côté du jardin. Les appartements du rez-de-chaussée et du premier étage donnant sur le jardin étaient réputés pour la beauté des pièces en enfilade qu'ils offraient sur leur longueur de 50 mètres. Le second étage, resté en attique au milieu sur le jardin, avait l'inconvénient de ne pas être de niveau dans son plancher.
Sur la rue d'Enfer fut établie une grande cour d'honneur, à pans coupés du côté de la rue, d'une profondeur de 18 toises et demie, située vers l'extrémité nord du bâtiment. Cette cour communiquait avec deux basses cours, situées de part et d'autre de la première, dont l'une, celle du nord, de forme circulaire; ces deux cours étaient séparées de la cour d'honneur par de simples murs de 12 pieds de haut, avec ouvertures au milieu. Les basses cours étaient entourées des écuries et remises, qui étaient surmontées de logements mansardés pour les gens de service. La basse cour du sud ouvrait directement sur la rue d'Enfer par une porte distincte.
L'hôtel avait un vaste jardin d'agrément du côté du Luxembourg, entre le jardin de ce palais, au nord, et le clos des Chartreux, au sud, mais de forme malheureusement très irrégulière; il dessinait une sorte de fer de lance qui s'appuyait à la base contre la terrasse régnant sur toute la longueur du bâtiment de l'hôtel, soit sur une longueur de quelque 65 mètres, et dont l'extrême pointe s'avançait jusqu'à environ 200 mètres du bâtiment. Un jardin potager de moindre importance se trouvait le long de la basse cour du côté sud.
En 1790, l'hôtel et son jardin avaient été saisis en même temps que l'enclos et tous les biens des Chartreux qui occupaient une si vaste étendue au sud du jardin du Luxembourg. La limite est-ouest entre le clos des Chartreux, au sud, et le jardin primitif du Luxembourg, au nord, passait approximativement au point où viennent aboutir les balustrades des deux terrasses qui entourent le parterre.
L'hôtel et ses jardins, comprenant une superficie totale de 6.027 toises (22.894 mètres carrés), furent vendus comme bien national, suivant procès-verbal d'adjudication des commissaires de la commune de Paris du 3 mars 1791, au prix de 332.800 livres, au sieur Alex. Rich. Rousseau, ancien notaire au Châtelet de Paris et ancien secrétaire du roi. En 1807, les propriétaires vendirent au Sénat une partie du jardin, du côté de l'ouest, sur une étendue de 9.436 mètres carrés, pour compléter le jardin du Luxembourg, avec interdiction de bâtir sur la partie cédée. En 1815, l'hôtel et les jardins y attenant, appartenant à M. Costé, écuyer, conseiller honoraire à la Cour de Rouen, comprenaient encore une superficie de 7.163 mètres carrés, dont en bâtiments 1.321 mètres carrés, et le surplus en cours et jardins : l'un, d'agrément, est le jardin actuel, qui s'étend entre le bâtiment principal et le jardin du Luxembourg; l'autre, dit jardin potager, de 2.340 mètres carrés, longeait l'aile sud entre la rue d'Enfer et le premier jardin.
Lorsqu'en août 1815 l'École des mines s'établit à l'hôtel Vendôme, ce ne fut qu'à titre assez précaire par un bail de 9 ans; jusqu'à la loi du 12 juillet 1837 par laquelle l'État en fit l'acquisition, elle fut plusieurs fois menacée de recommencer ses pérégrinations non plus en province où toute idée de la rétablir était définitivement abandonnée, mais tout au moins à Paris.
Dès qu'en 1817 on se préoccupa de faire fonctionner l'École conformément à sa nouvelle charte organique du 5 décembre 1816, on reconnut la nécessité de nouveaux travaux d'aménagement qui décidèrent de prolonger immédiatement le bail de 9 autres années, à partir du 1er octobre 1824, au prix de 9.600 francs au lieu du prix primitif de 8.800. On renouvela le bail successivement pour trois ans, et enfin, en dernier lieu, pour 2 ans, au prix de 12.000 francs. Le bail, qui avait été successivement étendu à la presque totalité des dépendances formant ailes sur les cours, n'avait jamais compris le second étage, qui était desservi par un escalier distinct donnant sur la basse cour du midi et fut occupé par le propriétaire et sa famille ou divers locataires jusqu'à l'achat en 1837. La partie du jardin située au midi, dite jardin potager, n'avait non plus jamais été comprise dans le bail; Lefroy, qui était logé à l'École en sa qualité d'inspecteur, et avait son appartement dans l'étage mansardé des dépendances de l'aile sud, avait loué ce jardin pour son usage particulier. Le jardin principal faisait au contraire partie des locations de l'État; il était et resta affecté à l'usage des élèves jusqu'à une date relativement assez récente. La légende, qui s'appuie toujours sur l'histoire, dit-on, prétend qu'il était réputé particulièrement propice à la préparation des examens.
Au début, en 1815, lorsque l'École s'installa à l'hôtel Vendôme, sous un simple régime de fait, on s'était borné aux installations les plus indispensables. Une salle d'étude et de dessin avait été aménagée pour les élèves au rez-de-chaussée; les collections méthodiques de minéralogie et de géologie avaient été disposées dans les sept salles en enfilade au premier étage sur le jardin ; la bibliothèque avait été installée dans les trois salles du rez-de-chaussée, au nord, sur le jardin; l'une de ces salles servait de salle au conseil quand il se réunissait, condamnant ainsi l'usage de la bibliothèque pendant ses réunions ; cette même salle servait pour le cours de mineralogie et géologie, le seul qui fût public ; les laboratoires avaient été installés dans un petit bâtiment, formant dépendance, à l'angle nord du corps principal, destiné anciennement aux cuisines au rez-de-chaussée et au logement du personnel des cuisines au-dessus ; les laboratoires offraient sept places, ce qui permettait, par un roulement à deux brigades, d'avoir un effectif de 14 élèves travaillant au laboratoire et au dessin. Tout le restant des collections, dépôts, modèles, etc..., restait entassé, non rangé, dans les autres pièces.
En 1819, après que l'École eut reçu son organisation stable et définitive par l'ordonnance du 5 décembre 1816 et les règlements qui suivirent cette ordonnance, après que le nouveau bail eut assuré un peu plus de stabilité matérielle et donné plus d'espace disponible, de nouveaux travaux d'aménagement furent repris. Les dépenses s'élevèrent à quelque 20.000 francs, à nouveau pris sur les fonds restés disponibles de Pesey. Comme toujours Lefroy fut chargé de la direction immédiate de ces travaux, ce dont il s'acquittait avec une habileté et une économie justement remarquées.
Ils permirent de porter à 10 le nombre des places du laboratoire, en étendant celui-ci dans les dépendances de l'aile nord, et par suite d'avoir un effectif de 20 élèves au moins pouvant, par roulement, travailler toute l'année au laboratoire; la bibliothèque fut augmentée d'une pièce, et on put songer à mettre un peu d'ordre dans les collections restées jusque-là entassées, notamment dans les collections statistiques départementales et de modèles qui avaient pris l'accroissement que nous avons mentionné p. 47. À cette occasion, Dufrénoy, qui venait à peine de terminer ses études, fut adjoint à Lefroy pour le rangement des collections; il entra ainsi au service de cette École, où il devait passer les 50 années de sa vie et qu'il devait élever à un si haut degré de prospérité. Les collections, avons-nous dit, étaient plus nombreuses que scientifiques. Dans les quelque 100.000 échantillons ou objets qu'elles comprenaient, Brochant de Villiers, en 1816, avait disposé une collection systématique de minéralogie, classée d'après le système français, ne comptant guère plus de 800 échantillons; il y avait, en outre, une collection spéciale classée d'après le système de Werner, qui pouvait avoir environ 500 échantillons.
Malgré d'autres développements successifs donnés aux installations, spécialement en 1822 (pour l'année scolaire 1821-1822, l'administration avait accordé un crédit extraordinaire de 21.600 francs, qui fut principalement employé à acquérir et installer le mobilier nécessaire pour le rangement des collections), la situation de tous les services resta toujours fort misérable, faute de place suffisante. Les salles d'étude, dont une partie avait été reportée à l'entresol sur la cour, étaient mal éclairées, insuffisantes par suite du nombre croissant d'élèves, dispersées ça et là de manière à rendre la surveillance malaisée. Les salles de laboratoire étaient petites, mal disposées, humides et présentaient trop peu d'élévation. Les collections qui s'augmentaient sans cesse continuaient à s'entasser sans ordre, en partie non déballées ; les salles qui leur étaient consacrées devenaient inabordables par suite de cet encombrement. La surveillance générale était rendue bien difficile par la présence des locataires étrangers qui occupaient tout le second de l'hôtel, en sorte que l'administration de l'Ecole n'avait même aucune action sur le portier-concierge, personnage dont le rôle ne laisse pas de jouer, on le sait, une certaine importance dans la discipline intérieure d'une École. (Tandis qu'en 1816 l'ensemble des collections était réputé représenter quelque 100.000 échantillons, dès 1820, Brochant de Villiers les mentionnait comme en comprenant 140.000. La seule collection systématique de minéralogie était passée, en quatre ans, de 800 à 4.000 échantillons).
Aussi dès 1823 le conseil de l'École avait-il demandé l'achat de l'hôtel pour que l'administration, absolument et définitivement maîtresse de ses actes, pût donner à l'institution déjà si florissante (en 1823, l'effectif des élèves titulaires était d'une trentaine, non compris une douzaine d'élèves autorisés dont plusieurs ne différaient guère des véritables élèves titulaires) tous les développements qui lui étaient nécessaires. Ce projet ne devait aboutir que sous le gouvernement de Juillet, par la loi du 12 juillet 1837, après que l'École eut subi une assez profonde transformation et dans son administration et dans son enseignement. Avant de se décider à l'achat de l'hôtel, le gouvernement avait même étudié la possibilité de transporter l'École soit à l'hôtel d'Orsay, soit à l'hôtel de la rue des Saint-Pères, aujourd'hui occupé par l'Ecole des ponts et chaussées, et siège alors de l'administration générale des ponts et chaussées et des mines.
L'hôtel et toutes ses dépendances furent enfin achetés par l'administration, en vertu de la loi du 12 juillet 1837, pour le prix principal de 380.000 francs. La loi allouait en outre un crédit de 50.000 francs pour travaux de réparation et de restauration, devenus d'une nécessité urgente. Depuis quarante ans l'hôtel Vendôme avait pour ainsi dire cessé d'être entretenu.
Ces travaux de restauration furent confiés à Lefroy qui, devenu inspecteur général des mines, avait officiellement remis à Dufrénoy, en 1836, l'inspection de l'École, que celui-ci exerçait en fait depuis 1834, en qualité d'inspecteur-adjoint. Ces travaux furent exécutés en 1837-1838 ; ce fut, à tous égards, pour Lefroy, le digne couronnement d'une carrière où cet ingénieur avait donné fréquemment des preuves remarquables de ses talents d'architecte et d'administrateur. Le crédit voté par les Chambres pour l'ensemble de toutes les opérations de l'achat et de la restauration, avait été de 435.000 francs. Lefroy, qui fut chargé de suivre l'ensemble de l'affaire, sut tout exécuter de la façon la plus satisfaisante en restant de lf,05 au-dessous du crédit, ce qui lui valut de chaudes félicitations de l'administration, pour un exemple certainement rare en circonstances pareilles.
Ces travaux de réparations terminés, il fallut reprendre le projet d'agrandissement devenu de plus en plus indispensable. Un projet dressé par Lefroy d'après les indications du conseil de l'École, avait été soumis aux Chambres par le gouvernement avec la loi de 1837 (315.000 francs), mais celles-ci avaient provisoirement ajourné le travail. Le plan auquel on s'arrêta définitivement, après diverses modifications successives, et qui fut exécuté de 1840 à 1852 pour le gros-oeuvre, ne s'écartait pas sensiblement, dans ses grandes lignes, de celui proposé par Lefroy. Le plan fut préparé par Duquesney, architecte des bâtiments civils, d'après les indications données par le conseil de l'École et suivant rectifications demandées par celui-ci. La différence essentielle avec le plan de Lefroy consiste dans ce que les deux ailes transversales n'avaient été prévues par lui qu'à rez-de-chaussée, tandis qu'elles furent exécutées avec premier et second étages comme le bâtiment principal.
Le bâtiment principal de l'ancien hôtel Vendôme, parallèle à la rue d'Enfer, fut allongé par la construction, à chacune de ses extrémités nord et sud, d'un pavillon de 15 mètres de longueur sur 15 mètres de profondeur. Les dépendances en ailes transversales, à rez-de-chaussée et mansardes, de l'ancien hôtel, furent enlevées; deux ailes transversales de 9 mètres de largeur furent implantées à leur place, s'étendant du bâtiment principal à la rue d'Enfer; ces ailes étaient à premier et second" étages, se raccordant avec ceux de ce bâtiment principal. Ces deux' ailes enserraient ainsi une vaste cour de 25 mètres de profondeur sur 32 mètres de largeur, fermée sur la rue d'Enfer par une grille avec arcades en maçonnerie. Deux autres cours de moindre importance bordaient les ailes au nord et au sud.
Les laboratoires étaient placés au rez-de-chaussée de l'aile nord; ils étaient construits de telle sorte qu'ils offraient 22 places et permettaient d'avoir un effectif de 44 élèves travaillant toute l'année, par périodes, au laboratoire; les salles d'étude et de dessin étaient en face dans l'autre aile.
Les constructions se firent successivement, d'abord à raison de nécessités budgétaires qui forçaient à les répartir sur plusieurs exercices, puis de façon à ne pas interrompre les études ; on se bornait à déplacer les salles de travail suivant l'état des constructions.
Le bâtiment des laboratoires, qui fut le premier entrepris, était terminé pour l'année scolaire 1844-1845. On construisit ensuite successivement le pavillon nord, à l'extrémité du bâtiment principal, le pavillon sud à l'autre extrémité et enfin l'aile transversale sud. Vers 1852, les constructions proprement dites étaient terminées et il ne restait que des travaux d'appropriation intérieure, installation des collections, etc.
A peine cette première transformation achevée, tout était à recommencer en 1860 par suite du percement projeté du boulevard Saint-Michel; les deux ailes transversales étaient coupées vers leur milieu légèrement en biais ; le sol de la nouvelle voie se trouvait en outre sensiblement en contrebas de celui de l'ancienne rue. Les nouveaux travaux de l'École furent quelque peu retardés par la remise, qui était nécessaire, au nord, de terrains appartenant au Sénat. L'importance des travaux (devis de 1.200.000 fr.), la rapidité relative avec laquelle ils devaient être menés, le nombre d'élèves alors présents à l'École, tout concourait pour qu'il fût impossible, comme jadis, de déplacer successivement, au cours des constructions, et suivant leur état, les salles destinées à l'instruction. La Préfecture de la Seine remit donc à l'École, pendant la période des constructions, une maison située en face, rue d'Enfer. n° 13, où furent établis des laboratoires provisoires.
Commencées en 1861, les nouvelles constructions, telles qu'on peut les voir aujourd'hui et que les représente suffisamment le dessin de la planche III, furent terminées en 1866.
Depuis, il n'a plus été fait à l'Ecole que de simples appropriations intérieures, des changements de destination de diverses pièces. Les deux principaux ont consisté, de 1876 à 1879, dans l'extension des salles attribuées à la collection de paléontologie ( l'extension des collections de paléontologie dans tout le second étage de l'ancien bâtiment de l'École a donné lieu, en 1876, à de nombreuses discussions dont l'écho a retenti jusque dans le Parlement ; Gambetta avait mis son influence à la réussite de ce plan dont il entretint la Chambre des députés dans la séance du 1er décembre 1876 : Journal officiel du 2, p. 8926, col. 2 et 3), et, un peu plus tard, dans la transformation en salles couvertes pour les collections de modèles (les modèles placés dans ces nouvelles salles proviennent presque tous de modèles qui avaient figuré à l'Exposition universelle de 1878 et qui ont été donnés à l'École par les exposants), des deux petites cours surélevées, situées sur le boulevard de part et d'autre de l'entrée principale.
La collection de paléontologie, à la suite de ces dernières transformations, a pu disposer de tout le second étage de l'ancien bâtiment principal donnant sur le jardin ; elle s'est étendue au sud dans les pièces antérieurement dévolues aux logements de l'inspecteur et du directeur ; ces logements ont été reportés dans le bâtiment neuf en façade sur le boulevard, au nord de l'ensemble des constructions de l'École. Ces travaux d'aménagement de la collection de paléontologie ont coûté 350.000 francs. Dans le plan primitif dressé en 1860, le directeur et l'inspecteur devaient être logés dans le bâtiment spécial, portant le no 64, élevé sur le boulevard à l'extrémité sud des constructions de l'Ecole. Mais ce bâtiment a reçu une autre destination; il sert en partie au service de la carte géologique détaillée de la France et en partie au logement d'employés du Sénat.
Les collections de minéralogie et de géologie disposent également, au-dessous de la collection de paléontologie, de tout le premier étage de l'ancien bâtiment en façade sur le jardin; les deux collections furent reliées l'une à l'autre par un escalier intérieur spécial. Les nouveaux laboratoires ont été installés dans un bâtiment spécial construit, à cet effet, à l'angle nord-ouest du massif des constructions de l'École, du côté du Luxembourg. Ils offrent aux élèves 32 places. Outre les laboratoires des élèves et leurs dépendances, ce bâtiment contient également, au premier étage, le bureau d'essais et un amphithéâtre pour les leçons ; à l'étage au-dessus, du côté du Luxembourg, sont les laboratoires, des professeurs, et, du côté du boulevard Saint-Michel, les salles de dessin pour les élèves.
Lorsqu'en 1815 l'Ecole s'établit à l'hôtel Vendôme, elle commença à fonctionner sous un régime de fait comme dans son court passage au Petit-Luxembourg. On continuait le régime de Moutiers, ou, ce qui serait plus exact, on reprenait les traditions de l'École de la rue de l'Université. Un an seulement après l'installation à l'hôtel Vendôme, le régime et le fonctionnement de l'École furent légalement et définitivement fixés par l'ordonnance du 5 décembre 1816, complétée par les deux arrêtés ministériels des 6 décembre 1816 et 3 juin 1817, portant règlement, le premier pour les élèves ingénieurs, et l'autre pour les élèves externes.
Désireux de renouer les traditions du passé, en allant au delà et par-dessus la Révolution, le gouvernement de la Restauration, dans l'article 1er de l'ordonnance du 5 décembre 1816, semblait représenter l'École « rétablie à Paris » comme la continuation immédiate de celle « créée par l'arrêt du conseil d'État du roi du 19 mars 1783 ». C'était en réalité faire beaucoup d'honneur à la pauvre Ecole de Sage et oublier que la véritable École des mines, dont celle établie à l'hôtel Vendôme était la continuation, avait été créée rue de l'Université, sous la Convention et le Directoire, par les soins de l'agence et du conseil des mines. L'organisation constituée par les actes de 1816 et 1817 est, en effet, celle de cette École modifiée de façon à tenir compte, d'une part, des enseignements donnés par l'expérience de Moutiers, et, d'autre part, des changements survenus dans l'organisation de l'administration des mines.
Avant de statuer définitivement sur le sort de l'École des mines de Paris, le gouvernement de la Restauration avait créé, par ordonnance du 2 août 1816, une École de mineurs à Saint-Ëtienne; le préambule de cette ordonnance la motiva sur « l'urgence de remplacer les écoles pratiques des mines établies à Pesey et Geislautern. » Mais cette École de mineurs, suivant la qualification que lui donne l'ordonnance, devait correspondre, dans l'esprit de ses fondateurs, à une autre destination que celle de l'École des mines de Paris. Celle-ci devait rester une école de haut enseignement pour les membres du corps des mines et pour les jeunes gens destinés a devenir « directeurs d'exploitations et d'usines », comme le dit l'article 25 de l'ordonnance du 5 décembre 1816 sur l'École des mines de Paris. Celle-là devait être une école professionnelle pour les agents inférieurs, « pour les jeunes gens qui se destinent a l'exploitation et aux travaux des mines », suivant les termes de l'article 1er de l'ordonnance du 2 août 1816 relative à l'École de Saint-Ëtienne. On sait que, dès le début, sous l'influence de Beaunier, son premier directeur, et plus encore sous celle de ses successeurs, cette École a de plus en plus dévié de la destination primitivement prévue pour elle, de telle sorte qu'aujourd'hui, en apparence du moins, le programme de son enseignement ne diffère guère dans ses grandes lignes de celui de l'École de Paris.
L'École de Paris devait être administrée par un conseil, présidé par le directeur général, composé de trois inspecteurs-généraux du corps, des quatre professeurs et de l'inspecteur de l'École ; l'École n'eut un directeur que beaucoup plus tard, en 1848; jusque-là, et surtout tant que ces fonctions furent remplies par Lefroy, l'inspecteur n'était que le bras exécutif des décisions du conseil. Le Directeur général ne présida pour ainsi dire jamais le conseil dont, à peu d'exceptions près, les délibérations ont toujours été sanctionnées par l'administration supérieure, de sorte qu'on peut dire qu'en réalité le conseil administrait l'École; cela est surtout vrai sous la Restauration.
Les quatre chaires constituées par l'article 6 de l'ordonnance, qui devaient seules subsister jusque vers 1845 (modifications consacrées en droit en 1848), étaient les quatre chaires anciennes de : minéralogie et géologie, docimasie, exploitation des.
mines, minéralurgie, qu'occupèrent respectivement les quatre professeurs qui nous sont déjà bien connus : Brochant de Villiers, Berthier, Baillet et Hassenfratz. On revenait officiellement à l'enseignement théorique complet de l'École de la Convention et du Directoire et non à celui si mal conçu par Chaptal pour l'École de Moutiers.
La chaire de minéralogie et géologie ne fut officiellement dédoublée dans les deux chaires actuelles de minéralogie et de géologie que lorsque Brochant de Villiers donna sa démission de professeur titulaire en 1835; mais toutefois, depuis 1827, les deux cours étaient professés à part : par Dufrénoy pour la minéralogie, et par Élie de Beaumont pour la géologie, tous deux en qualité de professeurs-adjoints à Brochant.
Tandis que, dans l'École de la Convention et du Directoire, les quatre cours étaient publics, sous la Restauration, comme depuis d'ailleurs, le cours de minéralogie et de géologie fut seul public en vertu d'une décision spéciale rendue, en décembre 1815, avant l'ordonnance du 5 décembre 1816 qui resta muette sur ce point.
Il était prévu qu'il y aurait un maître de dessin et des maîtres de langues allemande et anglaise, de l'absence desquels on s'était, nous l'avons dit, si justement plaint à Moutiers; toutefois, pour les langues étrangères, l'art. 7, § 2, ne prévoyait leur enseignement qu'à titre facultatif pour « ceux des élèves qui se feront distinguer par leur travail et leur bonne conduite » ( dans l'année 1816-1817, Dufrénoy et Thibaud, qui constituaient à eux deux l'effectif des élèves de l'École, demandèrent à bénéficier de cette disposition ; le directeur général leur répondit en priant le conseil d'adresser aux deux élèves, en son nom, les plus vives félicitations pour leur application et leur conduite, mais de leur exprimer ses regrets de ne pouvoir, faute de fonds, leur procurer un professeur d'allemand); en fait, dès 1818, les leçons d'allemand se trouvaient régulièrement établies.
Le professeur de docimasie, aux termes de l'art. 8, était en même temps chef du laboratoire « et chargé, à ce titre, de faire tous les essais et toutes les analyses qui lui seront ordonnés par le directeur général et le conseil de l'École, et d'en tenir un registre exact ». C'était là aussi la continuation des traditions de la rue de l'Université, et ce fut l'origine du bureau d'essais, constitué en 1845, qui mit gratuitement le laboratoire de l'École à la disposition du public.
Suivant, sur un autre point, les traditions de l'établissement multiple constitué sous la Convention à l'hôtel de Mouchy, l'ordonnance de 1816 ne s'était pas bornée à prévoir à l'École la constitution d'une bibliothèque et des collections de minéralogie, de géologie, et de modèles, etc., inséparables d'une pareille institution; par son article 12, l'ordonnance avait confié au conseil de l'École le mandat « de recueillir et de rassembler tous les matériaux nécessaires pour compléter la description minéralogique de la France », et, par suite, de créer les collections et d'éditer les cartes géologiques, topographiques et statistiques à ce nécessaires. En réalité, le conseil de l'École ne s'occupa jamais beaucoup de l'exécution de ces cartes. Toutefois, ce fut en application de la disposition précitée qu'il fut saisi, dans sa séance du 11 juin 1822, d'un rapport, adressé à l'administration le 11 août 1820, par lequel Brochant de Villiers avait indiqué les moyens de nature, suivant lui, à doter le plus promptement possible la France d'une bonne carte géologique. Le conseil ne fit que donner une chaude adhésion au plan de Brochant de Villiers, en priant l'administration de lui en confier l'exécution (Brochant de Villiers s'adjoignit Dufrénoy et Élie de Beaumont. Ils firent un voyage préliminaire de reconnaissance en Angleterre pendant six mois, en 1823. En 1825, ils commencèrent leurs explorations en France. En 1826, de Billy avait été adjoint à Dufrénoy, et Fénéon à Élie de Beaumont). On sait avec quel succès cette oeuvre grandiose fut menée à bien ; mais l'administration de l'École se borna à abriter les collections qu'y réunissaient naturellement Brochant de Villiers, Dufrénoy et Élie de Beaumont, le premier en sa qualité de professeur, les deux autres comme professeurs suppléants, adjoints à la conservation des collections de l'École.
L'ordonnance de 1816, continuant aussi les traditions originaires, avait stipulé qu'il y aurait deux classes d'élèves : les élèves ingénieurs, venant de l'Ecole polytechnique, destinés au recrutement du corps des mines, pour lesquels l'Ecole était plus spécialement créée; les élèves externes « qui seront envoyés soit par les préfets, soit par les concessionnaires ou les propriétaires d'établissements métallurgiques », disait l'art. 14, dans le but principal, suivant l'art. 25, « de former des directeurs d'exploitations et d'usines. » On reconnaîtra sans peine, dans ces dispositions, la reproduction presque textuelle des prescriptions antérieures.
L'arrêté ministériel du 3 juin 1817 ajoutait que « les élèves admis indiqueront, à leur entrée à l'École, l'espèce de mine ou d'usine à la conduite de laquelle ils se destinent plus particulièrement, afin que les études de chacun puissent être dirigées vers la partie qu'il aura préférée. » Cette disposition répondait, dans l'esprit des créateurs de cette réglementation, à des habitudes d'enseignement que nous avons signalées à Moutiers, où le professeur variait sensiblement son programme chaque année suivant l'état d'instruction de ses élèves. En fait, ces diverses dispositions ne tardèrent pas à être perdues de vue, si tant est même qu'elles aient été jamais appliquées à Paris. L'enseignement prit presque immédiatement l'allure régulière , avec programmes définis, de cours faits en deux ans. L'admission des élèves externes ne tarda pas, d'autre part, à devenir un concours entre tous ceux qui se présentaient à l'examen d'admission, sans qu'on se soit jamais inquiété de savoir quelle devait être leur destination après la sortie de l'École. De leur provenance on ne s'en occupait que pour appliquer éventuellement une clause par laquelle l'arrêté ministériel du 3 juin 1817, relatif à l'admission des élèves externes, avait modifié l'art. 14 de l'ordonnance de 1816. Sous l'influence des idées de l'époque et conformément aux traditions, cet arrêté stipulait (art. 13) qu'à égalité de mérite la préférence pouvait être donnée aux fils de directeurs ou de concessionnaires de mines, de chefs ou de propriétaires d'usines minéralurgiques. Le premier conseil et l'administration supérieure ont fait une large application de cette disposition ; ils ont souvent donné la préférence avec une inégalité de mérite notable. La clause en question a été maintenue dans les arrêtés ministériels des 30 juillet 1847 et 1er août 1861 qui ont successivement remplacé celui de 1817. Mais après la Restauration il n'a plus été fait qu'une application plus rare et en tout cas plus limitée de cette disposition, qui doit être considérée aujourd'hui comme légalement abrogée (les arrêtés ministériels du 25 juin 1883, qui règlent aujourd'hui l'entrée à l'École, ne contiennent plus trace de cette disposition; il peut être permis de le regretter si l'on songe au but spécial de l'École des mines).
En outre des élèves externes, il y eut dès l'origine des élèves autorisés, correspondant à ceux qui, dans notre organisation actuelle, ont été qualifiés d'élèves libres et aujourd'hui auditeurs libres. Ce sont des personnes que l'administration supérieure autorise à suivre les cours de l'École sans qu'elles soient astreintes à subir une épreuve quelconque avant l'entrée ni à passer les examens de fin d'année.
L'idée de ces élèves autorisés, dont il n'était pas question dans l'ordonnance organique de 1816, doit être recherchée dans l'art. 11 de l'arrêté ministériel du 3 juin 1817 (reproduite dans l'art. 8 de l'arrêté du 30 juillet 1847, la clause a disparu dans l'arrêté de 1861), qui autorisait les candidats admissibles, mais-non admis, à suivre les cours sans prendre part aux exercices qui devaient être réservés aux seuls élèves externes. Mais le gouvernement de la Restauration autorisa discrétionnairement beaucoup d'autres personnes, qui n'avaient jamais subi aucun examen, à jouir de la même faveur; allant encore plus loin, il permit à plusieurs de ces élèves autorisés de participer aux travaux du laboratoire, en sorte qu'il n'y avait guère d'avantages particuliers dont profitassent, par rapport à eux, les élèves externes. Aussi s'explique-t-on sans peine que ceux-ci réclamèrent plus d'une fois contre cette situation d'autant moins tolérable pour eux que le gouvernement de la Restauration usa du système des élèves autorisés à ce point que leur nombre s'éleva jusqu'à une trentaine. Les élèves externes se plaignaient notamment que Berthier favorisât parfois les élèves autorisés qui pouvaient travailler au laboratoire au détriment d'élèves externes qui n'y étaient pas admis. Berthier répondait avec raison qu'il ne lui était pas possible de ne pas tenir compte des ordres de l'administration supérieure, qu'avec l'exiguïté des laboratoires, il ne pouvait souvent disposer que d'une place pour quatre candidats, et que, si certains élèves externes étaient exclus, c'était à raison de leur ignorance à peu près complète en chimie. Jusqu'à l'époque, en effet, où furent établis les cours préparatoires, l'insuffisance de nombreux externes en physique et en chimie préoccupa souvent le conseil; beaucoup d'entre eux n'étaient admis à l'École qu'à la condition de suivre, à la Sorbonne, des cours sur ces matières et de passer convenablement un examen à la fin de leur première année. Plus tard ils ne furent même admis aux exercices préparatoires du laboratoire à la fin de la lre année que s'ils soutenaient convenablement cet examen.
L'ordonnance de 1816 prévoyait qu'il pourrait y avoir en cours d'instruction simultanément à l'École 9 élèves ingénieurs (art. 13) et 9 élèves externes (art. 14). Les chiffres furent promptement dépassés, même avant la mise en service des nouveaux laboratoires dans l'année scolaire 1844-1845.
Le nombre des élèves ingénieurs dépendit toujours des besoins que l'administration prévoyait dans le service. De 1817 à 1822, les promotions annuelles ne furent que de 3 élèves ; à partir de 1823 jusqu'à la fin de la Restauration elles furent de 4 et 5, et comme le plus habituellement les élèves ingénieurs restaient trois ans à l'École, l'effectif était d'une quinzaine d'élèves ingénieurs environ.
Le nombre des élèves externes se réglait naturellement d'après le nombre des places disponibles au laboratoire ; toutefois, comme certains élèves n'y travaillaient qu'un temps relativement réduit, le conseil se montrait moins sévère sur le nombre des admissions. Tout au début, leur nombre ne fut pas très considérable et ne s'écarta guère, pour les deux années de présence utile, de celui fixé par l'ordonnance ; les candidats ne furent pas d'abord très nombreux et peu étaient éliminés aux examens d'entrée : pendant les sept premières années, tous les candidats qui se sont présentés paraissent avoir été admis. Mais peu à peu les jeunes gens qui avaient échoué à l'Ecole polytechnique commencèrent à affluer vers l'École des mines, et vers la fin du gouvernement de la Restauration il y eut jusqu'à 23 et 24 candidats pour 4 places disponibles. Lorsque l'École centrale se fonda en 1829, il y eut un moment d'arrêt dans le mouvement ascensionnel des candidats et même des admis ; beaucoup de jeunes gens préférèrent se diriger vers la nouvelle École ; puis le mouvement ascensionnel ne tarda pas à reprendre et ne cessa par la suite de s'accentuer.
L'ordonnance constitutive de 1816 et les actes originaires qui l'ont accompagnée ne prévoyaient rien explicitement pour les élèves étrangers. Il fut admis que ceux-ci, lorsqu'ils étaient présentés par leurs ambassadeurs, pouvaient être absolument assimilés aux élèves français, tant pour les avantages que pour les sujétions. Dès 1818, un sujet américain fut autorisé à suivre les cours et les exercices sans passer d'examens, et sous la gouvernement de la Restauration 15 élèves étrangers sortirent de l'Ecole, parmi lesquels on doit citer Marianno di Riveiro, qui fut directeur des mines du Chili, et Lesoine, de Liège, sorti avec des notes exceptionnellement brillantes et qui a fait, en Belgique, dans la métallurgie, une carrière si bien remplie.
Pendant toute la durée du gouvernement de la Restauration, que les observations qui précèdent visent plus spécialement, la vie de l'Ecole s'écoula d'une façon relativement assez uniforme, sauf l'accroissement du nombre d'élèves qui suivit les agrandissements de 1819-1820, et le développement qui put être par suite donné aux collections. Cette régularité d'existence tint à la persistance du personnel dirigeant pendant cette période.
L'École était en fait, on le sait, administrée par le conseil où restèrent tout ce temps les trois inspecteurs généraux Lelièvre, vice-président officiel, mais président effectif, Gillet de Laumont et Duhamel, qui avait remplacé, en 1813, Lefebvre d'Hellancourt, décédé. Lefroy resta tout ce temps également inspecteur agissant exclusivement et directement sous l'action du conseil. Les changements dans le personnel enseignant ne furent pas très sensibles : Baillet et Berthier restèrent respectivement professeurs d'exploitation et de docimasie pendant toute la période; si, en 1822, Hassenfratz fut remplacé par Guenyveau, celui-ci ne paraît pas avoir apporté de changements sensibles dans l'enseignement de son prédécesseur. Brochant de Villiers resta également professeur pendant toute cette période ; il est vrai que, dès 1825, il se fit suppléer par Dufrénoy, tant pour la minéralogie que pour la géologie, et à partir de 1827, par Dufrénoy pour la minéralogie, et par Elie de Beaumont pour la géologie.
Pendant toute cette première période, le conseil, auquel le gouvernement semble avoir laissé une assez grande latitude pour le fonctionnement intérieur de l'École, n'était en quelque sorte que la continuation, presque avec le même personnel, de l'administration qui avait successivement présidé aux destinées de l'École de la Convention et de celle de Moutiers. On s'explique donc que les anciennes traditions, dont plusieurs ont laissé des traces jusqu'à nos jours (tel est le cas, pour ne citer qu'un détail, de la moyenne partielle dont on s'occupe encore, en apparence du moins, pour chaque matière de l'enseignement et qui n'est que la suite de l'ancien medium qui jouait jadis un rôle si capital pour le classement et la sortie des élèves, puisque nul ne pouvait sortir de l'École avant d'avoir obtenu son médium dans chacune des matières individuellement), aient continué à exercer, pendant tout ce temps, une influence prépondérante. Mais en même temps, dès cette première période, furent introduites dans l'enseignement des innovations importantes, caractéristiques de l'enseignement de l'École des mines de Paris; elles avaient été inspirées au conseil par les résultats comparatifs de la double expérience de l'École de la Convention à Paris et de l'École de Moutiers ; en sorte que c'est aussi aux vénérables ancêtres et créateurs de notre administration moderne des mines qu'il faut en faire remonter l'honneur.
Chacun des quatre cours durait deux ans. La géologie proprement dite, bien que confiée au même professeur, alternait avec la minéralogie, la géologie étant devenue une véritable science avec un corps de doctrine.
Hassenfratz et Guenyveau enseignaient toujours la minéralurgie plutôt que la métallurgie ; le cours continuait à comprendre la fabrication de la chaux et du plâtre, des briques et poteries, des verres et cristaux, des couleurs métalliques, des acides et sels minéraux. En 1836, lors du remaniement des programmes qui eut lieu à cette époque, Guenyveau paraît avoir fait disparaître les parties du cours ne se rattachant pas directement à la métallurgie. Le Play ne les rétablit que partiellement quelques années après.
Baillet traitait des divers moteurs à eau et à vapeur, en les intercalant au milieu de son cours d'exploitation, comme la théorie des machines à vapeur se trouve intercalée dans le traité d'exploitation de Combes. (Avec les machines à eau, Baillet traitait de la construction des digues, étangs, rigoles, tuyaux de conduite et de leurs accessoires, matières rentrant partiellement dans le cours de construction).
C'étaient les premiers indices de la partie de ce cours, qui plus tard devait former le cours de machines, distinct de celui d'exploitation, même quand il resta confié à un seul professeur. Baillet terminait la première partie de son cours par des leçons de lever de plans superficiels et souterrains, tout comme Duhamel, dès l'École de Sage, enseignait la géométrie souterraine à la suite de l'exploitation des mines, et comme on voit cette matière figurer dans le Traité de Combes.
Tout cet enseignement n'était, en somme, que la continuation de celui inauguré dans l'École de la Convention, mis au courant toutefois des découvertes et progrès faits depuis cette époque.
L'enseignement théorique donné dans les quatre cours, qui duraient du 15 novembre au 15 avril de chaque année, devait être complété par un enseignement pratique, qui resta toujours particulièrement cher à ceux qui, en 1794, suivirent avec tant de persévérance, mais si peu de succès, l'idée des écoles pratiques, que nous allons voir agiter à nouveau, sans plus aboutir d'ailleurs. Cet enseignement pratique devait être donné partie à Paris, à l'Ecole ou autour de l'École, et partie au dehors.
A l'École, les élèves étaient exercés alternativement, par le système du roulement en brigades, qui persiste encore, au travail de laboratoire et au dessin, et ils étaient censés devoir se livrer à l'étude des collections, de 8 heures à 9 heures et demie du matin. A la suite des cours, ils visitaient à Paris ou aux environs, avec les professeurs de minéralurgie ou d'exploitation, soit des ateliers minéralurgiques, soit des exploitations de carrières, et ils faisaient des courses géologiques avec le professeur de minéralogie. Hassenfratz, au début, avait même établi à l'Ecole des fourneaux pour le traitement en grand du fer et du plomb ; mais ces leçons pratiques paraissent avoir cessé assez, promptement, un-peu peut-être à la suite des réclamations du quartier. Tout à fait au début de ce système, les professeurs ne faisaient pas moins de quinze visites de cette nature, et il y avait quatre courses minéralogiques.
Les visites industrielles avec les professeurs ont, depuis cette époque, subi des fortunes diverses; tantôt absolument abandonnées, tantôt reprises, mais toujours avec un développement moindre qu'au début. Les visites relatives à l'exploitation, difficiles, il est vrai, autour de Paris, ont notamment cessé depuis-longtemps.
En ces derniers temps, des visites industrielles avaient eu lieu librement sous les auspices et par le concours de l'Association des anciens élèves.
Les courses géologiques ont persisté et se sont développées par suite de la grande course géologique d'une semaine qui s'est ajoutée aux courses d'un jour dans les environs de Paris.
Entre la première et la deuxième année, le temps disponible était occupé par des travaux au laboratoire, des exercices de lever de plans superficiels et souterrains, que dirigeait et surveillait l'inspecteur Lefroy, par des exercices de dessin et plus tard par la rédaction des cours suivis dans l'année.
Le conseil ne voyait, dans tous ces exercices, que l'ébauche de l'enseignement pratique qui devait essentiellement s'achever, suivant ses idées persistantes, dans les écoles pratiques et dans les grandes exploitations de mines, comme le portait l'article 22 de l'ordonnance de 1816; l'article 10 de l'arrêté ministériel du 6 décembre 1816, qui reflétait ces idées, avait stipulé qu'aucun élève du corps ne pouvait être promu au grade d'aspirant sans avoir passé trois campagnes ou séjourné douze mois consécutifs dans une école pratique ou dans un établissement de mines et avoir été reconnu à la suite, par le conseil, avoir l'expérience ou les connaissances pratiques nécessaires.
Toutes ces dispositions émanaient, du reste, du conseil qui avait préparé ces actes officiels; on sait trop l'importance qu'il attachait à ces idées pour ne pas deviner avec quelle persistante continuité il insista auprès de l'administration toutes les fois que la plus petite occasion s'en présentait pour, demander qu'on le mît à même de se conformer strictement à ces dispositions; il insistait notamment sur la création des écoles pratiques. Dans une délibération de 1820, le conseil « plein des souvenirs et des heureux résultats de Geislautern et Pesey » demandait instamment : 1. l'octroi d'une concession de mine de houille à l'Ecole de Saint-Étienne; 2. l'achat d'une usine à fer qui, au besoin, eût été gérée par les ingénieurs des mines pour le compte du ministère de la marine ; 3. la création d'une école spéciale sur une concession de mine de plomb et de cuivre argentifères. On reconnaîtra bien là la persistance des idées mises en avant depuis 1794.
Il est à peine besoin de dire, d'autre part, que le gouvernement de la Restauration, pas plus d'ailleurs que ceux qui lui succédèrent, ne répondit à ces ouvertures, et ne songea à acquérir et à exploiter les établissements miniers et minéralurgiques nécessaires pour la constitution de ces écoles pratiques.
La question n'a été examinée tant soit peu sérieusement par l'administration supérieure qu'en 1837-1838, au moment où, en achetant l'hôtel Vendôme, on se disposait à donner à l'Ecole des mines de Paris, dont la vitalité et l'utilité avaient fait leurs preuves par vingt ans d'une brillante existence, tous les développements que cette institution nécessitait.
Le plan alors discuté consistait à créer une école pratique, formant en même temps usine expérimentale, par un établissement composé d'une mine de houille et d'une usine à fer exploitées directement par des ingénieurs des mines. Les élèves y auraient passé deux campagnes, d'un semestre chacune, entre leurs cours théoriques. Dans la première année ils devaient étudier particulièrement les détails, le premier trimestre à la mine, le second à l'usine; ils auraient pratiqué les travaux manuels du mineur et du boiseur, du fondeur, du puddleur et du forgeron; levé des plans souterrains et superficiels ; dressé des devis de détail pour mine et usine. Dans la seconde année, consacrée à des études plus générales, ils auraient étudié des projets, avec devis, de travaux ou d'installations pour la mine et l'usine. Les élèves n'auraient fait des voyages d'étude en France et à l'étranger qu'après ce double stage.
Le gouvernement recula devant la dépense de premier établissement que nécessitait l'exécution de ce plan.
Ce ne fut en définitive que par des voyages, tels que la pratique s'en est conservée inaltérée, sauf diverses modifications dans les détails de l'application, que put être acquis l'enseignement pratique au dehors; l'usage s'établit promptement, par suite de ces nécessités, d'entendre chacun de ces voyages comme constituant une de ces campagnes prescrites par l'article 10 de l'arrêté du 6 décembre 1816. Il fut même entendu, à partir de 1820, qu'on considérerait comme première campagne, au sens de cet article, la période d'exercices pratiques à Paris, entre la première et la seconde année, comprenant les visites d'établissements et les courses minéralurgiques avec les professeurs.
Les modifications ont porté, avec le temps, sur la durée et l'itinéraire de ces voyages.
Au début, les voyages suivant la deuxième et la troisième année d'éludés étaient réglés à 140 jours de durée; leur itinéraire détaillé «lait fixé par le conseil sur la rédaction d'un de ses membres. Ces premiers itinéraires obligeaient à des stationnements prolongés dans un même établissement où l'on indiquait même à l'élève le programme de ce qu'il aurait à faire. Des nécessités budgétaires firent réduire, par la suite, dès le début du gouvernement de Juillet, la durée de ces voyages à 100 jours ; l'itinéraire fut ensuite laissé au choix des élèves sous la sanction d'un examen en conseil. Les usages ont varié suivant le temps pour les pays que les élèves pouvaient choisir, au moins, entre la deuxième et la troisième année ; le premier grand voyage a dû, à certaines époques, et notamment aujourd'hui, se faire nécessairement en France.
Ces renseignements sont relatifs aux voyages des élèves ingénieurs. Jusque vers la fin du gouvernement de la Restauration, l'administration s'est refusée à s'occuper des voyages d'élèves externes; jusqu'en 1848 ils ont été facultatifs; ils sont obligatoires depuis cette date, mais seulement entre la deuxième et la troisième années.
Jusqu'en 1848, les élèves de première année n'ont pas voyagé. De cette date jusqu'en 1856, les élèves ingénieurs ont dû faire une courte excursion sur les chemins de fer des environs de Paris. Depuis 1866 on a repris, pour tous les élèves, ingénieurs et externes, le système d'un court voyage, de trois à quatre semaines, qui ne devrait être qu'un stage dans un seul district.
Le Conseil de l'École, plus pénétré de l'importance de l'enseignement pratique, et interprétant plus étroitement l'arrêté de 1816, voulait, il est vrai, que les élèves ingénieurs fissent leurs trois campagnes de voyage, sans compter comme telle la période d'exercices de première année, et restassent par suite quatre ans à l'École; mais l'administration supérieure, désireuse de disposer au plus tôt de ses ingénieurs, ne voulut jamais accepter une pareille combinaison.
Cette scolarité de quatre ans se liait, du reste, pour le Conseil avec l'ensemble d'un système, reposant aussi sur les anciennes traditions; mais ce système finit par ne jamais être pratiqué, et on s'en écarta même singulièrement plus tard.
La durée normale des cours était de deux ans; pour qu'un élève ingénieur pût être déclaré hors de concours, il fallait qu'il eût obtenu dans une même année, le medium dans toutes les matières; sinon, il avait à recommencer son année et à repasser ses examens. L'obtention de tous les médiums ne devait pas dispenser de suivre à nouveau tous les cours une seconde fois pour mieux posséder les matières. En outre, la quatrième année, ou tout au moins la troisième, lorsque l'administration eut refusé ce redoublement, devait être consacrée à un noviciat administratif consistant pour l'élève hors de concours à suivre obligatoirement les séances du conseil général des mines.
Malgré l'obligation, il ne paraît pas que les élèves aient été jamais très assidus.
Le premier conseil, plus pénétré de l'instruction technique que de l'instruction administrative a, de tout temps, écarté toutes les propositions de nature à introduire un enseignement sur cette branche de connaissances si nécessaires à l'ingénieur de l'Etat. La seule mention qu'on en trouve est la recommandation, plus que l'injonction, écrite dans l'art. 3 de l'arrêté du 6 décembre 1816, qui porte que, dans la période de stationnement à Paris, entre la première et la deuxième année, les élèves « étudieront les lois et les règlements sur les mines ».
Sur une proposition faite au conseil d'introduire un cours de législation et d'administration, il répondit qu'il était inutile, et que des élèves aussi distingués n'avaient qu'à lire une loi et des règlements si simples ! Ce singulier mépris de l'étude de la législation explique peut-être la façon si douteuse dont notre législation des mines a été appliquée sous le gouvernement de la Restauration.
En somme, suivant la façon dont ils passaient leurs examens, les élèves ingénieurs avaient une scolarité de deux ans seulement, le plus
habituellement de trois, mais parfois aussi de quatre ans.
Parmi les élèves entrés à l'École sous le gouvernement de la Restauration, les seuls dont nous voulions parler à ce point de vue, ceux qui n'ont été astreints qu'à deux ans de scolarité furent : Combes (prom. de 1820), Reynaud et Bineau (prom. de 1826), Le Play (prom. de 1827), Malinvaud (prom. de 1828) et de Sénarmont (prom. de 1829).
Parmi eux Le Play s'était distingué à tel point que, à la suite du concours de 1829, le conseil, « frappé de la supériorité de M. Le Play dans toutes les parties de l'enseignement sans exception, de son application non interrompue, de sa conduite exemplaire et du succès extraordinaire qu'il vient d'obtenir dans le dernier concours puisque, bien qu'il n'ait que deux années d'étude, il se trouve le premier en tête de la liste et a obtenu 1.597 points de mérite, nombre de points auquel, depuis la fondation de l'École des mines à Paris, n'a jamais atteint un élève, même de trois années, demande au directeur général un témoignage de satisfaction particulière ».
Les élèves qui n'étaient pas hors de concours et étaient astreints par suite encore à la scolarité concouraient chaque année, tous ensemble, sans distinction de promotion, et étaient classés d'après les résultats des épreuves sur une seule liste.
L'article 20 de l'ordonnance du 5 décembre 1816 avait parlé de sujets de concours à donner aux élèves, et l'article 1er de l'arrêté du 6 décembre 1816 avait mentionné huit sujets, depuis l'écriture courante jusqu'à de véritables projets d'exploitation ou de machines. En réalité, en dehors d'une analyse chimique de concours, ces exercices se réduisaient à l'exécution de simples dessins. En 1840 seulement, parmi ses nombreuses et utiles innovations, Dufrénoy introduisit les deux projets de concours tels que nous les pratiquons aujourd'hui.
Tous les renseignements qui précèdent concernent spécialement les élèves ingénieurs. Le conseil étendait également sa sollicitude sur les externes, autant que le permettait l'insuffisance des connaissances qu'un trop grand nombre d'entre eux apportait alors à l'Ecole, notamment en physique et surtout en chimie. Aussi, à peu d'exceptions près, les élèves externes n'étaient pas admis à travailler au laboratoire à leur première année, pendant la période d'exercices de l'été, et ils n'y étaient même admis qu'à la condition d'avoir subi avec succès un examen sur la chimie. Par ce motif, Berthier - et il s'en plaignait - était obligé de s'étendre dans son cours sur les généralités de la chimie au détriment du développement qu'il aurait préféré donner à la docimasie proprement dite.
Dans ces conditions les externes restaient généralement trois ans à l'Ecole, bien qu'ils eussent pu, eux aussi, terminer en deux ans. D'autres fois, le conseil tolérait des séjours de quatre années. Sans qu'il y eût dans ces débuts de jurisprudence bien constante, le conseil accordait parfois des certificats au bout de trois ans, même quand un élève n'avait pas tous ses médiums, comme aussi il rayait de la liste, en cours d'instruction, ceux qui ne se mettaient pas en mesure de profiter utilement de leur séjour à l'École. Le diplôme, délivré à la sortie, variait dans ses expressions suivant le mérite de l'élève.
C'est ainsi que celui délivré en 1826 à Lesoine, de Liège, après avoir constaté qu'il avait répondu de la manière « la plus satisfaisante », ajoutait « qu'il devait être placé dans les premiers rangs des élèves externes qui sont sortis jusqu'ici de l'École royale des mines ».
Se fondant sur les textes qui avaient constitué l'École, le conseil aurait voulu que les élèves externes fussent astreints au même enseignement pratique que les élèves ingénieurs, et comme le conseil avait été contraint d'admettre que les voyages remplaçaient le séjour prévu dans les écoles pratiques, il réclamait l'obligation des voyages pour les élèves externes dans les conditions où on les imposait aux élèves ingénieurs ( « Nous ne pouvons vous dissimuler, écrivait le conseil au directeur général, le 13 août 1822, que tant que nous serons privés d'écoles pratiques, l'institution des élèves externes, qui pourrait être si utile et avoir une si grande influence sur le progrès des arts minéralurgïques, manquera presque entièrement son but. A défaut d'écoles pratiques, les voyages deviennent absolument indispensables ». ). L'administration résista fort longtemps, prétendant qu'elle n'avait pas à s'immiscer dans cette partie de l'enseignement des élèves externes; qu'il ne lui était pas possible, hors de l'École, d'exercer sur eux une surveillance quelconque et qu'ils devaient être considérés comme échappant à son action. Dans les dernières années du gouvernement de la Restauration, le conseil finit par l'emporter et put faire exécuter aux élèves externes leurs deux périodes de voyage constituant, avec la période d'exercice de première année, les trois campagnes prévues au règlement. Grâce à sa persistance, le conseil put ainsi arriver à tirer bon parti de l'institution des élèves externes que le gouvernement de la Restauration ne paraît pas avoir eus en haute estime ; c'est un titre de reconnaissance de plus que nous devons aux vénérables fondateurs de notre École.
Dès la fin de la Restauration le gouvernement avait compris que l'École des mines demandait à être rajeunie. L'âge et les fatigues ne laissaient pas de faire sentir leur influence sur le personnel dirigeant auquel, depuis tant d'années, se trouvaient confiées les destinées de l'enseignement. D'autres circonstances devaient, d'ailleurs, pousser l'administration à transformer l'École. La science appliquée allait prendre de grands développements, surtout par l'emploi de la vapeur; l'établissement des chemins de fer, outre qu'ils devaient constituer par eux-mêmes une industrie nouvelle, allait entraîner dans toutes les industries des modifications profondes, forçant chaque district, à peine de disparaître, de renoncer aux traditions ou aux routines, sous le bénéfice desquels il avait pu vivre dans le passé, et le contraignant de se mettre en situation de lutter avec les autres sur un marché qui s'élargissait de plus en plus.
Toute la durée du gouvernement de Juillet fut à tous les points de vue, pour l'École des mines, telle que la laissait le gouvernement de la Restauration, une période de transformations successives dont les résultats ne furent définitivement constitués que sous le régime suivant.
Ces transformations commencèrent par le renouvellement du personnel dirigeant et, d'abord, par le départ des inspecteurs généraux dont la présence continue avait principalement contribué à donner au conseil et à l'École, depuis 1794, cette persistance dans les vues et les idées, qui, singulièrement féconde aux débuts, pouvait à la longue nuire aux progrès de l'institution. En 1832, Lelièvre et Gillet de Laumont se retiraient, après 38 ans d'administration, en même temps que leur collègue Duhamel. A partir de cette époque le conseil, par suite peut-être d'un changement plus fréquent dans ses membres, ne paraît plus avoir eu dans l'administration de l'École un rôle aussi direct et une action aussi immédiate que par le passé. Il était du reste devenu plus nombreux, l'ordonnance du 29 août 1834 ayant fixé à six, au lieu de trois, le nombre des inspecteurs généraux qui devaient en faire partie en dehors des professeurs et de l'inspecteur de l'Ecole.
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Si, à partir de 1832, le conseil, par suite du changement plus fréquent de ses membres, devenus plus nombreux, ne paraît plus présenter cette unité de composition et, par suite, ce souci des traditions, qui le caractérisaient auparavant, il y a lieu de remarquer que la présidence en resta confiée à Cordier jusqu'à ce que la réorganisation par le décret de 1856 la fit passer au directeur de l'École. Depuis 1832 également, Cordier présida le conseil général des mines ; il conserva cette présidence jusqu'à sa mort, survenue le 30 mars 1861 ; né le 31 mars 1777, il était alors âgé de 84 ans.
Cordier, qui avait été pair de France sous le gouvernement de Juillet, était, en outre, administrateur-directeur du Muséum. Il avait succédé en 1819 à Faujas de Saint-Fond dans la chaire de géologie de cet établissement, et à Haiiy à l'Académie des sciences en 1822. Cordier avait été, avec Brochant de Villiers, de cette seule fournée de 40 élèves, plus tard réduite à 20, qui était entrée en 1794 à l'École des mines de la Convention. |
Le conseil conserva néanmoins jusqu'à la réorganisation de 1856 une part dans l'administration, plus importante, en droit tout au moins, qu'il ne l'a aujourd'hui ; il continua en effet jusqu'à cette date à délibérer le budget annuel.
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Le premier budget régulièrement délibéré en conseil, celui de 1817, se montait à 7.000 francs; en fait on dépensa 8.723 f,33; il est vrai qu'il n'y avait que deux élèves. En 1821, le budget ne s'élevait encore qu'à 12.000 francs, et à la fin du gouvernement de la Restauration à 17.250 francs. En 1839, après l'achat de l'hôtel Vendôme, il avait dû être porté à 21.142 francs; le dernier budget du gouvernement de Juillet, relatif à l'année 1848, avait été arrêté à 28.680 francs. Le dernier budget délibéré par le conseil, relatif à l'année 1856, était de 74 332 f
dont : pour le matériel : 48.632 et pour le personnel : 23.700 Dans ce budget n'était pas compris l'entretien des bâtiments qui restait à la charge des bâtiments civils. Dans tous ces budgets le personnel porté au budget de l'École doit d'ailleurs s'entendre des professeurs étrangers au corps des mines et des employés et gens de service.
Comme dernier terme de comparaison, le budget de 1889 est de 157.366 f
Pour le rendre comparable au dernier des budgets précités, il en faudrait déduire quelque 10.000 francs d'entretien des bâtiments. Il faut de ces budgets rapprocher, avec le tableau qui suit, le nombre des élèves des cours spéciaux qui leur correspondent, simple mention étant faite des élèves des cours-préparatoires : |
| ANNÉES | ÉLÈVES ingénieurs | ÉLÈVES externes | TOTAL | FRAIS par élève | OBSERVATIONS |
| 1821 | 10 | 10 | 20 | 600 | |
| 1839 | 17 | 12 | 29 | 730 | I1 y avait en plus 5 étrangers. |
| 1848 | 19 | 15 | 34 | 843 | En plus : 4 étrangers et 5 élèves aux cours préparatoires. |
| 1856 | 13 | 36 | 49 | 1517 | En plus : 7 étrangers et 5 élèves aux cours préparatoires. |
| 1889 | 10 | 70 | 80 | 1967 | En plus : 16 étrangers et 49 élèves en préparatoire. |
Cet effacement relatif du conseil se lia, il est vrai, à l'action plus directe et à l'importance plus grande que les fonctions d'inspecteur allaient prendre entre les mains de Dufrénoy qui, au premier janvier 1837, succéda à Lefroy, après avoir commencé à lui être associé depuis 1834 comme inspecteur-adjoint et avoir fait sentir son influence dès cette époque. Avant d'être nommé officiellement directeur en 1848, Dufrénoy était arrivé à en exercer réellement les attributions. On s'est plu à faire remonter à Dufrénoy l'honneur des transformations qui ont amené le modeste établissement de la Restauration à la situation qu'il occupe aujourd'hui; ces appréciations sont parfaitement exactes, comme on le verra par ce que nous aurons à faire connaître ; mais il ne faudrait cependant pas oublier les services, à coup sûr plus modestes, rendus par ceux qui l'avaient précédé, et notamment par Lefroy, au milieu de circonstances assez difficiles. C'est parce que le terrain avait été bien préparé avant lui que Dufrénoy put réussir comme il l'a fait.
Les transformations successives que l'Ecole va subir dans toutes ses branches sous l'influence et par l'action du nouveau personnel dirigeant et que nous avons maintenant à relater se relient intimement, on va le voir, les unes aux autres.
Nous avons déjà dit les modifications que les bâtiments de l'Ecole subirent à la suite de l'achat de l'hôtel Vendôme en 1837; la transformation des laboratoires mis en service en 1844 permettait de doubler l'effectif des élèves qui put être [porté] de 44 à 50, et par suite permettait d'accroître notablement le nombre des élèves externes qui venaient de plus en plus nombreux frapper à la porte de l'École. Cette augmentation du nombre des élèves devait, de son côté, concourir à amener la transformation du système de la scolarité et indirectement par suite la modification des programmes de l'enseignement.
L'accroissement des bâtiments permit, d'autre part, de donner aux diverses collections le développement méthodique qu'elles n'avaient pu prendre jusqu'alors. La collection de minéralogie qui, par des accroissements successifs, s'élevait déjà, en 1845, à quelque 6.000 échantillons exposés dans les tables horizontales des salles du premier étage, s'augmenta de la riche collection du marquis de Drée, comprenant près de 20.000 échantillons (la moitié environ de la collection de Drée fut donnée à divers établissements à raison des doubles qui se trouvaient dans les collections de l'École des mines), acquise en vertu de la loi du 30 juin 1845 au prix de 110.000 francs. En dehors de la collection de minéralogie, on disposa dans les armoires vitrées les collections suivantes : collection statistique de la France
(16.250 échantillons en 1845), collections géologiques de la France (16.400 échantillons en armoires et 11.400 en tiroirs) et étrangères (27.000 échantillons) ; collection géologique pour l'étude (4.020 échantillons).
Les collections statistiques ont joué de tout temps un rôle extrêmement important dans le musée de l'École. Dès l'origine, en 1794, nous avons signalé les préoccupations et les soins de l'agence pour en réunir les éléments. De Chancourtois, secondé par Guyerdet, aide aux collections, s'attacha particulièrement à les ranger et amena finalement la collection de statistique départementale, suivant le nom qui lui a été donnée, dans l'état de classement méthodique et systématique par département qui en fait aujourd'hui le mérite et la valeur. Le travail de de Chancourtois était sensiblement terminé en 1864.
La collection de paléontologie fut celle dont le classement a été le plus tardif, non pas tant que les éléments manquassent dès cette époque, mais le classement était à peine ébauché et il ne devait commencer à devenir sérieux que lorsque, en 1844, M. Bayle fut attaché à ce service en remplacement de Lecocq. Quelque temps après, en 1846, Dufrénoy était assez heureux pour obtenir, en faveur de la collection naissante, la cession gratuite de la collection des fossiles houillers de Koninck, si précieuse pour ses types sinon pour sa quantité, et, en 1848, de la collection Puzos, riche surtout en céphalopodes et renfermant un grand nombre de types étudiés et figurés par d'Orbigny. L'École des mines fut, en outre, admise à participer, avec le Muséum, au partage de la collection de plantes fossiles de Graeser (ancien directeur des mines d'Eschweiler près Aix-la-Chapelle; sa collection comprenait spécialement des suites de végétaux fossiles du bassin houiller de la Wurm), achetée au prix de 12.000 francs, en vertu de la loi du 8 août 1847.
D'après un rapport de Dufrénoy de 1845, l'École possédait à cette date : une collection de fossiles de 29.131 coquilles fossiles, 111 poissons, 120 végétaux, et une collection de coquilles vivantes de 10.040 coquilles; mais le tout en tiroirs, sinon même entassé sans aucun ordre.
C'est surtout dans ces dernières années, grâce à M. Zeiller, que les collections de végétaux fossiles de l'École ont pris l'importance due a cette branche de la science, et que, après avoir été enrichies surtout par les dons des exploitants, elles sont arrivées à être méthodiquement classées.
A partir de 1840, Le Play, nommé professeur de métallurgie, s'occupa de la constitution d'une collection métallurgique, qui avait été à peine ébauchée par ses prédécesseurs Hassenfratz et Guenyveau. Il poursuivit jusqu'en 1853 la réalisation de ce plan avec ces idées de méthode et de généralisation qui furent une des caractéristiques de son esprit. L'ensemble des collections ci-dessus énumérées constitue un véritable musée systématique des sciences se rattachant à l'exploitation et au traitement des substances minérales ; ce musée n'est pas seulement destiné à faciliter l'instruction des élèves ; ouvert au public comme tous les autres musées, il peut lui offrir de précieuses ressources au point de vue scientifique ou technologique. L'établissement et le maintien d'un pareil musée à côté de l'École rentrent dans les traditions originaires de cette institution.
A raison même de l'importance et du développement de ce musée, des conditions spéciales de conservation et de surveillance qu'il exige, ces collections ne peuvent suffire aux besoins quotidiens de l'enseignement des élèves. Aussi Dufrénoy s'empressa-t-il de constituer des collections pour les élèves, plus réduites, plus systématiques, de moindre prix, mises librement à leur disposition à côté de leurs salles de dessin, leur permettant, par un maniement quotidien, d'acquérir la connaissance professionnelle intime des minéraux et des roches.
Suivant un système remontant aux origines de ces collections d'élèves, on évite tous les abus en faisant déposer à ceux-ci, au commencement de leur scolarité, une masse sur laquelle on retient les frais nécessaires à l'entretien et au remplacement des échantillons égarés ou détériorés.
Les transformations de l'enseignement et des règles de la scolarité devaient être bien autrement importantes que les modifications subies par les bâtiments et les collections.
En 1832, Baillet du Belloy, après 35 ans d'un professorat remontant aux origines mêmes de l'École, quittait la chaire d'exploitation des mines et la remettait à Combes. Nul choix ne pouvait être plus heureux pour combler, dans l'enseignement de l'Ecole, une lacune dont les inconvénients se seraient fait sentir de plus en plus vivement. Combes commença à donner dans son enseignement à l'étude des machines, des machines à vapeur en particulier, et à la résistance des matériaux, l'importance que ces matières réclamaient. Son cours devint un cours d'Exploitation et de mécanique; si la première théorie des machines à vapeur du classique Traité d'exploitation nous paraît aujourd'hui quelque peu arriérée, elle constitua pour l'époque une nouveauté et un grand-progrès. Dans les matières se rattachant plus directement à l'exploitation des mines, on doit à Combes de nombreux progrès dans les petites comme dans les grandes choses : il préconisa les mèches de sûreté ou bickford, les câbles métalliques pour l'extraction; on lui doit aussi un théodolite pour les levés souterrains et un anémomètre; il a signalé les défauts de la lampe Davy et cherché à y remédier; ses études sur l'aérage des mines et les ventilateurs eurent un retentissement mérité; elles ont posé les fondements d'une théorie alors presque inconnue et d'une importance capitale pour les mines.
Peu après, en 1835, lorsque Brochant de Villiers résigna des fonctions de professeur titulaire, on sépara (par Arrêté ministériel du 6 novembre 1835) sa chaire unique en deux chaires distinctes, l'une de minéralogie, l'autre de géologie, confiées la première à Dufrénoy et la seconde à Elle de Beaumont. Sans doute, en fait, depuis 1827, cette séparation existait; mais autre chose est dans l'enseignement une suppléance partielle confiée à deux personnes différentes, ou deux chaires distinctes. Chacun de ces deux cours ne durait à l'origine qu'un an.
A partir de 1856, de Chancourtois, qui suppléait Elie de Beaumont, répartit les matières du cours de géologie en deux ans, mais en en répétant une partie chaque année; au reste, jusqu'en 1875, date à laquelle de Chancourtois devint professeur titulaire, les élèves n'étaient tenus de suivre le cours de géologie qu'une année, la deuxième de l'enseignement.
Avec Dufrénoy, la cristallographie reprit dans l'enseignement de l'École la place qui lui revient de par la tradition d'Haüy ; Brochant de Villiers, qui se rattachait quelque peu à l'École de Werner, s'y arrêtait moins.
Il serait inutile d'insister sur l'importance de l'enseignement géologique, si nouveau et d'une telle hauteur de vues, que donna Élie de Beaumont, proclamé à juste titre le maître de la géologie française.
Quelques années après le dédoublement de la chaire de Brochant, pendant la seconde série de transformations poursuivies par Dufrénoy, le cours de géologie reçut un complément important et qui devait le devenir encore plus par la suite. A partir de 1845, après entente entre Dufrénoy et Élie de Beaumont, M. Bayle fit, comme annexe au cours de géologie, des conférences publiques de paléontologie qui furent tout de suite très goûtées. Dufrénoy, qui ne craignait pas d'assumer la responsabilité des initiatives utiles, avait pris sur lui d'organiser ces
conférences, dont le conseil lui-même, - ce dont il ne laissa pas de se plaindre quelque peu, - n'eut connaissance que lorsqu'elles se faisaient déjà depuis trois ans.
La situation ne fut régularisée, comme on le dira plus tard, qu'en 1848; l'arrêté ministériel du 31 mars 1848 reconnut officiellement l'enseignement de la paléontologie mais en tant seulement que leçons annexes du cours de géologie. Le décret de 1856 avait bien fait de la paléontologie un cours; ce ne fut, en réalité, qu'en 1864 que M. Bayle, qui, en fait, professait depuis 1845, fut nommé professeur titulaire.
Berthier occupait avec trop d'autorité la chaire de docimasie pour qu'on eût à se préoccuper de cette partie de l'enseignement. Néanmoins, à partir de 1840, il se fit suppléer par Ebelmen, qui lui succédait en 1845 et allait être enlevé, si malheureusement pour la science, six ans après, à peine âgé de 38 ans.
Dans cette même année 1840, Le Play succédait à Guenyveau et commençait, avec l'autorité spéciale due à sa pratique personnelle et à ses voyages, cet enseignement de seize ans, où il devait apporter les idées de systématisation méthodique, d'étendue d'observation et de précision de détails, qui furent les caractéristiques de ce beau talent et qui donnèrent une si juste célébrité à ses leçons. Le Play reprit dans son cours une partie des matières qui lui avaient fait donner, dès l'origine, le nom de minéralurgie, et que Guenyveau avait abandonnées à partir de 1836. Sous le titre d'arts minéralurgiques divers, Le Play traitait, en effet, avant la refonte des programmes en 1849, des verreries et cristalleries, briques et poteries diverses, chaux et mortiers, soufre, arsenic, acide sulfurique hydraté et fumant, soude artificielle.
L'accroissement du nombre d'élèves et l'élévation du niveau général des études n'allaient pas tarder à amener dans l'enseignement et la scolarité, tant pour les élèves ingénieurs que pour les élèves externes, deux modifications importantes et qui toutes deux devaient se montrer singulièrement fécondes.
En effet, le roulement des cours restait toujours de deux ans. Sans doute, dès 1835, plusieurs professeurs, Combes notamment, avaient proposé de répartir en trois années les matières de leur enseignement, en leur donnant plus de développement. Mais ces propositions n'eurent pas de suite. Certains élèves continuaient à obtenir tous leurs mediums au bout de deux ans (tel fut le cas de Callon et de Le Chatelier en 1838), et, par conséquent, se trouvaient avoir rempli dans ce laps de temps toutes leurs obligations de scolarité. Mais le conseil, qui persistait à attacher une grande importance à l'enseignement pratique puisé dans les voyages, répugnait à mettre ces élèves à la disposition de l'administration, tant qu'ils n'avaient pas fait leurs deux excursions. Afin d'y remédier, on avait bien imaginé pour eux les voyages doubles, qui consistèrent d'abord en un voyage de six mois, au lieu de trois mois,après la deuxième année, ou en deux voyages de trois mois séparés par quelques mois de séjour à Paris. La troisième année était toujours considérée comme devant être une année de noviciat administratif, et à ce titre les élèves auraient dû aller s'initier aux choses administratives en suivant les séances du conseil général des mines; mais ce ne fut jamais une obligation, et il ne paraît pas que la pratique en ait été jamais prise.
Pour remédier aux lacunes de l'enseignement au point de vue administratif, lacunes dont on s'apercevait davantage tous les jours, une décision ministérielle du 27 mars 1838 avait prescrit que les élèves de l'École des mines suivraient le cours de droit administratif que Cotelle venait d'inaugurer à l'École des ponts et chaussées; ce cours devait à cet effet être augmenté de 8 leçons sur la législation des mines et le dessèchement des marais. La mesure ne paraît pas avoir été suivie ni avoir donné jamais de résultats pratiques.
Pour employer utilement cette troisième année et retenir sûrement tous les élèves, même quand ils auraient obtenu tous leurs mediums, Dufrénoy et le conseil créèrent, en 1841, les deux concours de troisième année, l'un de métallurgie et l'autre d'exploitation de mines ou de machines, tels que depuis ils ont subsisté (l'établissement des deux concours de troisième année eut lieu en vertu d'une décision ministérielle du 22 décembre 1841). Ce fut une des innovations les plus heureuses dans l'enseignement; car c'est là un des travaux les plus féconds que l'on puisse demander à des élèves d'écoles d'application qui ont terminé leurs cours et ont voyagé. Peu d'écoles ont pu réussir dans cette partie difficile de l'enseignement professionnel, comme on y est arrivé à l'Ecole des mines de Paris. La mesure ne s'établit pas sans peine du reste, et les premiers concours furent très faibles. Auparavant, les élèves ne faisaient guère que des dessins, parfois accompagnés de devis, pour être annexés à leurs mémoires de voyage. Mais il y avait loin de là aux projets complets, avec devis, à dresser sur un programme détaillé indiqué par les professeurs. Quelques années après, lorsque la pratique de ces projets commença à être bien prise, on donna, comme aujourd'hui, des projets plus circonscrits aux élèves de deuxième année, projets qui étaient une préparation aux grands projets de la troisième année. Ces projets eurent le grand avantage de fixer dorénavant la scolarité à trois ans pour tous les élèves, quels que fussent leurs succès aux examens de deuxième année (les élèves ingénieurs qui n'avaient pas leurs médiums au bout de la deuxième année, devaient la redoubler et, n'étaient admis à faire les projets de concours qu'à leur quatrième année) ; cet allongement normal du séjour à l'École allait permettre d'utiles développements dans les programmes.
A mesure que le niveau des études s'élevait, la différence de recrutement et partant de préparation des élèves ingénieurs et des élèves externes se faisait sentir davantage. Ceux-ci, qui se présentaient en nombre toujours plus grand, devenaient de moins en moins aptes à suivre utilement les cours, à cause de leur insuffisance en chimie, physique et mathématiques. Dès 1840, le conseil et Dufrénoy avaient attiré sur ce point l'attention de l'administration supérieure, en proposant de créer à l'École des cours préparatoires qui auraient été faits par les jeunes ingénieurs des mines en résidence à Paris. Cette idée était assez naturellement indiquée par la pratique suivie par plusieurs élèves qui entraient d'abord à l'École en tant qu'autorisés, puis, après une ou deux années de préparation en cette qualité, devenaient à la suite des examens d'admission élèves externes admis régulièrement à tous les exercices et susceptibles d'être diplômés. L'administration supérieure refusa tout d'abord d'entrer dans cette voie et suggéra l'idée d'élever suffisamment le programme des connaissances exigées pour l'admission aux places d'élèves externes. Le conseil fit observer que cette mesure n'aurait pour effet que de créer une prime en faveur des élèves démissionnaires de l'École polytechnique; qu'on écarterait de l'École des mines les fils d'industriels qui y viennent chercher l'enseignement spécial dont ils ont besoin pour pouvoir un jour diriger les établissements de leur famille. L'administration finit par se rendre à ces excellentes raisons, lorsqu'après l'achèvement des nouveaux laboratoires le nombre des élèves externes put être et fut notablement augmenté; par décision du 10 novembre 1844, fut enfin créée l'institution des cours préparatoires, qui commença assez modestement d'abord, pour prendre bientôt l'organisation définitive qu'elle a conservée depuis.
Delaunay fut d'abord seul chargé de faire des leçons d'analyse et mécanique rationnelle (30 leçons), de géométrie descriptive (10 leçons) et de physique (10 leçons). Un peu plus lard, à raison de la peine qu'avaient les élèves à suivre les leçons d'analyse, Delaunay, avec l'assentiment du conseil, fit des leçons de mécanique appliquée qui rappelaient son classique Traité de mécanique élémentaire.
Rivot, qui était encore élève de troisième année, fut chargé des leçons de chimie générale sous la direction d'Ebelmen, alors encore professeur-adjoint de docimasie.
Un peu après, Delaunay (décision ministérielle du 28 décembre 1844) ajoutait à ses fonctions celles de professeur de dessin et de lever de plans, à la place de Girard, décédé. Delaunay devait rester jusqu'à l'année scolaire 1848-1849 seul chargé de cette double tâche (en 1848-1849, Delaimay ne conserva plus que l'enseignement de la mécanique et de la physique; de Chancourtois se chargea de l'enseignement de la géométrie descriptive et du calcul infinitésimal, ainsi que de l'enseignement du dessin et du levé de plans pour les élèves des cours spéciaux) ; il a ainsi rendu à l'Ecole, où il est resté jusqu'en 1850, surtout pour l'organisation et le fonctionnement des cours préparatoires, dans une sphère relativement modeste pour un savant de son envergure, des services inappréciables, qui méritent que l'Ecole conserve de lui un souvenir reconnaissant (M. Daubrée, dans le discours nécrologique qu'il devait prononcer au nom de l'École des mines, dont il était alors directeur, et qui n'a pu qu'être publié, a bien fait ressortir, avec l'autorité spéciale qui lui appartenait, les services rendus par Delaunay à l'École).
Dans cette institution des cours préparatoires, Dufrénoy reprenait en somme les plus anciennes traditions de l'École de la Convention et même de Sage. Ces cours n'avaient cessé que lorsque l'Ecole des mines s'était recrutée exclusivement d'élèves provenant de l'École polytechnique.
Jusqu'à l'achèvement, en 1849-1850, de la réorganisation, dont nous suivons les essais et les tâtonnements dans sa période de préparation, la distinction actuelle entre les élèves des cours préparatoires et les élèves des cours spéciaux n'existait pas. La scolarité normale des externes était de trois années : la première année était occupée par les cours préparatoires et on y suivit même au début le cours de minéralogie. Les élèves de première année devaient avoir leurs mediums dans les matières de l'enseignement préparatoire à la fin de l'année à peine d'exclusion; on pouvait ensuite faire deux ou trois ans, en redoublant au plus une année, jusqu'à ce qu'on eût ses mediums dans toutes les matières de l'enseignement spécial.
Dans les deux autres années, on suivait les cours normaux, en faisant en outre, en troisième année, les projets de concours. Les externes venus de l'École polytechnique pouvaient être dispensés de suivre les cours préparatoires et pouvaient terminer leur scolarité en deux ans ; ils n'en étaient pas moins tenus pour entrer à l'Ecole de passer l'examen normal et unique d'admission, qui portait naturellement, comme aujourd'hui, sur le programme de la classe de mathématiques spéciales, voire même très atténué.
Entre temps, l'accroissement du nombre des élèves avait amené dans l'organisation intérieure une modification secondaire. Jusqu'en 1840 on était resté fidèle, pour les examens, au système fixé par l'arrêté ministériel de 1816 qui, à l'article 4, prescrivait que les questions « seraient les mêmes pour tous. » Dufrénoy n'eut pas de peine à faire remarquer l'impossibilité pratique d'une pareille disposition, alors que tous les élèves devaient concourir ensemble, sans distinction d'année; on avait beau les enfermer, la question finissait toujours par être connue de ceux qui attendaient leur tour dans le petit local. Aussi une décision du 3 avril 1841 vint-elle remplacer l'ancien système par le mode des examens ordinaires avec questions au choix des examinateurs.
Nonobstant l'abandon d'une procédure qui se liait logiquement avec la notion d'un concours annuel, on persista, jusqu'en 1849, à conserver ce système de concours pour tous les élèves, sans distinction de classe, suivant la tradition qui remontait à l'origine même de l'École. Les élèves ingénieurs d'un côté, et les externes de l'autre, étaient donc annuellement classés sur une seule liste d'après les seuls résultats de l'examen de la dernière année, sauf report éventuel d'une année à l'autre, pour chaque matière, de l'excédant de note au-dessus du fameux médium; le tout d'après des calculs d'une complication sans rapport avec le but à atteindre (On peut s'en faire une idée, et fort atténuée encore, - car le système avait été déjà très simplifié, - en se reportant à l'arrêté ministériel de 1849).
Une autre amélioration de détail remonte à cette époque : les leçons de langues étrangères se donnèrent désormais à la fin de la journée pendant toute la période des cours oraux au lieu de n'avoir lieu, comme jadis, que pendant celle des exercices d'été.
Suivant les époques, on a rendu obligatoire l'étude des deux langues allemande et anglaise, ou de l'une d'elles seulement; l'étude de l'autre restait facultative, mais servait à augmenter le nombre de points aux examens, suivant des formules qui ont varié avec le temps.
La distribution intérieure du travail resta ce qu'elle avait été, en principe du moins, de tout temps; les élèves, qui pouvaient entrer à huit heures du matin mais n'arrivaient, en fait, qu'à neuf heures et demie, étaient libres à quatre heures du soir (à la réforme de 1887, le conseil a proposé, et l'administration a décidé de reporter à cinq heures l'heure de la sortie) ; leur présence était constatée par la signature aux heures des cours obligatoires pour eux, et à l'heure de la sortie. Des appels pouvaient être faits entre temps; mais ils ne semblent pas avoir été beaucoup pratiqués. Dufrénoy et le conseil s'efforcèrent simplement d'assurer l'assiduité en donnant une valeur plus effective à la note attribuée à la présence.
L'achèvement et le développement des nouveaux laboratoires amenèrent l'établissement à l'École d'une nouvelle institution qui devait compléter l'ensemble des installations que ses fondateurs avaient songé à grouper autour d'elle dès sa création; ce fut le bureau d'essais, établi par décision ministérielle du 24 novembre 1845, dans le but de faire gratuitement pour le public des analyses de matières minérales. Dès l'origine, en 1794, à l'hôtel Mouchy, le laboratoire de l'École était devenu le laboratoire de l'administration des mines ; il resta exclusivement destiné à cet objet pendant que l'École était à Pesey. A l'hôtel Vendôme l'administration avait eu également recours, de tout temps, quand elle en avait eu besoin, au laboratoire du professeur de docimasie. Mais il y avait loin de là au bureau d'essais auquel le public était appelé désormais à s'adresser librement et directement.
En même temps, Berthier abandonnait définitivement sa chaire de docimasie à Ebelrnen, qui devenait professeur titulaire, bien que nommé simultanément administrateur-adjoint à Sèvres. Rivot, qui n'était encore qu'élève de lre classe, fut chargé, provisoirement tout d'abord, avec le cours de chimie générale pour les élèves des cours préparatoires , de la direction des travaux du laboratoire ainsi que des essais et analyses demandés au bureau d'essais. Le professeur de docimasie, ou, en son absence, l'inspecteur de l'École, devait rendre compte mensuellement au conseil du fonctionnement du bureau.
L'accroissement normal d'une année dans la scolarité avait porté le conseil à se préoccuper des augmentations de programme qui en pourraient utilement résulter. Il était deux matières sur lesquelles les lacunes de l'enseignement le préoccupaient : les chemins de fer et les connaissances administratives.
Dès le début des chemins de fer on avait attiré sur eux l'attention des élèves. En 1834. ils avaient été invités, dans leurs voyages, à en étudier les machines, le matériel et les installations ; parfois même des mémoires leur avaient été demandés sur ces sujets. Mais à mesure que les chemins de fer prenaient plus de développement, que leur industrie constituait au point de vue technique un corps de doctrine, le besoin d'un enseignement spécial se faisait d'autant plus sentir que les ingénieurs des mines étaient appelés à être attachés au contrôle des voies ferrées. Au début de 1846. le conseil de l'Ecole avait adopté, de concert avec Bineau, un programme de leçons sur « la partie métallurgique et l'exploitation des chemins de fer », leçons qui devaient être placées en troisième année et que le conseil comptait voir faire par cet ingénieur, chargé spécialement, auprès de l'administration supérieure, d'un service dont l'intitulé projeté des leçons rappelait le titre et la nature. A défaut de Bineau absorbé par ses occupations administratives, Couche inaugura ces conférences en 1846-1847 à la suite d'une décision du 17 octobre 1846; telle fut l'origine du cours que cet éminent ingénieur devait professer d'une façon si magistrale pendant trente ans. Le conseil avait tout d'abord insisté pour que ces conférences n'eussent pas une forme théorique, mais consistassent exclusivement en un exposé de faits pratiques et de détails de construction.
Mais sous l'incitation de Dufrénoy qui paraît, dans la circonstance, être intervenu en dehors des vues du conseil, l'administration créait quelque temps après, sous un autre régime gouvernemental il est vrai, par décision du 24 mars 1848, un cours de construction qui devait être réuni à celui des chemins de fer; l'ensemble, en quarante leçons, était établi suivant un programme qui devait rester sensiblement le même jusqu'à la disjonction de ce cours, en 1879, dans les deux cours actuels de construction et de chemins de fer.
Ce fut là l'origine du voyage ou plutôt de l'excursion de première année organisée par décision du 14 juillet 1848 sur les chemins de fer rayonnant autour de Paris. Cette excursion, qu'on ferait mieux encore d'appeler une promenade, fut maintenue jusqu'en 1856.
Quelques jours avant la création de ce cours, une dépêche ministérielle du 21 mars 1848 signalait « qu'il serait utile que les ingénieurs des mines ou au moins ceux que la disposition de leur esprit porte vers les travaux industriels, tout en perfectionnant leur instruction scientifique dans des voyages d'exploration, pussent suivre pendant un certain temps les détails de l'exploitation des chemins de fer, les grands ateliers de construction des locomotives et du matériel de ces voies de communication. »
Vers la même date étaient instituées, par décision du 31 mars 1848, vingt leçons de paléontologie, comme annexe de la géologie; sans examen spécial; l'examen et la note devaient rester confondus avec ceux de la géologie. Le développement donné à la paléontologie n'avait pas été sans soulever des protestations au sein du conseil, et, plus tard, dans la commission spéciale de 1848 , on craignit qu'on ne détournât l'École de sa destination en faisant des naturalistes plutôt que des ingénieurs. Quelques années après, en 1851, lorsque le cours avait été à nouveau régulièrement reconnu par l'arrêté de 1849, le conseil, amené à discuter le programme de ce cours, insistait pour qu'il ne traitât pas des généralités de la science ; son objet exclusif devait être la connaissance pratique des principales espèces servant à caractériser les terrains ; pour rappeler ce but, le conseil demandait que le cours prît le titre de Paléontologie pratique. En rendant le décret de 1858, l'administration ne suivit pas tout à fait le conseil dans cette voie et sut peut-être mieux satisfaire au double but que l'on doit avoir en vue à l'École des mines de Paris.
Au début de cette année scolaire 1847-1848, qui devait amener tant de modifications, Dufrénoy, nommé professeur au Muséum, céda sa chaire de minéralogie à l'Ecole des mines à de Sénarmont.
Le conseil, dans cette même fin de l'année 1847, avait également arrêté le programme d'ensemble d'un cours, en 20 leçons, de droit administratif sur les mines, qu'il désirait voir confier non à un juriste de profession, mais à un membre du corps ayant acquis son expérience par la pratique ; sur le refus de de Bonnard et de Migneron de se charger de ce cours, le conseil, sans faire une véritable présentation, avait cru pouvoir indiquer à l'administration supérieure Jean Reynaud comme l'ingénieur le plus propre à ce nouveau poste. Mais il ne devait être définitivement statué sur cette question qu'après l'étude d'ensemble que crut devoir prescrire le gouvernement de la République, dès que, les troubles et le désordre de la première heure passés, le nouveau régime eut pris quelque stabilité.
Le nouveau gouvernement, à ses débuts, se borna, dans la dépêche du 21 mars 1848, à marquer l'utilité qu'il y aurait à ce que les élèves « prissent, par un séjour de quelque temps auprès d'un ingénieur en chef, des notions administratives sur la marche du service et la manière de traiter les affaires. »
Les décisions que nous avons déjà indiquées montrent que le nouveau gouvernement à ses débuts avait, sans aucune hésitation, pris diverses mesures sanctionnant, par solutions d'espèce, la voie de transformation profonde dans laquelle l'École était entrée depuis quelques années. Mais on s'écartait tellement et de plus en plus par là des actes originaires de 1816, qui constituaient, en somme, légalement encore la charte de l'École, qu'on conçoit très bien que, dès que les choses eurent repris quelque régularité, l'administration comprit qu'on ne pouvait persévérer dans tin pareil système ; une étude d'ensemble s'imposait pour fixer, d'une façon appropriée, le régime le meilleur; cette étude devait, du reste, amener la consécration définitive des vues dont nous venons de suivre l'évolution et de montrer les premières applications.
Les deux révolutions de 1830 et 1848 ont ainsi marqué pour l'École des mines des dates à chacune desquelles son régime a subi des modifications importantes; la dernière a été plus marquée que la première, mais aussi préparée depuis plus longtemps.
A l'intérieur même de l'École, la révolution de 1830 ne paraît pas avoir laissé de traces sensibles, encore qu'on ne puisse douter que les élèves ne se soient joints à leurs camarades plus jeunes de l'École polytechnique.
Une difficulté s'était présentée à l'Ecole des mines, comme dans toutes les autres Ecoles spéciales se recrutant à l'Ecole polytechique, pour l'application de la malencontreuse ordonnance du 6 août 1830, peu après rapportée à cause de son inapplicabilité, en vertu de laquelle les élèves sortant de l'Ecole polytechnique devaient être nommés d'emblée lieutenants dans l'artillerie et le génie, et aspirants dans les ponts et les mines. Le conseil avait immédiatement indiqué le moyen de tourner la difficulté en ne nommant aspirants ceux de la promotion de 1830 que simultanément et après leurs anciens, et quand tous auraient satisfait aux obligations scolaires. On annulait ainsi, en fait, l'effet de l'ordonnance.
En 1848, les élèves, plus nombreux il est vrai, se mêlèrent de plus près aux événements. Le 3 mars 1848, Marie, ministre des travaux publics, écrivait au conseil : « Les élèves de l'École des mines, comme leurs camarades des ponts et chaussées, ont montré dans les événements mémorables que nous venons de traverser, tout ce que l'on doit attendre de leur capacité et de leur dévouement à la chose publique ; c'est un hommage que je me plais à consigner ici et dont je vous prie de leur transmettre l'expression ». En même temps, tous les élèves, déjà en service, mais non encore nommés aspirants faute d'avoir achevé leurs obligations scolaires (missions et journaux de voyage, etc.), et tous ceux de troisième année furent déclarés d'emblée hors de concours.
Les élèves de l'École prirent une part encore plus active aux journées de juin qu'à celles de février. Lesbros, élève ingénieur de première année, mourut des suites des blessures reçues, le 24 juin, dans la rue des Noyers, à l'attaque d'une barricade, et M. Blavier [Aimé-Étienne] , son camarade de promotion, fut décoré, le 2 mai 1849, pour sa belle conduite dans ces tristes circonstances.
Nous ne quitterons pas la période que nous venons de parcourir sans signaler une mesure très heureuse pour l'enseignement, prise par le gouvernement de Juillet, à la suite d'un avis émis par le conseil général des mines. Le gouvernement fit connaître, en 1834, au conseil de l'École que, conformément à cet avis, il était disposé à autoriser chaque année un ou deux professeurs à faire, pendant la période de suspension des cours, des voyages d'instruction pour lesquels un crédit de 3.000 francs serait ouvert. Le conseil indiquait les professeurs et arrêtait, de concert avec eux, l'itinéraire à suivre. La mesure fut appliquée assez régulièrement chaque année jusqu'en 1848 : Le Play en profita particulièrement pour visiter les usines de tous les pays. A partir de 1848, ces voyages devinrent plus rares ; la pratique en subsista cependant encore jusque vers le milieu de l'Empire pour disparaître depuis cette époque.
L'administration confia l'étude préalable de la réorganisation de l'Ecole des mines à une commission spéciale de membres du corps des mines, constituée par décision du 16 juin 1848, sous la présidence de Cordier. Cette commission comprenait des ingénieurs pris à l'Ecole et en dehors : Dufrénoy, Le Play, de Sénarmont et Couche représentaient l'École ; Boulanger, Sauvage et Le Chatelier, qui fut à la fois secrétaire et rapporteur de la commission, l'élément étranger. Le travail de cette commission amendé sur quelques points par le conseil de l'Ecole, transformé en ce moment, comme nous allons le dire, en Conseil central des Écoles des mines, est devenu l'arrêté ministériel du 17 avril 1849, qui fut, en fait, jusqu'au décret actuel de 1856, la charte de l'Ecole aux lieu et place de l'ordonnance de 1816 et des actes qui l'avaient accompagnée. Cet arrêté de 1849, si soigneusement préparé, ne subit, avant le décret de 1856, que quelques modifications de détail sur le système de notation dans les examens, introduites par les arrêtés du 31 janvier 1853 et du 24 avril 1854. Le décret de 1856 n'a d'ailleurs pas abrogé totalement l'arrêté de 1849 et ceux qui l'ont modifié; on admet qu'on doit combiner les clauses résultant de ces actes qu'on peut appeler de l'époque intermédiaire avec les dispositions qui découlent du décret.
L'arrêté ministériel de 1849 n'a fait en somme, en dehors de quelques dispositions de détail sur le fonctionnement intérieur de l'École, que consacrer toutes les améliorations successives introduites ou projetées par le conseil et l'administration de l'École, de 1845 à 1847.
La scolarité pour l'enseignement professionnel proprement dit était désormais portée à trois ans pour tous les élèves, sans distinction d'ingénieurs et d'externes; aussi bien l'article 2 stipulait expressément leur assimilation pour tout ce qui concernait l'enseignement, cours oraux et exercices pratiques.
Cette clause doit s'entendre et s'entend pour les exercices pratiques intérieurs. Pour les voyages, les élèves externes ne sont tenus à rien après leur troisième année, tandis que les élèves ingénieurs ont à effectuer un voyage au sujet duquel ils rédigent un journal et deux mémoires dont l'importance est à tous égards considérable.
Aux cours qui subsistaient depuis l'origine ou se trouvaient avoir été déjà créés par décisions spéciales, venait enfin s'ajouter la législation des mines.
Les cours préparatoires pour les élèves externes qui n'étaient pas de force à aborder l'enseignement spécial étaient maintenus avec plus de développement que lors de leur création en 1844; deux cours distincts, l'un de mécanique et physique et l'autre de géométrie descriptive et calcul infinitésimal, étaient créés à la place du cours unique confié jadis à Delaunay.
Les programmes de chaque cours ont du reste varié en même temps et dans le même sens que les programmes respectifs de la classe de mathématiques spéciales et de l'Ecole polytechnique, de façon que les cours préparatoires de l'Ecole des mines pussent toujours être placés utilement à la suite de l'enseignement de cette classe et comme remplacement de l'enseignement donné dans cette Ecole.
Le cours unique de 1844-1845, dédoublé en 1848-1849, devait enfin constituer trois cours distincts en 1868 par la séparation de la physique. La répartition des matières entre les deux cours de mathématiques a varié avec le temps. L'analyse et la mécanique ont été réunies en 1856. Plus récemment, en 1882, l'analyse a été réunie à la géométrie descriptive; et la mécanique seule a fait l'objet d'un cours distinct.
L'année des cours préparatoires se trouva désormais placée en dehors et en avant de la scolarité normale de trois ans des cours spéciaux, suivant le nom qui leur est resté d'après celui employé par l'arrêté de 1849.
L'administration n'avait pas attendu de rendre l'arrêté du 17 avril 1849 pour introduire à l'École les modifications désormais décidées ; elles purent entrer en fonctionnement au début de l'année scolaire 1848-1849.
Dès le 15 novembre 1848 était créé le nouveau cours spécial, sous le titre d'Economie et législation des mines ; il fut confié à Jean Reynaud, que, dès 1847, nous avons vu le conseil désigner à cet effet à l'administration supérieure ; on ne pouvait faire un choix plus heureux pour inaugurer ce côté nouveau de l'enseignement de l'Ecole; l'éloquence entraînante du futur auteur de Terre et Ciel était de nature à séduire les élèves.
Garnier, l'économiste, avait demandé à faire à l'École des mines un cours spécial d'économie politique comme celui professé par lui à l'Ecole des ponts et chaussées. Le conseil, saisi de cette demande, considérant qu'il s'agisait surtout de l'application de l'économie politique aux mines et usines et à leur statistique, avait été d'avis qu'il convenait de confier ces leçons à un ingénieur et de les joindre au cours de législation dont il réclamait instamment la prompte organisation.
La commission spéciale d'organisation, en appuyant vivement la création du cours de législation demandé dès 1847, avait insisté, comme jadis le conseil de l'École, sur la convenance de le confier à un ingénieur qui seul pourrait saisir les relations existant entre le droit des mines et usines et les questions d'art.
Suivant décision du 18 novembre 1848, avaient été créés les cours préparatoires, de cinquante-cinq à soixante leçons chacun : de mécanique et physique, confié à Delaunay ; géométrie descriptive et calcul infinitésimal, confié à de Chancourtois ; chimie générale, confié à Rivot. Ces cours devaient être professés du 15 novembre au 15 juin.
La commission spéciale, le conseil et l'administration supérieure, à la suite de l'étude attentive d'ensemble qui venait d'être entreprise, s'étaient accordés à l'envi à reconnaître l'utilité primordiale de cette institution des cours préparatoires sur laquelle, en effet, repose en quelque sorte le fonctionnement de l'École. Le nombre des élèves ingénieurs était et devait être toujours trop réduit pour qu'une École des mines pût fonctionner pour eux seuls avec le coûteux développement de professeurs, collections et laboratoires qu'elle entraîne nécessairement si elle veut être à la hauteur de sa destination.
Aux élèves ingénieurs ajoute-t-on un nombre suffisant d'élèves externes, l'École peut fonctionner utilement sans que ses dépenses soient en disproportion avec ses résultats ; on obtient alors avec le minimum de frais le maximum de rendement pour l'intérêt public. Avec la manière dont se donne partout encore aujourd'hui l'enseignement des hautes mathématiques, de la physique et de la chimie, les élèves qui veulent aborder utilement les études spéciales d'un enseignement aussi relevé que celui de l'École des mines, devraient, sans l'existence de ces cours préparatoires, avoir passé par des écoles spéciales telles que l'École polytechnique ou l'Ecole normale supérieure. Sans compter la perte de temps qui en résulterait pour eux, on écarterait par ce système, comme le conseil de l'École l'avait fait remarquer avec tant de sens dès 1840, des jeunes gens qui viennent chercher à l'École des mines un enseignement particulier qui leur est utile ou nécessaire pour les professions auxquelles ils se destinent. En le donnant à l'École même, avec un programme approprié, en relation directe avec les nécessités de l'enseignement spécial, ce haut enseignement préparatoire peut être réduit au strict nécessaire ; il peut du reste être fait sans entraîner aucune charge sensible pour l'État qui disposera toujours, à Paris, d'ingénieurs en mesure de donner utilement de pareilles leçons, tout en étant chargés par ailleurs de services publics.
Aussi s'explique-t-on que l'institution des cours préparatoires ait été maintenue et même améliorée avec le temps, sans sortir du programme général qui avait été parfaitement entrevu et tracé dès leur création.
La commission spéciale de 1848, où dominaient, comme nous allons le dire, les vues pratiques, avait même voulu donner à ces cours préparatoires plus de développement qu'ils n'en reçurent du conseil. La commission avait demandé que les trois cours eussent chacun soixante-dix leçons ; le conseil pensa qu'on pouvait les réduire de cinquante-cinq à soixante.
Les élèves des cours préparatoires n'eurent pas seulement l'avantage de recevoir un enseignement théorique approprié; mais, en outre, ils ne tardèrent pas à être admis à travailler au laboratoire pendant six semaines lorsque à l'époque des exercices d'été le laboratoire se trouvait libre des élèves des cours spéciaux; puis une salle de dessin leur fut réservée.
L'admission des élèves des cours préparatoires au laboratoire cessa naturellement lors du changement de système admis en ce qui les concernait en 1861; dans ce second régime ils n'étaient plus, en effet, considérés comme élèves de l'École; après la transformation de 1883 qui a inauguré un troisième régime, intermédiaire entre les deux précédents, ils ont été reçus à nouveau au laboratoire.
Ces dernières facilités données aux élèves des cours préparatoires, et qui en font en quelque sorte - c'est ainsi qu'on les considéra jusqu'en 1861 - des élèves assimilés aux élèves externes, ayant entrée définitive à l'École, peuvent être contestées, et nous verrons, en 1861, adopter un autre système de comprendre les cours préparatoires. Mais l'institution de ces cours était définitivement acquise comme inséparable de l'institution même des élèves externes, et celle-ci doit être tenue comme indispensable au complet fonctionnement de l'École des mines.
Ce mélange d'élèves externes relativement nombreux à quelques élèves ingénieurs ne laisse pas d'avoir pour la discipline intérieure de l'Ecole un avantage précieux que le Conseil eut occasion de signaler, en 1866, à l'administration, lorsque celle-ci proposa d'introduire à l'École un officier surveillant, comme il en existait à l'École des ponts et chaussées. Les élèves ingénieurs dont l'avenir est quasiment fixé, quoi qu'ils fassent à l'École, peuvent se relâcher ; les élèves externes, qui ont une carrière à assurer, sont tenus à travailler d'une manière constante et assidue qui assure le bon ordre intérieur, malgré la liberté relative dont on a joui de tout temps à l'École des mines. En 1866 l'administration se rendit à ces raisons et ce ne fut qu'en 1874 qu'elle crut devoir introduire à l'École un officier surveillant alors que le nombre des élèves eut considérablement augmenté.
En même temps que les élèves externes obtenaient ainsi des droits importants, leurs obligations devenaient plus étroites et mieux définies. Avant que la scolarité eût été régulièrement fixée à trois ans, les élèves externes qui, au bout de deux ans, avaient obtenu tous leurs mediums quittaient l'École avec un diplôme. A défaut, ils faisaient une troisième année et conquéraient leur diplôme par l'obtention de tous les mediums. S'il leur manquait quelque medium on se bornait à leur donner un certificat. Dans le nouveau système, cette solution hybride disparut. Les mediums s'imposaient aux élèves externes comme aux élèves ingénieurs à peine de redoublement, ou finalement d'exclusion à la fin de la scolarité, sans délivrance d'aucun certificat.
L'exclusion était prononcée dès la fin de l'année préparatoire si, à l'examen qui la terminait, on n'obtenait pas le medium dans chacune des matières de l'enseignement préparatoire.
En dehors des créations nouvelles que nous venons d'indiquer, la commission spéciale et le conseil s'occupèrent de la revision de tous les programmes comme de la réorganisation du fonctionnement intérieur. Il est utile de mentionner les modifications de quelque importance qui furent ainsi introduites, et il n'est pas sans intérêt même de signaler quelques divergences qui s'élevèrent entre la commission spéciale et le conseil dont l'administration adopta toutes les propositions pour en former l'arrêté de 1849.
Dans le sein de la commission spéciale deux courants s'étaient marqués correspondant chacun à l'un des côtés du double objectif que doit se proposer une institution comme l'Ecole des mines de Paris : il y faut former des ingénieurs dont les uns doivent se vouer plus spécialement aux études et travaux géologiques, études et travaux de portée immédiate plus scientifique que pratique, et dont les autres doivent être ingénieurs pratiquant ou suivant la pratique d'industries assez diverses. Sans perdre de vue le caractère élevé et toujours scientifique que doit avoir l'enseignement d'une École spéciale, qui se lie intimement à l'enseignement de l'École polytechnique, la majorité de la commission de 1848 eut une tendance marquée à faire prévaloir le côté pratique sur le côté scientifique; toutes ses propositions s'inspirèrent de cette idée. Elle voulait réduire le cours de docimasie, débarrassé de toutes les généralités purement théoriques, de 80 à 60 et même 40 leçons pour augmenter d'autant la durée du séjour au laboratoire ; elle demandait que l'enseignement industriel comprît désormais des matières de minéralurgie qu'elle considérait comme du ressort de l'industrie minérale, telles que la fabrication du gaz d'éclairage, des produits ammoniacaux et des noirs décolorants, des acides minéraux et des sels, des couleurs minérales, des produits céramiques (à raison de la compétence spéciale d'Ebelmen et de sa situation à Sèvres, la commission spéciale demandait qu'il fût exceptionnellement chargé des leçons de céramique), ainsi que la fonte et le moulage du bronze et des divers alliages. Elle voulait que dans le cours qui, jusqu'alors, continuait à s'appeler officiellement cours à'exploitation des mines, mais dont Combes avait déjà fait un cours d'exploitation et mécanique, on ne se bornât pas à étudier les machines de mines et d'usines, mais qu'on donnât des notions étendues sur la construction des machines, sur les outils, sur les machines-outils et les procédés d'exécution employés dans les ateliers pour la forge, l'ajustage, le montage et la chaudronnerie, ainsi que sur l'installation des ateliers eux-mêmes ; le cours ainsi complété se serait appelé cours d'exploitation et mécanique appliquée. La commission demandait enfin qu'on donnât des notions précises sur l'aménagement des eaux minérales, des eaux motrices, sur la pose des conduites et des appareils de distribution d'eau et de gaz.
Le conseil de l'École maintint le cours de docimasie à 80 leçons, mais en décidant qu'on y introduirait la description des principaux arts chimiques, étant entendu par là que ce cours devait plus spécialement s'occuper de la fabrication des matières qui n'était qu'un emploi de produits déjà marchands ; la minéralurgie devait garder ou comprendre le traitement des produits mis en oeuvre tels que l'extraction les donnait; on écarta, d'ailleurs, la fabrication des produits ammoniacaux et des noirs décolorants.
Le conseil rejeta l'idée du cours de construction mécanique, qui ne devait être reprise et appliquée qu'à la réorganisation de l'enseignement en 1887; mais le cours d'exploitation des mines devenait officiellement, dans l'arrêté de 1849, cours d'exploitation des mines et machines. On ne s'explique pas que, dans le lexte du décret de 1836, ce cours ait repris son ancienne appellation de cours d'exploitation des mines ; nonobstant cette qualification officielle, le cours a toujours conservé dans la pratique le titre qui répondait d'une façon si précise à son double programme.
Quant aux eaux minérales, le conseil fut d'avis que le professeur d'exploitation ne devait les introduire dans son cours que lorsque cet art serait assez avancé pour comporter une mention spéciale. On ne doit pas s'étonner de voir la commission spéciale se préoccuper ainsi des eaux minérales. Le décret-loi du 8 mars 1848 venait d'appeler les ingénieurs des mines à jouer dans ce service le rôle technique qu'ils ont conservé depuis. A cette date, du reste, M. Jules François, auquel revient sans conteste l'honneur d'avoir créé l'art du captage des eaux minérales, avait déjà fait plusieurs de ses plus beaux travaux, notamment ceux relatifs à Bagnères-de-Luchon, publiés dans les Annales des mines de 1842 (4e série, t. 1, p. 537), et ceux si curieux concernant Ussat.
Parmi les modifications qu'elle suggéra dans le fonctionnement de l'Ecole, la commission, appuyée sur ce point par le conseil, insista pour que le premier voyage à faire au bout de la deuxième année, - l'intervalle entre la première et la deuxième année restant consacré aux exercices pratiques de laboratoire, levés de plans, de machines et bâtiments, - ne fût qu'une étude de détail, circonscrite dans un district minéralurgique restreint, et encore mieux dans deux établissements seulement, une mine et une usine, avec mémoires rédigés sur place.
Le second voyage, au bout de la troisième année, devait rester une excursion rapide où l'on pourrait mettre à profit l'habitude d'observer et de suivre les détails contractée dans la première mission. Les élèves externes, pour lesquels jusqu'alors le voyage n'avait été que facultatif, devaient être astreints désormais à un voyage, ou mieux à une station dans un établissement industriel, mine ou usine, au besoin dans un atelier de Paris ou des environs. Malgré les vues pratiques qui dominèrent surtout dans la commission spéciale, il ne fut nullement question à cette époque d'écoles pratiques. Michel Chevalier seul avait repris l'idée et en avait saisi directement, à titre officieux, l'administration supérieure un peu avant la chute du gouvernement de Juillet
Sur l'initiative prise par la commission spéciale et le conseil, l'administration apporta, par l'article 19 de l'arrêté de 1849, une modification aux règles anciennes, maintenue depuis, de nature à produire, à un point de vue relativement un peu secondaire, d'heureux résultats: les élèves ingénieurs, à leur sortie de l'Ecole, acquéraient désormais le droit de choisir, d'après leur rang de classement, leur résidence parmi celles disponibles.
Ce fut également à partir de cette époque que les examens et le classement eurent lieu par année, au lieu du système antérieur de concours annuel entre tous les élèves sans distinction.
Avant que le gouvernement soumît au conseil de l'École les propositions de la commission spéciale, le conseil et l'administration supérieure de l'Ecole avaient d'ailleurs subi d'importantes modifications. Par arrêté ministériel du 20 juillet 1848, le conseil de l'École, dont le nombre des membres était augmenté, avait été transformé en Conseil central des Écoles des mines, auquel devaient être soumises non seulement toutes les questions relatives à l'École des mines de Paris, mais encore celles concernant les écoles de Saint-Étienne et d'Alais. A cette même date du 28 juillet 1848, Dufrénoy était nommé directeur de l'École, et Le Play, inspecteur des études, « chargé en cette qualité, disait la décision ministérielle, sous les ordres immédiats du directeur, de l'administration intérieure de l'École, de la conservation des collections et modèles et de la surveillance du bureau public d'essais ». Cette décision était motivée par l'importance des collections et le nombre des élèves externes,nationaux ou étrangers.
Le Conseil central des Ecoles des mines devait fonctionner en cette qualité jusqu'à la réorganisation de 1856. En réalité, il n'eut guère à s'occuper d'autres matières que de celles concernant l'Ecole de Paris, et il continua à s'en occuper dans les mêmes conditions que jadis le conseil de l'École. Ses attributions, à cet égard, n'avaient pas été changées nonobstant la création d'un directeur ; celui-ci notamment n'avait pas la présidence du conseil, qui ne devait lui être dévolue de droit que par le décret de 1856; jusqu'à ce décret également, le conseil continua à délibérer sur le budget annuel de l'École.
Dans toutes les occasions où le Conseil central des Ecoles des mines eut à s'occuper de propositions relatives à l'École de Saint-Étienne, il s'efforça de lutter contre l'extension de plus en plus grande que les directeurs de cette École tendaient continuellement à lui donner. La commission spéciale de 1848 avait déjà développé cette idée; elle avait fait remarquer que l'École de Saint-Étienne avait été détournée de sa destination primitive, qu'on prétendait y préparer des directeurs alors qu'elle avait été créée pour y former des chefs d'ateliers et des contre-maîtres ; elle avait reconnu qu'il était trop tard pour revenir sur l'état actuel des choses, mais elle avait pensé qu'il fallait résister à toute nouvelle extension.
Le Conseil central des Écoles se plut, au contraire, en toutes circonstances, à encourager Callon dans l'oeuvre qu'il poursuivait à Alais.
Cette série de transformations de toute sorte poursuivies depuis 1844 et définitivement consacrées par cet ensemble de décisions de 1848 et 1849, rendues après les études les plus attentives et l'examen le plus approfondi, laissait, il est vrai, subsister bien peu de chose de l'organisation officielle de 1816. On paraît s'être assez peu préoccupé de ces scrupules légaux. En tous cas, l'Ecole avait trouvé le cadre stable et complet suivant lequel elle devait vivre désormais. Les modifications que nous aurons encore à relater seront, en effet, relativement secondaires et, en tout cas, d'une importance bien inférieure à celles que nous venons d'indiquer.
A un système nouveau, il faut généralement des hommes nouveaux. Le personnel de l'Ecole, en ce qui concernait les anciens cours, était relativement assez jeune ou assez nouvellement en fonctions pour